Prenant au mot le ministre du Commerce et de la Protection des consommateurs, Ashik Gungah, qui répondait à sa PNQ de mardi dernier, Paul Bérenger, leader de l’opposition, avertit qu’il veillera à ce que le gouvernement respecte son engagement de baisser les prix des carburants dès que le nouveau mécanisme de détermination des prix de l’essence et du diesel à la pompe sera mis en place. Revenant, par ailleurs, sur toute la question de nos besoins en énergie électrique, le chef de l’opposition estime que, «comme par le passé», le CEB est «de mauvais conseil» au ministre de tutelle, Ivan Collendavelloo.
Paul Bérenger juge «sans précédent» le «démenti catégorique» apporté par KPMG à l’affirmation faite à la télévision par le ministre des Services financiers, Roshi Bhadain, à l’effet que ce cabinet d’experts-comptables aurait consenti à payer une amende. Il estime, parallèlement, que le ministre évite, désormais, «par manque de courage», de répondre aux demandes de rencontres des salariés d’Iframac et de Courts. Il note, de plus, que Roshi Bhadain a, désormais, été dessaisi du dossier de l’hôpital Apollo-Bramwell, placé sous la responsabilité du ministère des Finances.
Paul Bérenger ne manque pas de souligner que le ministre des Finances, Vishnu Lutchmeenaraidoo, a avoué, jeudi, que l’Etat a, à ce jour, investi pas moins de Rs 4,4 milliards dans la nouvelle MauBank, institution bancaire mise sur pied dans le cadre de la fusion de la National Commercial Bank (NCB, ex-Bramer Bank) avec la Mauritius Post and Cooperative Bank (MPCB). Il insiste, une nouvelle fois, que ce sont les contribuables qui seront appelés, selon lui, à payer les pots cassés.
Il en veut, d’abord, pour preuve que le ministre Bhadain a, lui-même, concédé, à l’Assemblée nationale, que la revente ultérieure d’une partie des actifs de Maubank ne rapportera que Rs 2,5 milliards à l’Etat. Paul Bérenger considère encore plus révélateur le fait que le ministre Lutchmeenaraidoo lui a donné raison, jeudi, en reconnaissant que dans le cadre des remboursements autour de l’affaire BAI, les passifs dépasseront les actifs. Il ne croit pas que, comme l’affirme Roshi Bhadain, la National Insurance Company (NIC) pourra, à elle seule, générer une somme de Rs 9 milliards.
Il soutient, à ce propos, que, selon les experts qu’il a consultés, la compagnie d’assurances mise sur pied pour reprendre les activités de l’ancien pôle assurances du groupe BAI ne pourra permettre que des rentrées d’argent d’un maximum de Rs 2 milliards. Il dit attendre d’être fixé sur ce que rapportera concrètement  la revente des intérêts de l’ex-Groupe BAI au Kenya évaluée par le ministre Bhadain à Rs 4,1 milliards. Le leader de l’opposition réaffirme que la mauvaise gestion de toute cette affaire BAI a fait un «tort immense» au secteur financier mauricien. Il ajoute à cela «l’absence d’indépendance» de la Financial Services Commission (FSC), dont le Conseil d’administration est, désormais, présidé par le secrétaire financier. Aussi, pour Paul Bérenger, tous ceux au gouvernement «qui savent comment les choses doivent se faire sont enragés contre Bhadain». Il dit, par exemple, «comprendre» les absences du deputy-Prime minister Xavier Duval quand le ministre Bhadain intervient à l’Assemblée nationale».
Alors qu’il trouve que Roshi Bhadain prend un «vicieux plaisir» de narguer son collègue, Xavier Duval, sur toute l’affaire BAI/Bramer, Paul Bérenger estime que le jour viendra où tout sera mis au jour. Il réaffirme que toute l’affaire a été mal gérée et persiste, en effet, à penser que, fidèle à lui-même, le Premier ministre, sir Anerood Jugnauth, a, dès le départ, agi par impulsion quand il a été mis en présence des premières informations.
«Le coût de l’électricité doit aussi baisser»
Paul Bérenger revient à sa PNQ de mardi dernier au sujet des prix des carburants. Même s’il a fallu attendre huit mois, le gouvernement, par le biais du ministre du Commerce et de la Protection des Consommateurs, Ashik Gungah, a reconnu, dit-il, que le mode de calcul utilisé sous l’Automatic Pricing mechanism ne favorise en rien la baisse de prix. Il note que le ministre s’est donné un mois pour concevoir un nouveau système de détermination des prix de l’essence et du diesel à la pompe pour remplacer celui conçu sous le précédent gouvernement Ramgoolam.
Il ne manque pas de souligner qu’Ashik Gungah s’est dit confiant qu’avec ce nouveau mécanisme, les prix des carburants vont effectivement baisser. Aussi s’empresse-t-il d’avertir qu’il veillera à ce que tel est le cas et que le gouvernement respecte son engagement. Paul Bérenger enchaîne avec le coût de l’électricité qui, pour lui, mérite, tout aussi, une baisse. Il se réfère, à ce propos, au bilan financier intérimaire du Central Electricity Board (CEB) pour la période s’étendant de janvier à mai 2015, dont il a fait circuler une copie à la presse.
Il en découle qu’alors que le CEB avait prévu d’engranger des profits de l’ordre de Rs 263 millions pour ces cinq premiers mois, ils ont, dans les faits, avoisiné Rs 1,6 milliard. Citant le directeur-général de cet organisme, Gérard Hébrard, dans son interview à l’express, hier, Paul Bérenger note que pour toute l’année 2015, le CEB prévoit des profits de Rs 2,5 milliards, suite, surtout, à la baisse du prix du charbon. D’où la nécessité, selon lui, d’une baisse du coût de l’électricité. Baisse qui, ajoute-t-il, assurera, entre autres, une meilleure compétitivité des entreprises.
