Comme nous aurions aimé vous dire en cette période festive que la saison sportive 2012 tire à sa fin dans 48 heures et que nous, en tant que Mauriciens sommes fiers des accomplissements de notre mouvement sportif. Cette année encore, nous allons devoir tirer la sonnette d’alarme sur une situation qui n’a que trop durer pour le sport mauricien. L’année dernière à la même époque, nous disons qu’il fallait absolument éviter le bis repetita car nous voulons que le sport mauricien ne sombre pas d’avantage dans l’absurde. «A force de vouloir dire « pas moi sa, li sa » ou « moi ki chef, pas li ki chef », le mouvement sportif mauricien, sans se rendre compte probablement, est en train de se  cogner la tête contre le mur», écrivions nous dans ces mêmes colonnes le 1er janvier. Une année après, nous n’avons pas d’autre choix que de nous rendre à l’évidence: le mouvement sportif a continué à se cogner la tête contre le mur.
Nous prenons pour preuve ce qui s’est passé jeudi dernier à l’hôtel Villa Caroline à Flic en Flacq où se tenait l’assemblée générale élective de l’Association mauricienne de Volley-Ball (AMVB). Loin d’être une assemblée, cette rencontre de quelques clubs de volley-ball contrôlés d’une main de fer par Kaysee Teeroovengadum — qui a aussi fourni le transport aux lointains délégués — a été plus une comédie qu’un exercice démocratique. En effet, c’est un peu comme dans les monarchies ou ces Républiques bananières (comme le Maroc, la Syrie, l’Irak, le Tadjikistan) où le Roi ou le dictateur choisit lui-même son successeur. Qui de surcroît adoptera la même politique de son prédécesseur, comme ce qui s’est passé en Russie avec Valdimir Poutin et Dmitry Medvedev. On appelle cela  blanc bonnet, bonnet blanc ou le musical chair, Le Roi est mort vive le Roi. Car il faut être dupe pour  croire qu’avec l’arrivée de Bharun Teeroovengadum — qui de son propre aveu à Week-End, a indiqué qu’il vient de subir une opération du coeur—  à la tête de l’AMVB, les choses vont changer au sein de cette discipline. Car nous prenons déjà le pari et ce, même si nous reconnaissons le côté plus humain et communicatif du nouveau président de l’AMVB, que l’ombre de Kaysee Teeroovengadum va encore planer sur cette discipline pour quatre années encore.
Le cas de cette fédération est sans conteste l’image même d’un mouvement sportif en décrépitude et qui lentement et sûrement a commencé sa descente aux enfers. L’hémorragie est bien présente et la plaie a pris la gangrène de façon avancée. Rien qu’à l’analyse de la situation dans laquelle se retrouve aujourd’hui la fédération de natation cela nous donne une image claire et nette des vraies motivations des «soi-disant» dirigeants sportifs. Les dirigeants sportifs ont, encore une fois, beaucoup voyagé cette saison sans pour autant que cela rapporte grand-chose au sport mauricien, sinon à leur propre avancement social à Maurice comme dans les sphères sportives internationales. Pour la progression de leur sport, c’est Niet et les contre-performances de leurs sportifs ne semblent pas les offenser ni les offusquer pour autant. Sinon, ils se seront bousculés au portillon pour proposer un programme d’urgence pour relancer la machine après la déroute du Club Maurice aux JO de Londres.
C’est silence on voyage…
Dans cette même rubrique l’année dernière, nous avions attiré l’attention sur la pauvreté de notre sport, surtout de notre élite. Une année après, les choses n’ont pas changé sur ce chapitre. Prenons effectivement le cas de notre élite, communément appelés les athlètes de haut niveau à Maurice, si évidemment on peut encore considérer qu’il existe des athlètes de cette catégorie à Maurice. Où étaient-ils durant cette saison 2012? On les attendait aux Jeux Olympiques de Londres en juillet-août dernier, mais au lieu de faire du spectacle, ce fut les dirigeants du Club Maurice qui se sont donnés en spectacle. Les athlètes de haut niveau, eux, avaient décidé de jouer aux abonnés absents à l’exception de Christiane Legentil, tout juste 20 ans et bénéficiaire d’une bourse de perfectionnement du TFES en France, qui a décidé de faire son parcours dans ces JO pour ramener la meilleure performance mauricienne de Londres.
Descente dans les abysses
Pour le reste, il faudra repasser et là encore, personne n’a cru bon de dire que la sonnette d’alarme est déjà tirée et que, comme le Titanic, la descente dans les abysses a déjà commencé. On a beau avoir 21 disciplines olympiques à Maurice, reste que la plus grosse satisfaction de cette année 2012 chez l’élite est venue d’une discipline qui ne bénéficie d’aucune largesse dans les dotations financières de l’Etat: le kick boxing. Sans tambour ni trompette, cette discipline a ramené  une médaille d’or (Fabrice Bauluck) et une médaille de bronze (Boris Brissonnette) de la Coupe du Monde, deux titres de champion d’Afrique (Fabrice Bauluck et Facson Perinne), deux médailles d’argent (Fanfan Nagamah et Angelo Thomas) et trois de bronze (Didier Dalon, Burtland Simisse et Boris Brissonnette).
Aucune fédération dite olympique ne peut se vanter d’avoir réussi un tel parcours sportif cette saison. La boxe qui était jusqu’ici la locomotive du sport mauricien termine sa saison dans ses petits souliers alors que d’autre comme la Fédération mauricienne de Natation  qui a un potentiel de bons nageurs fait tout pour étouffer ces jeunes talents au profit d’un comportement d’arriviste de ses dirigeants.
C’est vous dire que le système d’en haut est quasiment pourri par certains dirigeants qui aiment plus voir leur photo dans les journaux à la place de leurs sportifs. Pas de plan de travail, pas de programme technique et encore moins  de programme de formation. Sur cette question dorénavant, cette tâche a été «lâchée» entre les mains du Trust Fund For Excellence In Sports (TFES). De près (bourse de perfectionnement) ou de loin (stage à l’étranger), ils sont 55 athlètes jeunes, souvent moins de 18 ans, à avoir bénéficié durant 2012 du soutien de la Fondation. C’est un peu comme la fleur qui recommence à sortir de terre après un incendie. Sans aucun doute, c’est une initiative qui mérite largement d’être soutenue — avec les premiers fruits qui sont tombés  lors des Jeux de la CJSOI aux Comores en juillet dernier —  devant ce qu’on considère comme la démission collective des fédérations face à leurs responsabilités et la guerre des chefs.
Le ministre de la Jeunesse et des Sports a souligné dans ces mêmes colonnes la semaine dernière sa différence par rapport au bilan sportif de 2012.  On peut bien le comprendre, lui, qui n’a pas eu les coudées franches durant toute l’année avec d’une part la guerre ouverte avec le Comité Olympique Mauricien et le désordre indescriptible qui existe dans la gestion des affaires au sein de son ministère. Mais gardons espoir sur sa volonté affichée pour donner plus de soutien à la formation des jeunes sportifs par le biais du TFES.
Mais quoi qu’il en soit, si le maillon incontournable de la chaîne du sport mauricien dont les fédérations ne prennent pas conscience de l’importance de la formation pour assurer le renouvellement, voire même créer une élite là où elle n’existe pas, on aura alors bu le calice jusqu’à la lie.