Le roman lie de manière indéfectible tant la difficulté que la volonté de vivre en retrouvant l’intimité d’une voix, un sujet autobiographique, les conditions de la vie sociale à une période donnée, la langue reconduite à son être fictif.
Quelle est donc l’ambition de ce projet de Carl de Souza ? En chute libre plonge le lecteur dans l’univers de Jeremy Kumarsamy, ancien champion international de badminton qui a regagné son pays natal pour cause de blessure. Le personnage principal revient sur son enfance, ses drames, sa réussite. L’histoire se déroule aux îles Fernandez, une colonie britannique. Il y a aussi en toile de fond des rumeurs concernant le départ des Anglais, les émeutes dans les quartiers populaires, les tentatives pour accéder à l’indépendance et la coexistence de diverses cultures. Le narrateur recompose le plan d’une expérience autour de l’accident de sa jambe. La conclusion s’est imposée pour lui au fil du temps : il est possible de s’en sortir, reste donc toujours à dire une difficulté de vivre que vient contrecarrer une écriture qui veut croire qu’elle parviendra à perforer le vide de l’être. Partout ce lieu incarné, ce lieu miroir, cette surface où s’est produit le drame et qui entraînera sa répétition : le terrain de jeu, le temps passé à jouer au badminton. Le vouloir dire à travers le jeu n’achoppe pas sur la sensation du néant mais rebondit dessus. L’enfance, ce temps privilégié et les après-midis à jouer au badminton avec sa tante Felicity, c’est aussi ce moment sur lequel s’arrime la blessure d’un manque que le narrateur tente d’exhausser jusqu’à la fin. L’écriture du roman va à l’essentiel, s’encombre le moins possible d’anecdotes pour une sorte d’appel désespéré au sens. Le roman de Carl de Souza se construit sur un principe de retournement. Comme si le seul but à atteindre est cet appel contre le silence et espérer sans cesse un retour possible vers d’anciens mirages : lieux où il sombrera corps et âme. L’auteur renouvelle les recensions d’émotion et lutte par la puissance de l’écriture contre la nuit de l’être. Dans cette lutte, l’écriture se veut encore lien, lien à l’autre, à l’amour, à la liberté, dans l’espoir d’un déplacement de l’être. Le jeu terminé, on peut retourner à ses fictions.