Cinquante ans : bel âge, et belle histoire aussi, que celle du MMM. C’est le seul parti politique qui, en 1983, a, « seul contre tous », selon le slogan de l’époque, recueilli 46% des suffrages populaires et dont l’apport a été déterminant dans la réalisation de quatre assemblées à majorité constitutionnelle, les deux 60/0 de 1982 et de 1995, le 57/3 de 1991 et le 54/6 de 2000. Ce n’est pas un mince exploit.
Mais, s’il s’agit de « s’inspirer du passé pour construire l’avenir », alors qu’il s’est trouvé très secoué ces dernières années, il est aussi impératif de retrouver sa capacité de réformer et de transformer sur tous les plans, politique, économique et social. Pas des promesses de rupture creuses, mais de vrais changements. Pas de ceux qui coûtent des milliards aux contribuables et qui servent de bribes électoraux à ceux qui n’ont pas d’autres moyens de convaincre.
Oui, les Mauriciens en ont un peu marre des caricatures que nos institutions sont devenues. Il faut peut-être commencer par ce Parlement qui, depuis qu’il se déroule sous nos yeux, s’est révélé une plate-forme décadente et ridicule. Les séances, c’est un concours de médiocrité et d’arguments de bas étage dont le ton est donné par le Leader of the House lui-même.
C’est le lieu qu’on ose encore appeler « l’auguste assemblée » et où la présidence s’intéresse bien plus aux commentaires parfois pas très méchants faits d’une position assise, mais pas aux insultes proférées alors que le micro est ouvert, qu’elles sont parfaitement audibles et qu’elles apparaissent comme des fleurs dans le Hansard.
Oui, il faut en finir avec ce Parlement parce que rien n’y fonctionne. Lorsque vous avez fini d’assister au cirque du mardi ici et que vous vous branchez ensuite sur un direct de la Chambre des communes et que vous voyez un John Bercow qui n’attend pas les directives du Premier ministre pour rouler sa cuisine parlementaire et qu’il convoque le Parlement le lendemain même d’un jugement décrétant illégale sa prorogation, il n’y a qu’un seul sentiment qui vous envahit : la honte.
Vous vous imaginez la réaction du Speaker des Commons si tous les mardis, le Premier ministre et les ministres répondaient que tout est secret, de l’accord avec Liverpool à celui sur Agaléga en passant par la « compagnie privée » qu’est la State Informatics Ltd, avec son « State » dont le nom pourtant, et dont l’identité du directeur, ses salaires et ses voyages ne peuvent être divulgués au Parlement ? Il les aurait certainement sanctionnés.
Dans toutes les démocraties parlementaires dignes de ce nom, lorsque les travaux de la Chambre des élus sont publics, ceux de ses émanations le sont aussi. C’est ce qui permet des directs lorsqu’une commission d’enquête parlementaire entend, allons dire, Alexandre Benalla et de hauts cadres de l’Elysée, de la préfecture et de la police pour démêler le vrai du faux du dossier à charge.
Cette semaine même, on a aussi pu suivre l’audition de témoins entendus dans le cadre d’une procédure de destitution du président américain. Une enquête a été initiée par la Chambre des représentants pour statuer sur la possible faute commise par Donald Trump lorsqu’il a demandé à son homologue ukrainien d’enquêter sur le fils de son probable adversaire Joe Biden. Il s’est aussi avéré qu’il y a eu des tentatives des avocats du président de bloquer les registres concernant ces échanges et tout cela se déroule en direct, sans filtre, chacun devant, en fin de compte, assumer ses responsabilités et le public se faire sa propre opinion.
Ici aussi, il y a certes des comités parlementaires, mais lorsqu’ils osent siéger, dépendant du quorum ou de tout autre aléa, leurs délibérations sont toujours à huis clos. Imaginons le Public Accounts Committee tenant des auditions publiques et dont les membres questionneraient ces fonctionnaires qui disent toujours oui aux ministres et qui ferment les yeux sur le gaspillage de l’argent des contribuables.
L’Appointments Committee, président/Premier ministre/leader de l’opposition, ayant été liquidé en 2006, et l’ICAC transformée en un simple organisme parapublic avec des nominés politiques à leur tête, imaginons, quand même, comme ultime garde-fou que l’important comité parlementaire qui est censé superviser ses activités siège en public.
Vous croyez que Navin Beekarry oserait, devant les yeux de toute la nation, refuser de révéler ses salaires, comment les Rs 300 millions de budget annuel de l’ICAC sont dépensées et qu’il se permettrait de venir dire que ses enquêtes sur Vijaya Sumputh, Youshreen Choomka et Ravi Yerrigadoo prennent du temps et des années parce qu’elles ont des ramifications internationales comme celles initiées depuis 2015 sur Dufry/Frydu ?
Non, s’il y avait la transparence obligée pour certains, cela éviterait au pays bien des scandales. Les pires crimes, surtout ceux qui sont contre l’intérêt public, se déroulent toujours hors de la vue d’autrui. Voilà pourquoi, il faut tirer un trait sur des pratiques passées, héritées de l’ère coloniale et que le colonisateur lui-même a abrogés
Comme ce système, qui érige le Premier ministre en monarque absolu, qui décide de tout, quand ouvrir et quand fermer le Parlement, quel texte bricoler pour apaiser des tensions sectorielles et quand organiser des élections. Ailleurs, même les décisions de la reine, inspirées certes par le Premier ministre, sont cassées.
C’est dire qu’il y a énormément à faire pour moderniser ce pays, pas seulement avec des projets d’infrastructures ronflants et ostentatoires ou du béton intégral, mais des actes qui réconcilient le citoyen à la politique et qui ont pour finalité la recherche du bien commun et de la primauté de l’humain. Les programmes électoraux à venir seront, à cet effet, intéressants à scruter.

JOSIE LEBRASSE