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Plusieurs facteurs expliquent la hausse dans le nombre de cancers du sein à Maurice. Celles touchées par cette maladie luttent avec courage, mais le traitement est loin d’être simple. Les douleurs et l’angoisse l’emportent parfois sur l’espoir.
En ce mois dédié à la sensibilisation autour du cancer du sein, des femmes nous parlent de leur combat.

“Le soir, je ne dors pas. Les douleurs sont atroces. C’est extrêmement dur pour moi de vivre tout ça”, se lamente Anjilee Pootiah, 57 ans. Cinq après l’ablation d’un sein, le cancer a refait son apparition au poumon. “Je viens d’être à nouveau opérée. Je devais faire une séance de chimio la semaine dernière, mais je n’ai pas pu. J’ai dit au docteur que je ne pourrai pas. Je vais mal.”

Comme elle, Chantale Louvet, Lina L’éveillé et Diya (prénom fictif) ont eu un cancer du sein. “Je ne pensais pas que c’était un cancer. En me rendant à l’hôpital de Candos, le médecin m’a annoncé brutalement que j’ai un cancer du sein. Ce fut le choc”, raconte Chantale Louvet, 58 ans, en écrasant quelques larmes. “J’allais tellement mal que ma benjamine a dû me donner mon bain. J’ai pleuré, j’avais honte. Pour me réconforter, elle m’a dit que c’était à son tour maintenant de s’occuper de moi.” Chantale a eu recours à huit séances de chimiothérapie et a suivi une radiothérapie pendant 25 jours. “Ma première chimiothérapie a été dure, avec des effets secondaires vraiment pénibles. Certaines conditions à l’hôpital n’étaient pas très agréables.” Aujourd’hui, les cellules cancéreuses se sont propagées sur son buste et sur une partie de son cou. Elle suit un traitement dans le privé. “Je ne peux pas me faire aider à l’hôpital, sous prétexte qu’après la ménopause, on n’a pas droit aux traitements.”

Courage et force.

Diya et Lina L’éveillé se sont battues plus sereinement contre le cancer. Leurs traitements se sont bien passés et elles n’ont pas perdu leurs cheveux. “Quand j’ai découvert mon cancer, je ne l’ai pas mal vécu. Le soutien familial a été d’une grande aide. Avant d’avoir les résultats, j’avais peur au point d’être traumatisée. Mais j’ai accepté la maladie”, dit Diya, 68 ans. Elle s’est fait enlever un sein et est toujours sous traitement. “On ne peut pas dire que je suis guérie complètement, mais tout va bien pour le moment.”

Quant à Lina L’éveillé, elle confie que la maladie a été un choc pour elle, même si elle s’y était préparée. “Ma petite sœur a aussi eu un cancer. Je l’ai eu après deux ans.” Elle était au courant des étapes qu’elle allait vivre. Le cancer est héréditaire dans sa famille. “Ma mère m’a beaucoup aidée. Elle m’a toujours accompagnée, alors qu’elle était âgée. Elle a ensuite été touchée par le cancer et en est décédée.”

Cette expérience a permis à ces femmes de changer à tout jamais. Certaines reconnaissent qu’elles ont fait preuve de courage et d’une force insoupçonnée. “J’essaie d’être forte. Je suis obligée. Je ne peux plus manger, je ne bois que de la soupe. Je garde espoir même si je sais que je ne vais jamais aller mieux”, confie Anjilee Pootiah. Diya admet qu’il ne faut pas dramatiser, qu’il faut être forte moralement et ne pas déposer les armes. Elle conseille aux femmes de faire des dépistages. “Mo’nn manz ar li. Je le fais pour ma famille. Je sais qu’on doit tous mourir, mais je demande à dieu de me donner encore quelques années pour être un peu plus avec mes enfants”, dit Chantale Louvet.


Dr Ramawad Soobrah, Breast surgeon :
“Le style de vie et le vieillissement de la population”

Pourquoi y a-t-il autant de cancers du sein à Maurice ?

Au début des années 2000, le cancer du sein figurait déjà parmi l’une des maladies les plus fréquentes chez les femmes à Maurice. Cela pourrait s’expliquer par le style de vie et le vieillissement de la population. Nous sommes aussi exposés à beaucoup de substances chimiques, dans la nourriture et dans d’autres produits. Le cancer du sein est une maladie qui touche beaucoup les pays industrialisés comme l’Europe, l’Australie et l’Amérique. Notre style de vie à Maurice a beaucoup changé.

