Animatrice à la radio et à la télévision, Carine Kistoo-Jean se démarque par un beau sourire et un rire contagieux. Cette “grande gueule” au cœur sensible a dû se forger une carapace pour survivre et avancer dans un univers pas toujours bienveillant. Elle a trouvé sa voie grâce à sa voix et transmet l’espoir et la joie dans des émissions à son image. Quand Scope se branche sur sa fréquence, elle décide de nous faire voir comment Lavi Zoli en XXL.

Quand on la cherche, elle dégaine rapidement. Proches, amis, collègues, voisins ou chauffards inconscients qui ont croisé sa route peuvent en témoigner… Mais elle est aussi la première à courir à l’hôpital pour être au chevet des autres, même de son pire ennemi. La présentatrice de Lavi Zoli en XXL se décrit comme “souriante certes, mais aussi une maman poule de trois enfants qui sait remonter les bretelles. Je suis directe et cash, parfois un peu trop. Je dis tout haut ce que les gens pensent tout bas. Le plus important est que je suis vraie”.

Au fil des années, Carine Jean est devenue un personnage public attachant, qui se distingue par son authenticité. Sur scène, à la télé, à la radio et dans la vie, elle ne cultive pas les faux-semblants. Avec sa tchatche et son humour, il n’est pas étonnant que presque toutes ses phrases se terminent en fou rire.

À notre arrivée à la station nationale, la jeune femme nous cueille à l’entrée. En traversant les longs couloirs menant jusqu’au studio de Radio Maurice où elle est attendue pour animer l’émission Let The Music Play, c’est un ballet de saluts généreux et personnalisés lorsqu’elle croise ses collègues. Cet après-midi, elle a troqué ses baskets et ses jeans contre des talons et une robe aux motifs fleuris pour les besoins de la séance photos. “Je suis presque toujours en baskets. J’en ai une armoire remplie”, dit-elle en rigolant.

Lorsqu’elle prend l’antenne avec le sourire dans la voix, l’expérience et la passion se font sentir. “La radio, c’est tout mon monde. C’est le moment où je décompresse totalement, oubliant mes obligations familiales et mes soucis professionnels.” Elle aime le moment où elle reçoit des appels. “J’adore entrer chez les gens. La radio, c’est un peu entrer subtilement et gentiment sans y être convié.”

Se forger une carapace.

Carine Jean est une mère et une professionnelle épanouie qui transpire la joie de vivre. Mais cela n’a pas toujours été le cas. Très tôt, elle a dû composer avec une dure réalité, qui a forgé sa carapace et sa personnalité. “J’ai toujours eu des défis à relever. J’ai été mère très jeune. Entre les études, le travail dans un centre d’appel, un mari, la maison, je n’ai pas arrêté. Cette année, je vais encore une fois m’inscrire à l’université.”

Elle est très fusionnelle avec sa mère, qui s’occupe de ses enfants. “Il fut un temps où c’était plus compliqué. Durant mon enfance, elle était absente du pays car elle travaillait au Lycée Louis Massignon à Abu Dhabi. Je passais la majeure partie de mon temps chez des voisins, qui sont devenus ma famille adoptive. J’ai appris à vivre avec cette absence, sans jamais rien reprocher à personne. Bien que nous soyons d’un milieu modeste, mon père me donnait tout ce que je voulais pour compenser cette absence. Mais on ne comble définitivement pas un tel vide avec des choses matérielles.”

S’ensuit une adolescence compliquée où elle se révolte. Au secondaire, elle est un peu le caïd du collège. Quand il fallait un gros bras, on faisait appel à Kistoo, plus connu sous le nom de “Tawa Madras” à cause de sa forte corpulence au niveau des hanches et ses origines tamoules.

Zanfan Cité Kennedy.

Carine Jean s’est assagie avec l’âge. Elle déteste l’hypocrisie, le communalisme et qu’on lui fasse des remarques sur son physique. Elle démarre au quart de tour et n’hésite pas à donn li so koko. C’est souvent bon enfant. On me cherche juste pour le plaisir de m’entendre”. Elle s’entend souvent dire que “disan Kennedy la inn mont lor mwa, la”. Des remarques que la présentatrice de l’émission Au pays des Merveilles prend avec légèreté et le sourire. Elle a grandi à Résidence Kennedy et revendique fièrement son appartenance à cette cité. “Les gens ont tendance à penser que j’ai ce caractère parce que j’ai grandi ici.” C’est un endroit qui, comme beaucoup d’autres, est “rongé par la drogue, le vol et autres fléaux sociaux. Mais Kennedy a aussi ses lauréats, ses avocats, ses banquiers, ses footballeurs professionnels”.

