Les nouveaux cas de cancer ont augmenté de 70 % en 20 ans, indiquent les experts internationaux présents à la 33e réunion annuelle de l’International Association of Cancer Registries (IACR) qui ont tenu un point de presse hier soir à l’hôtel Intercontinental à Balaclava.
Le Dr Shyam Manraj, National Cancer Registry Coordinator, a indiqué que les cancers du sein et colon sont en hausse, alors que ceux de l’estomac par exemple sont en baisse.
Quelque 600 nouveaux cas de cancer sont enregistrés à Maurice chaque année. L’obésité, la sédentarité, le manque d’exercice, le tabac, le vieillissement de la population font partie des causes de la maladie.
Le premier registre de cancer a vu le jour à Maurice en 2001, indique le Dr Manraj. Depuis, des rapports sont publiés tous les quatre ans. Les registres de cancer, font ressortir les congressistes, constituent une mine d’informations sur les facteurs de risque des cancers et leur incidence. Ils sont un outil indispensable pour planifier des programmes de prévention et de contrôle du cancer. À l’heure actuelle le taux de mortalité à Maurice est de 13,8 % pour le cancer du colon-rectum, de 9,9 % pour celui du poumon, de 9 % pour celui de la prostate et de 7,8 % pour ceux de la bouche et de la gorge, a indiqué le Dr Manraj. 40 % des cancers chez la femme mauricienne sont celui du sein et 10 % celui du col de l’utérus, dont l’incidence a diminué après des campagnes de dépistage.
Le Dr Jean-Marc Nabholtz, président du Département de médecine et de Recherche clinique du Jean Perrin Comprehensive Cancer Center de l’Auvergne (France), a expliqué que le cancer du sein est hormono-dépendant et associé à la production d’oestrogène. L’obésité, le mode de vie et l’environnement sont des facteurs de risque dans les pays en transition, affirme-t-il. « Plus il y a de graisse dans le sein plus il y a d’oestrogène », constate-t-il.
Le Pr Prabhat Jha du centre de recherches du St Michael Hospital de Toronto (Canada) déclare que l’obésité doit être prise au sérieux car non seulement elle est un facteur de risque du cancer mais aussi responsable des maladies cardio-vasculaires, des thromboses et des infarctus. L’obésité est aussi en cause dans le cancer colorectal, dit-il.
Le Dr Rengswamy Sankaranarayanan, Head of Early Detection and Prevention Section and the Screening Group de l’International Agency for Research on Cancer affirme pour sa part que le dépistage précoce est indispensable vu que les ressources des pays en voie de développement sont limitées. « Les chances de guérison sont plus grandes si la tumeur est de moins de deux centimètres », dit-il. Il existe aussi aujourd’hui, indique-t-il, des traitements de nouvelles molécules qui permettent une approche plus ciblée dans certains types de cancer. « Les femmes ont moins d’enfants, allaitent moins, ont moins d’activités physiques et ce sont des facteurs de risque du cancer du sein », dit-il.
Le médecin note aussi qu’il existe maintenant un nouveau test pour dépister le human papilloma virus (HPV) qui provoque le cancer du col. « Il existe 15 types de HPV. Il faut sensibiliser les femmes au diagnostic précoce », dit-il. Le Dr Jha recommande la vaccination chez les jeunes filles avant qu’elles aient une vie sexuelle pour éradiquer ce cancer.
L’IACR est une plate-forme pour la recherche, le diagnostic et un networking entre les scientifiques, affirme Brenda Edwards, présidente de l’IACR. La pilule contraceptive, affirme-t-elle, est un facteur de risque du cancer du sein quand elle a été prise pendant longtemps, 10 à 15 ans. « Néanmoins dans les pays en voie de développement les femmes prennent la pilule moins longtemps. En outre le traitement hormonal de substitution de la ménopause est moins répandu que dans les pays industrialisés », constate le médecin.
Le Dr Christopher Wild, directeur de l’Agence Internationale pour la Recherche sur le Cancer à Lyon (France), l’un des personnes ressources du congrès de l’IACR, a consacré ses recherches à la compréhension des facteurs environnementaux et génétiques. Le Dr Anil Mohith, National Control Cancer Program 2011-15 du ministère de la Santé, a déclaré que chaque pays devra définir ses priorités.