Trois jours après le drame qui l’a secoué, Canal Dayot luttait pour sortir la tête de l’eau. Colère, révolte, tristesse, désespoir, ici les sentiments s’entremêlent pour ces familles qui ont vécu le pire. La grande solidarité témoignée à leur égard par le reste de la population apporte un réel réconfort tandis que la région essaie de se reconstruire. Mais l’angoisse demeure.
Trois jours après les inondations, le spectacle est  toujours effroyable à Canal Dayot. Parmi les amoncellements de boue, les effets personnels des dizaines de familles touchées par la furie des eaux : vêtements, meubles, appareils électroménagers… Pour les habitants de la localité c’est le grand désespoir devant autant de pertes encourues. Nombreux sont ceux qui se sont retrouvés en l’espace de quelques heures avec les seuls vêtements qu’ils portaient le jour du drame.
Angoisse.
Les yeux hagards, les traits tirés et les visages marqués par la fatigue, ils sont cependant heureux d’être encore en vie car certains ont vu la mort de très près. Mais tous ont subi un choc émotionnel dont certains ont du mal à se remettre. Une des raisons pour laquelle nombreux sont ceux qui confient ne plus vouloir résider dans le quartier plus longtemps pour ne pas revivre une expérience aussi traumatisante. “Kouma enn ti la pli tonbe nou pou gagn traka” disent-ils. Des propos qu’approuvent leurs proches venus les soutenir car eux aussi ont vécu l’angoisse en ce samedi noir.
Colère.
Pour les plus anciens habitants du quartier, ce qui est arrivé samedi aurait pu être évité si les autorités avaient pris les mesures qui s’imposaient à temps. Cela fait longtemps que le problème est connu, mais aucune solution réelle n’a jamais été apportée. D’où la colère qui a pris la forme d’une manifestation dimanche. “Depi lontan nounn dir ki bizin fouy la rivyer-la pou ki delo pa mont sa kantite”, balance une sexagénaire. Avec l’une de ses filles, c’est sur la table de la cuisine qu’elle a trouvé refuge, mais même là l’eau leur est arrivée jusqu’à la taille.
Détresse.
En dépit de la détresse qu’ils éprouvent, tous remercient ces nombreux volontaires venus les épauler dans le grand nettoyage qu’ils ont commencé depuis dimanche et en leur apportant de quoi se nourrir et se vêtir, entre autres. Mais ce qui s’est passé reste malgré tout un poids très lourd à supporter. La gorge nouée, Kevin Leung confie qu’il lui faudra un peu de temps pour se remettre de ses émotions. Triste comme tous les habitants de la localité, il ajoute qu’il va prendre quelques jours de repos pour penser à tête reposée à son avenir et celui de sa famille.
Expérience douloureuse.
Manuella Peret a encore du mal à réaliser ce qui s’est passé. “Delo inn balye tou. Se enn kosmar ki nounn viv”. Plus loin, Marcelle Lai est désemparé devant tant de souvenirs perdus à tout jamais. Bien que contente d’avoir échappé à la mort avec sa nièce en s’agrippant aux meubles qui flottaient dans sa maison, elle reste inconsolable devant tout ce qu’elle a perdu, explique sa fille Wendy. Dans le salon de sa maison, de nombreuses photos trônent sur ce qui est resté de ses affaires, alors que des volontaires nettoient ce qui est encore récupérable. Comme nous l’ont fait comprendre plusieurs des habitants, en dépit de toute la solidarité à leur égard, nul ne pourra remplacer tout ce qu’ils ont acquis après tant d’années de sacrifices. L’expérience est tellement douloureuse que beaucoup disent ne plus dormir comme il faut alors qu’ils ont temporairement trouvé refuge chez des proches.