Des développements positifs sont attendus concernant la possibilité du recours au vaccin pour la prévention du cancer du col de l’utérus. Le ministre de la Santé pourrait faire une annonce dans cette direction lors de la prochaine Journée internationale de la lutte contre le cancer, prévue mardi prochain. Les autorités se réjouissent d’une régression de ce type de cancer, due en partie au programme de dépistage au niveau national, mais sont préoccupés par l’augmentation du nombre de cas pour celui du sein. Les professionnels de la santé publique se veulent rassurants en soulignant les progrès accomplis dans le domaine du traitement ainsi que le nombre stable des décès enregistrés dans pour ce type de cancer.
Faire en sorte que les populations adoptent une attitude nouvelle face à cette maladie et surtout se débarrasser des idées reçues sur le cancer. Tel est le souhait de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui a choisi pour slogan pour cette prochaine journée dans la lutte contre le cancer « Debunk the myths ». Cet appel est en lien avec le cinquième objectif de la Déclaration Contre le cancer, qui se lit comme suit : « Reduce Stigma and dispel myths about cancer ».
A Maurice, le Dr Shyam Manraj, Consultant-in-Charge (Pathology Services) et Coordinator du National Cancer Registry, est bien placé pour commenter l’évolution de cette maladie au plan local et faire la comparaison avec la situation au niveau international. Soulignons que c’est lui qui avait mis en place ce registre en 1989. « Le cancer est en hausse comme c’est le cas dans la majorité des pays du monde. Mais nous sommes bien loin derrière certains pays d’Europe, d’Asie et d’Afrique », dit-il en se référant aux données du rapport Globocan 2008 (Global Cancer Figures), réalisé sous l’égide de l’OMS. Ce rapport, dit-il, s’est basé sur des éléments qui sont comparables à Maurice.
Ainsi, selon Globocan, pour tous les types de cancer diagnostiqués dans 15 pays et sur 100 000 personnes, il y avait à Maurice du côté des hommes 92 nouveaux cas et du coté des femmes 129 cas. Maurice se trouve ainsi au 13e rang chez les hommes. Toujours selon Globocan 2008, s’agissant du taux de mortalité, il y avait 64 nouveaux décès du côté des hommes et 88 du côté des femmes.
Décès parmi les jeunes
Le Coordinator du National Cancer Registry ne nie pas que le cancer est un « sérieux problème » de santé publique mais refuse d’être alarmiste. « Certaines personnes créent la panique dans la population en interprétant mal des statistiques. Il faut corriger certaines informations erronées ». Le spécialiste raconte qu’il a entendu plusieurs fois des personnes dire sur un ton convaincu que « 37% des femmes à Maurice souffrent du cancer du sein » « Ce n’est pas vrai ! » lance-t-il d’un ton agacé. « 35% des types de cancer diagnostiqués chez la femme sont des cas de cancer du sein », précise le Dr Manraj.
Les décès liés au cancer parmi les jeunes ne passent pas inaperçus et donnent lieu à pas mal d’interrogations dans la population sur l’éventualité d’un rajeunissement des malades. Le cancer frapperait-il aujourd’hui de plus en plus les jeunes Mauriciens ? « Pas du tout ! » rassure le Coordinator du National Cancer Registre. « Aujourd’hui le cancer n’est plus un sujet tabou, on en parle ouvertement. La maladie est plus agressive chez un jeune qui est touché. Quand un jeune meurt dans n’importe quelle circonstance cette nouvelle provoque beaucoup plus d’émotions dans l’entourage et dans le public mais il n’y a pas d’augmentation des cas de cancer parmi les jeunes », soutient sur un ton catégorique le Dr Manraj.
La hausse du taux de cancers du sein demeure un gros défi pour les autorités de la Santé. Il s’agit d’un problème multifactoriel et elles sont conscientes qu’elles devront faire face à plusieurs nouveaux cas dans les années à venir. Les chercheurs sont catégoriques : l’âge est le plus grand facteur à risque aujourd’hui pour le cancer du sein. « Plus on avance en âge plus le risque du cancer du sein augmente », confirment les spécialistes à Maurice. Mais comment expliquer que certains malades décédés à la suite d’un cancer du sein ne se trouvaient dans aucun groupe de facteurs à risques ? « C’est vrai qu’il y a beaucoup de cas de cancer de sein qui n’ont aucun lien avec les facteurs à risques identifiés et qui sont généralement connus. On n’arrive pas à tout expliquer… », reconnaît-il. Toujours est-il que la situation relativement au cancer du sein préoccupe les responsables de ce dossier. « C’est préoccupant mais il ne faut pas créer une psychose. Il faut travailler sereinement sinon on perd le sens des priorités », insiste le Dr Manraj. Ce dernier se montre optimiste concernant le contrôle de la maladie en faisant remarquer qu’il y a moins de cas de décès. Selon ses observations les chances de survie s’améliorent grâce aux progrès dans les soins disponibles aujourd’hui. « Il y a des traitements qui marchent très bien et le malade vivra avec moins de souffrances. Auparavant on parlait de survie pendant cinq ans et maintenant on parle de prolongation de la vie pour dix ans. C’est un bon signal et on est en train de faire une étude sur cette question. Il y a un message d’espoir … ».
Soins à l’étranger
Pourquoi donc les Mauriciens vont à l’étranger pour le traitement ? « Il est un fait que les grands pays ont plus d’expérience dans le traitement de ces maladies. Dans tous les petits États insulaires les malades souffrant du cancer ont eu tendance à aller dans ces grands pays pour se faire soigner en raison de ces expériences mais cela ne veut pas dire que nous n’avons pas les compétences à Maurice », affirme le Dr Manraj.
La réduction du nombre de cas pour trois types de cancer, celui du col de l’utérus, de l’estomac et celui du poumon, constitue également une nouvelle réjouissante.
L’autre bonne nouvelle concerne l’approche positive qu’aurait le gouvernement vis-à-vis du vaccin pour prévenir contre le cancer du col de l’utérus. Pour rappel, depuis plusieurs années déjà, à plusieurs reprises des ONG oeuvrant auprès des malades cancéreux insistent auprès des autorités sur la nécessité de ce vaccin. Au Parlement également, des députés de l’opposition ont à plusieurs reprises depuis 2006  interpellé le ministre concerné sur cette question. « Le vaccin est une recommandation de l’OMS et même les pays en voie de développement bougent dans cette direction. Pourquoi pas Maurice ? » se demandent les proches collaborateurs du ministre de la Santé qui parlent des développement positifs sur ce dossier et qui seraient annoncés mardi lors de cette prochaine Journée mondiale de la lutte contre le cancer. Selon nos informations, cette possibilité pour le recours à ce vaccin bénéficiera de la collaboration du groupe hospitalier Salpêtrière de Paris.