C’est dans un grand recueillement que les 2 000 personnes présentes avant-hier   à l’église St-Julien (Flacq), pour une célébration en simultané avec la cérémonie de canonisation à Rome, ont salué l’arrivée de deux nouveaux saints. Une soixantaine de Polonais vivant à Maurice y ont participé. L’assistance a commencé à arriver à 8h30, à la grande surprise du père Kuds  Tadeusz (d’origine polonaise), curée de la paroisse St-Julien. Au point qu’à l0 heures, soit une heure avant le début de la cérémonie, l’église était déjà remplie. Autre constat : Jean XXIII a été quelque peu placé au second plan…  
Les 2 000 Mauriciens et étrangers sont venus de tous les coins du pays. Dans l’assistance se trouvaient également bon nombre de jeunes, dont ceux ayant eu la chance de participer aux Journées mondiales de la Jeunesse (JMJ) – organisées pour la première fois en 1987 à l’initiative de Jean Paul II – et qui sont de grands admirateurs du désormais Saint Jean Paul II.  La célébration présidée par le vicaire général Jean-Maurice Labour (en l’absence de Mgr Piat, qui se trouvait à Rome) s’est déroulée dans un recueillement général. Quant à l’atmosphère, elle était empreinte d’émotions. « Hier (NDLR: dimanche) c’était un événement unique. On retenait son souffle. J’ai senti une vibration avec l’Église universelle. L’émotion était d’autant plus  forte pour moi que je présidais une cérémonie en même temps que la messe qui se déroulait à Rome », dit le père Labour.  Deux écrans avaient été installés pour permettre aux Mauriciens présents à l’église de suivre en même temps la messe de canonisation, qui se déroulait à Rome, histoire d’être en communion avec les 2 milliards de téléspectateurs à travers le monde qui suivaient l’événement.
Alors que deux papes étaient concernés par cette cérémonie de canonisation, Jean XXIII a cependant été relégué quelque peu au second plan hier lors de la cérémonie à St-Julien. Certains n’ont pas manqué de relevé ce fait. En effet, il n’y avait que la photo de Jean Paul II, bien visible et placée au-dessus du reliquaire incrusté dans le mur à côté de l’autel. Est-ce un oubli ou est-ce une volonté, du fait que Jean Paul II est beaucoup plus familier aux Mauriciens ? « C’est vrai que Jean XXIII est passé inaperçu, mais ce n’est pas de notre volonté de le mettre au second plan », répond le vicaire général. « Cela s’explique probablement par trois circonstances. Primo, la visite de Jean Paul II chez nous l’a rendu plus populaire auprès des Mauriciens que Jean XXIII. Secundo, il y a une délégation de Mauriciens qui participe depuis 1997 au JMJ. Et tertio, on compte une délégation polonaise, avec le père Tadeusz Kud – lui-même Polonais et prêtre spiritain –, qui ont préparé activement la célébration d’hier », explique le père Labour. Selon ce denier, le nouveau Saint Jean XXIII « a été un grand prophète pour l’Église de ce temps », et cela contrairement à ce que certains catholiques avaient dit lors de son élection, soit qu’il allait se contenter d’administrer l’Eglise dans la routine et qu’il ne faudrait pas compter sur lui pour des actions percutantes. « On avait dit qu’il n’allait pas être un pape de grande envergure, mais c’est lui qui a convoqué le Concile Vatican II et on connaît l’impact de sa démarche sur l’Église de notre temps », ajoute  Jean Maurice Labour au sujet du Saint Jean XXIII.  
Le père Kud n’est pas d’accord avec ceux qui avancent que Jean XXIII  n’a pas eu suffisamment de place dans cette cérémonie. « Nous avions évoqué à plusieurs reprises, pendant la Neuvaine – qui a pris fin hier –, la présence de Jean XXIII. Et nous avons rappelé comment il a marqué l’histoire de l’Église avec les travaux du Concile Vatican II » dit le père Kud au Mauricien.
Par ailleurs, la paroisse St-Julien, dans l’ombre jusqu’ici, a été mise en lumière grâce à cette relique de Jean Paul II. Depuis dimanche, celle-ci se trouve dans un minuscule autel vitré, encastré dans un mur. Et chaque année, durant la Neuvaine de la Miséricorde Divine – qui débute le vendredi Saint –, cette relique sera exposée et le public pourra la toucher. « Cette relique est visible, même si elle est encastrée, et tout au long de l’année, les Mauriciens peuvent venir en pèlerinage à l’église St-Julien. Nous avons aussi la messe de 11 heures, tous les vendredis », lance le père Kud.
Depuis quelques jours, les catholiques, venant de plusieurs parties de l’île, témoignent une grande ferveur pour le Saint Jean Paul II à l’église St-Julien. Y a-t-il une demande pour changer le nom de cette église ? « Pour le moment, non. Mais les gens ont demandé si c’est possible d’avoir, dans cette église, un sanctuaire de la Miséricorde, avec cette relique du Saint Jean Paul II », laisse entendre son curé.
Des prêtres reconnaissent que la foi populaire a besoin  de signes tangibles, tels l’exposition des reliques, mais appellent à une attitude mesurée dans la vénération des reliques et des saints. « Certaines personnes croient qu’un miracle va se produire immédiatement après avoir touché une relique …Nous espérons que la foi populaire, ainsi dynamisée par le toucher de la relique de Jean Paul II, conduira les chrétiens à une conversion sur la base de la vie exemplaire des Saints », souhaite  le père Labour.