À Maurice, l’usage et le commerce de cannabis sont non seulement prohibés, mais sont également sévèrement punis par la loi. Par manque de débats sur la question, notre “gandia” risque encore longtemps de se vendre en catimini, contribuant ainsi davantage à la prolifération de drogues synthétiques. Depuis plusieurs années pourtant, le monde s’est engagé progressivement vers la dépénalisation. Petit tour d’horizon.

Autant les Mauriciens sont unanimes à condamner l’usage de drogues dures, autant ils sont aussi nombreux – et pas seulement, faut-il le rappeler, les membres de la communauté rastafari – à remettre régulièrement sur le tapis la question de la légalisation du cannabis. C’est que le sujet est tout aussi épineux que peuvent l’être quelquefois les feuilles de la plus polémique des plantes. Il y a quelques jours à peine, le Premier ministre, Pravind Jugnauth, avait d’ailleurs évoqué la question, lançant : “Ena dimounn (dans l’opposition) pe milit pou legaliz kanabis alor ki gouvernma pe lite pou lasante piblik”, avant de conclure : “Nou le enn pei ek zero ladrog !” Une déclaration contrastant avec celle du leader de l’opposition, Xavier-Luc Duval, qui demande au gouvernement de reconsidérer sa position, notamment concernant l’utilisation du cannabis thérapeutique. Cela dit, à cette exception près, il faut bien admettre que, dans leur grande majorité, les parlementaires et autres responsables restent frileux à aborder la question, tout autant qu’ils paraissent particulièrement ignorants de la chose. Entre manque de conviction, crainte d’impopularité et méconnaissance, pas étonnant que le dossier en soit resté chez nous au stade du statu quo.

Chez nous, la culture, la détention, le commerce et l’usage de cannabis sont interdits et punissables de lourdes peines de prison. Le problème, c’est que cette politique d’austérité n’empêche pas le nombre de consommateurs d’augmenter. Le cannabis étant illégal, les dealers continuent d’imposer leur loi et leurs tarifs, qui accusent une hausse constante justifiée par les risques encourus, toujours plus grands. Un fait qui influe notamment sur la prolifération de drogues synthétiques, bien moins coûteuses à la fois pour les fabricants et pour les consommateurs, avec les risques que l’on connaît. Pourtant, de nombreux pays ont déjà légiféré sur la question depuis longtemps, assouplissant leurs lois ou instaurant un nouveau cadre légal pour la culture et la consommation du cannabis, que ce soit à usage médicinal ou récréatif, quoique bien moins nombreux dans cette seconde catégorie.

L’exemple sud-africain.

Ainsi, pas loin de chez nous, en l’occurrence en Afrique du Sud, la justice a décriminalisé en septembre dernier l’usage du cannabis à titre privé, ouvrant ainsi de facto la porte à sa culture. Ce faisant, ce pays rejoint le club fermé des nations ayant également dépénalisé l’usage et la détention de cannabis, renonçant ainsi aux peines de prison envers les consommateurs. Plus rares sont les pays ayant donné un cadre légal à sa culture et sa consommation. Parmi eux, l’Uruguay, qui fait figure de véritable pionnier en la matière. Ce pays est en effet devenu, en décembre 2013, le premier au monde à légaliser la production, la distribution et la consommation de cannabis (auparavant, seules la détention et la consommation étaient dépénalisées). Depuis, dans ce pays, trois modes d’accès sont possibles : la culture à domicile pour consommation personnelle, l’appartenance à un club cannabique ou l’achat en pharmacie (limité toutefois à 40 g par mois et par usager). Pour ce faire, le gouvernement uruguayen a sélectionné deux entreprises privées chargées de la production et la distribution. D’autres pays latino-américains ont légalisé uniquement l’usage thérapeutique, comme le Chili (fin 2015), la Colombie (2016) ainsi que l’Argentine, le Mexique et le Pérou (tous trois en 2017).

Aux États-Unis, la problématique est assez différente, et tout aussi compliquée. Il faut d’abord savoir que la loi fédérale interdit la culture, la vente et l’utilisation de marijuana. Néanmoins, les États bénéficiant de certaines libertés dans leur arsenal légal, la consommation récréative a été légalisée dans huit États et dans la capitale fédérale, Washington. Le dernier en date, la Californie, est devenu, le 1er janvier 2018, le plus gros marché légal au monde. Par ailleurs, 29 États autorisent l’usage médical.

Entre “tolérance” et dépénalisation.

Toujours dans cette partie du monde : le Canada. Depuis octobre dernier, ce pays est devenu le premier pays du G7 à légaliser le cannabis récréatif et le deuxième pays au monde, soit cinq ans après l’Uruguay. Promesse de campagne de Justin Trudeau, chaque ménage canadien peut ainsi faire pousser jusqu’à quatre plants chez lui et une personne pourra détenir en public jusqu’à 30 g de cannabis légal. Il revient aux provinces d’organiser la vente dans des magasins autorisés. À noter que l’usage thérapeutique dans ce pays, lui, était déjà autorisé depuis… 2001.

En Europe aussi, le débat sur le cannabis progresse. Ainsi, aux Pays-Bas, la possession, la consommation et la vente au détail de moins de 5 g de cannabis, dans les coffee shops, sont tolérées depuis 1976, de même que la production de moins de cinq plants. Depuis 2012 cependant, une loi controversée, appliquée dans trois provinces du sud des Pays-Bas, interdit la vente aux non-résidents et aux touristes. En Espagne, en revanche, la loi “tolère” la consommation et la culture de cannabis dans un cadre privé, non-lucratif et entre adultes. Des clubs de consommateurs ont été autorisés en Catalogne à la mi-2017. Quant au Portugal, il a décriminalisé en 2001 la consommation et la détention de toutes les drogues, qui restent toutefois interdites (les consommateurs peuvent éviter une amende s’ils optent pour un traitement contre la dépendance).

Plusieurs autres pays européens ont légalisé le cannabis thérapeutique, comme l’Allemagne, l’Autriche, la Grande-Bretagne, la Finlande, l’Italie, la Grèce, la Roumanie, la Slovénie, la Croatie, la Pologne et la Macédoine. En France, l’Agence du médicament a annoncé la création d’un comité pour “évaluer la pertinence de développer” l’utilisation thérapeutique du cannabis.