Aucune vraie étude n’ayant été faite jusqu’ici, l’on explique toujours mal la hausse dans le taux de cancers enregistré à Maurice depuis quelques années. Alors que le mal gagne du terrain, les services de santé du pays n’arrivent toujours pas à offrir une vraie prise en charge aux patients. Les lacunes du système médical rajoutent à la tourmente de ceux touchés directement et indirectement par le cancer.
C’est ce que souligne le dossier sur lequel Scope s’est attelé depuis ces dernières semaines.
Troisième cause de mortalité à Maurice après le diabète et les maladies cardio-vasculaires, le cancer connaît une progression constante et inquiétante. De 2006 à 2010, le nombre de cas de cancers a augmenté de 53,4% chez les femmes et de 43,7% chez les hommes, touchant une population âgée entre 45 et 69 ans. Les spécialistes et les observateurs restent pessimistes : la situation s’envenimera, surtout en ce qui concerne le cancer du poumon chez les jeunes, et des cancers du sein et du col de l’utérus chez les femmes.
Indignation.
Dans une interview accordée à Scope il y a quelque temps, le Dr Sameer Kaul, cancérologue indien, avait tiré la sonnette d’alarme sur un aspect du problème. “Je suis étonné de voir le nombre de jeunes femmes atteintes de cancer du sein à Maurice. À mon avis, vous devriez faire une étude pour savoir d’où vient le problème”, avait-il précisé.
La situation est préoccupante. La prise en charge des malades par les services de santé publics soulève souvent l’indignation. L’absence d’un centre spécialisé pour soigner les patients se fait de plus en plus sentir. Il n’y a pas suffisamment de places pour accueillir tous les malades au département de radiographie et d’oncologie de l’hôpital Victoria. Le manque de coordination et le nombre restreint de personnes qui travaillent dans ce service se font également sentir. Parmi les dysfonctionnements soulignés : des cas de pertes de dossiers médicaux des patients et des résultats des examens; des pannes fréquentes de la machine de radiothérapie à l’hôpital Victoria, qui est le seul à offrir ce traitement; l’absence d’un service de soutien et d’accompagnement psychologique, entre autres.
Carences.
Pour les patients et leurs proches, c’est un calvaire. Se disant rejetés, ils entretiennent l’impression que l’on ne fait pas tous les efforts possibles pour les aider. Ou encore que les médicaments fournis ne sont pas les meilleurs. Ils parlent aussi de négligence, d’absence d’attention et d’empathie de la part du personnel soignant, de manque d’hygiène dans les salles de bains et les toilettes. Mais face à cette situation, ils ne sont pas nombreux à élever la voix, de peur d’être laissés pour compte.
Face à ces carences, certains patients préfèrent donc se faire soigner dans le privé. Mais il faut savoir qu’une séance de chimiothérapie pourrait revenir à Rs 50,000 approximativement ou qu’un suivi médical varie entre Rs 1,200 et Rs 1,500 par consultation.
À travers son Cancer Action Plan 2010-2014, c’est tout un travail de prévention que les autorités veulent mettre en place. En attendant qu’elles atteignent leurs objectifs, le mal continue de faire des ravages…