Paul Bérenger s’étonne que le directeur général s’y oppose en arguant que les profits vont servir au financement des projets de développement du CEB. Il souligne que, de tout temps, ce sont des bailleurs de fonds, telle la Banque mondiale (BM), qui se sont chargés de financer les projets de développement de cet organisme. Même s’il concède que Gérard Hébrard a laissé entendre qu’une réédition des délestages de 1976/1977 serait «catastrophique» pour le pays, Paul Bérenger estime que le CEB ne prend pas la mesure de l’urgence de la situation telle qu’elle a été établie dans le récent rapport de la Banque mondiale (BM).
Un rapport qui vient dire, rappelle-t-il, qu’en dépit de l’exécution de toutes les mesures d’urgence recommandées comme le maintien en opération, pour une période additionnelle de trois ans, des vieux moteurs Pielstick de St-Louis avec ses risques inhérents, il y aura toujours une «capacity gap» dès l’an prochain. Paul Bérenger souligne que depuis près de cinq ans, il réclame le lancement d’un nouvel appel d’offres international ouvert à toutes les technologies pour le démarrage d’une nouvelle centrale d’une capacité de 50 MW ou 100 MW.
Sous ce rapport, il souligne qu’il n’est pas automatiquement nécessaire d’accorder le contrat au soumissionnaire ayant fait l’offre la moins chère. Même s’il déclare ne pas être particulièrement favorable au charbon, Paul Bérenger estime important de tenir en compte l’ensemble des données. Il ne manque pas aussi de rappeler que le ministre de l’Energie, Ivan Collendavelloo, a, lui-même, reconnu qu’il existe, désormais, des technologies au charbon de dernière génération capables d’atténuer les risques inhérents à l’utilisation du charbon.
PTr de Ramgoolam: «J’ai déjà dit ce que j’en pense…»
Le leader des mauves soutient encore s’employer à ne pas «politiser» le débat autour de cette question de nos besoins nationaux en énergie électrique. Il trouve, néanmoins, que, «comme dans le passé», le CEB est de mauvais conseil au ministre. Il laisse entendre qu’il reviendra encore sur tout le dossier de la production d’électricité à l’Assemblée nationale. Tout comme, dit-il, sur celui de la lutte contre la pauvreté où il déclare constater une «totale démission» du gouvernement.
Paul Bérenger faisant référence au discours du Premier ministre prononcé, jeudi, à la cérémonie marquant la fête Ganesh Chaturthi regrette que sir Anerood Jugnauth qui avait pris l’engagement de ne pas faire d’allusions politiques durant des cérémonies organisées lors des fêtes religieuses emboîte le pas à Navin Ramgoolam. Il souligne que c’est la même personne qui, hier, s’était comportée comme «un véritable agent politique de Ramgoolam» qui préside encore l’organisation socioculturelle qui a organisé cette cérémonie. Ce qui, dit-il, a expliqué son absence même s’il avait été invité à y assister et à y prendre la parole.
Quant au rassemblement organisé ce dimanche par le PTr à Kewal Nagar dans le cadre de la commémoration du 115e anniversaire de la naissance de sir Seewoosagur Ramgoolam, il a déclaré, avec une pointe d’humour, que lui, en tout cas, n’y sera pas. «Si, aujourd’hui, ce parti qui, depuis 1995, est resté 14 ans au pouvoir, n’arrive pas à être à la hauteur, il ne lui restera plus grand-chose à espérer», a-t-il estimé. Ce dernier ne manque pas aussi de rappeler qu’il a, déjà, dit ce qu’il pense quant à l’avenir qui est réservé au PTr «avec, à la tête, Navin Ramgoolam».
Paul Bérenger regrette, par ailleurs, ce qu’il estime être la «mesquinerie» qui a consisté, cette année, à faire l’impasse sur l’organisation d’une cérémonie solennelle de dépôt de gerbes par le Premier ministre, le leader de l’opposition et le corps diplomatique au bas de la statue de SSR à l’esplanade du Port-Louis Waterfront à l’occasion de l’anniversaire de naissance du premier Premier ministre de l’île Maurice indépendante.
Sur la récente élection de Jeremy Corbyn à la tête du Labour britannique et de l’implication de cet événement par rapport à la question des Chagos, le leader de l’opposition laisse comprendre que son parti ne se fait pas de grandes illusions à ce sujet. Il rappelle, d’abord, que les Chagos ont été démembrés du territoire mauricien alors que c’était le PTr sous Harold Wilson qui était au pouvoir en Grande-Bretagne. Paul Bérenger souligne le «manque de courage», à ce jour, de Jeremy Corbyn de prendre une position de principe sur la souveraineté mauricienne sur les Chagos.
Le leader du MMM confirme, par ailleurs, que sa fille Joanna vient effectivement d’être élue à la tête de l’aile jeune du MMM de la circonscription No 16 (Vacoas / Floréal) «dans le cadre d’une élection tout à fait démocratique». Paul Bérenger réaffirme que, comme lui, ses enfants sont aussi réfractaires à l’idée de succession dynastique en politique. Il explique, cependant, qu’il ne pouvait pas, pour autant, empêcher sa fille Joanna «qui s’intéresse à la politique et qui veut servir son pays» de faire son entrée au MMM dans le cadre d’un exercice de démocratie interne.