Après son mariage, elle s’installe du côté de Candos, mais garde toujours un pied à Kennedy. “J’accompagne les jeunes au quotidien. Ma maison est presque tout le temps remplie d’enfants et d’adolescents qui y trouvent une oreille attentive. Ils peuvent se lâcher sur tout et rien, ce qui les empêche de se faire happer par les fléaux sociaux.” Elle est consciente qu’il est difficile de protéger complètement ses propres enfants de cet engrenage. “L’important est qu’ils aient les bonnes informations pour savoir faire leur propre jugement entre ce qui est bien et ce qui ne l’est pas.”

Une femme déterminée.

En tant que professionnelle de l’audiovisuel, son parcours est une sorte de success story pour les jeunes de sa région. Elle se retrouve complètement dans le livre qu’elle lit actuellement, Becoming de Michelle Obama. “La vie est faite d’étapes. Il faut se forger un caractère, avoir un moral d’acier, être déterminé et avoir des objectifs. Je suis souvent tombée, et me suis relevée plus forte que jamais. Ce qui ne te tue pas te rend invincible.”

En 2003, Carine Jean est recrutée dans l’un des premiers centres d’appel de Maurice. Sa vocation se précise. À l’aise au micro, elle se plaît à animer le plateau comme si elle était à la radio. La jeune femme prend de l’emploi comme responsable marketing dans une compagnie à Quatre Bornes.

Plus tard, encouragée par un ami, elle postule dans une radio privée. Après un entretien qu’elle juge “chaotique”, elle obtient un poste de journaliste. Un métier qu’elle adore, de belles rencontres professionnelles. Au bout de trois ans, elle se voit confier une tranche radio, de minuit à six heures du matin. Elle animera par la suite toutes les tranches de la radio et aussi la matinale. Aguerrie, elle rejoint la station de radiotélévision nationale pour animer la matinale sur Music FM en 2010 et fait également ses débuts à la télé.

Une émission taillée sur mesure.

“Je m’adapte à toutes les situations mais je ne pourrai jamais me faire aux soirées bourgeoises”, dit-elle en riant. Elle préfère présenter des émissions qui transmettent le bonheur et l’espoir que de “lever le petit doigt dans ce genre de soirées où tant de gens sont faux”.

Lavi Zoli en XXL est une émission taillée sur mesure pour elle. Cinq ans plus tôt, Sandra Mayotte, responsable de Senn Kreol, lui propose une émission qui donne de la valeur aux rondes. Une petite révolution dans le secteur audiovisuel. “La télé était un univers où les rondes ne trouvaient pas leur place.” Carine Jean prendra la mesure de la popularité de cette émission en recevant des félicitations de toutes parts. “J’ai grandi avec Lavi Zoli en XXL”. Elle tient à préciser que cette émission n’a pas pour objectif d’augmenter l’obésité à Maurice, “mais vise plutôt l’acceptation de la personne. Nous avons aussi des rubriques axées sur le sport. Je fais de la zumba, de l’aquagym, et quand je suis fatiguée, je m’assois”, dit-elle en éclatant de rire.

Femme de scène.

Carine Jean est aussi une “femme de terrain qui adore la scène et sait combler les vides avec brio”. Elle ne manque pas une occasion de faire la fête. La jeune femme n’est pas étrangère à la genèse du tube et de l’expression tous sali. “Demandez donc à Ludovic Lamarque.” Son exubérance naturelle fait qu’elle cultive aussi des rêves excentriques sur son enterrement. “Je veux être assise sur mon trône (cercueil), dans ma robe la plus sexy et mes baskets. On devra me coudre un grand sourire sur le visage et me mettre des lunettes de soleil.” Effrayant ! Encore plus pour ceux qui n’acquiesceront pas à ses dernières volontés, notamment son acolyte Linley Appadoo et son époux. Elle promet de les “hanter jusqu’à la fin de leur vie”.

Nous n’oublierons pas de souligner sa passion pour le foot, au risque de subir le même sort. En effet, Carine Jean est une fervente mancunienne. “Lorsque j’étais toute petite, mon père m’emmenait voir des matchs de foot, à l’époque où la ferveur pour ce sport était remarquable à Maurice.” Gare aussi à celui qui touche à son dimanche, car c’est “le jour du Seigneur, consacré à passer du temps avec mes enfants”.