En ce qui concerne les facteurs de risque, la sédentarité, l’obésité et le nombre d’enfants qu’une femme a sont à prendre en considération. Plus une femme vieillit, plus ses risques d’avoir un cancer du sein augmentent. Certaines pilules contraceptives peuvent favoriser le développement du cancer du sein si elles sont prises pendant plus de dix ans.

Comment diagnostiquer un cancer du sein ?

Les femmes peuvent se faire diagnostiquer dans un dispensaire, une caravane de santé, dans les cliniques… Elles peuvent également faire de l’autopalpation. Cet exercice doit se faire 7 à 10 jours après les règles pour les jeunes femmes, 7 à 10 jours après les règles pour les femmes à risques et le premier de chaque mois pour les femmes ménopausées. Une mammographie peut aussi être effectuée. À Maurice, nous ne faisons malheureusement pas de dépistage de masse du cancer du sein.

Quels sont les symptômes ?

Le symptôme le plus fréquent est une grosseur dans le sein. Elle est généralement douloureuse. Des ganglions durs au niveau des aisselles, la peau du sein prenant l’aspect d’une peau d’orange. La peau du sein et les mamelons deviennent rouges ou se recouvrent de croûtes, le mamelon pointe vers l’intérieur et le sein se déforme.
Si le cancer n’est pas diagnostiqué dès les premiers signes anormaux, la grosseur peut se propager vers d’autres parties du corps. La personne a aussi des douleurs osseuses, des nausées, une perte d’appétit et de poids, de la jaunisse, de la toux, des maux de tête, une vision double et une faiblesse musculaire. Elle aura tendance à s’essouffler.

Quels sont les traitements disponibles ?

Si une tumeur est détectée, la thérapie hormonale et la chimiothérapie peuvent être utilisées. La chimiothérapie traite les cellules cancéreuses et les détruit. Toutes les patientes ne font pas de chimiothérapie. Des tests pour décider des traitements à suivre sont faits, comme une IRM pour détecter et caractériser des lésions mammaires, une biopsie pour établir avec exactitude un diagnostic de cancer, et une radiographie pour déterminer si le cancer est présent aux poumons. À Maurice, le test IRM n’est pas disponible dans les hôpitaux.
La chirurgie consiste à enlever la tumeur et les éventuelles greffes cancéreuses. Elle augmente la chance de survie. Après une chirurgie conservatrice (une chirurgie qui n’enlève que la tumeur en conservant l’organe sur lequel le cancer s’est développé), certaines patientes ne continuent pas le traitement. Après deux ou trois ans, elles reviennent avec un autre cancer.

Peut-on parler de rémission après un cancer du sein ?

La rémission est lorsque l’état de santé d’une patiente s’améliore. Il faut compter environ cinq ans pour commencer à parler de guérison. Tout dépend des patientes et le stade auquel elles se sont présentées pour traiter le cancer. Il y a des patientes qui reviennent après 25 ans. Si une patiente a fait une ablation du sein, le risque d’avoir un cancer dans l’autre sein est présent. Le terme guérison ne peut pas vraiment être utilisé en ce qu’il s’agit du cancer.


Les dernières statistiques publiées par le National Cancer Registry à Maurice


Link to Life

Basée à Pamplemousses et à Vacoas, l’ONG Link to Life, fondée en 2002, encadre plus d’une centaine de femmes à Maurice. Elle inclut des volontaires et des survivants du cancer et fournit un soutien et des conseils aux patients atteints de cancer ainsi qu’à leurs familles. Diverses activités sont accessibles aux membres : méditation, sophrologie, exercices de respiration qui aident à mieux dormir et mieux gérer le stress et l’angoisse, séances de créativité pour leur permettre d’oublier les problèmes liés à leur santé, séances de massage et drainage lymphatique.

Des dépistages du cancer du col de l’utérus ou du sein sont proposés. Les femmes reçoivent les conseils d’un professionnel de la nutrition et peuvent se procurer des perruques et des prothèses mammaires. Les membres les plus vulnérables ont des facilités de transport pour effectuer leurs traitements. “Elles viennent aussi pour partager avec les autres. Il y avait des hommes qui assistaient aux rencontres, mais cela n’a pas vraiment marché”, confie Savida Vencatachellum de Link to Life.

L’ONG fait de la sensibilisation dans les écoles, dans les centres communautaires et dans des entreprises. “Nous ciblons beaucoup les régions vulnérables. Beaucoup de personnes ne sont pas conscientes de la gravité de cette maladie.”


Le Linear accelerator toujours en panne

Selon nos informations, le Linear accelerator est en panne depuis mai 2017. Cet appareil produit des rayons X à haute énergie pour se conformer à la taille de la tumeur. Il détruit les cellules cancéreuses, tout en épargnant les tissus normaux.