Maurice fera une démonstration de son caractère de carrefour de langues et de cultures ce week-end. Alors que la World Hindi Conference dominera l’actualité ce week-end au Centre international Swami Vivekananda, le Centre culturel chinois s’apprête, lui, à célébrer au même moment le 30e anniversaire de l’implantation du premier centre culturel chinois à l’étranger avec une série de manifestations sur plusieurs semaines.

Les deux manifestations sont liées aux deux grands pays de peuplement de Maurice, à savoir l’Inde et la Chine, auxquels nous sommes liés par l’histoire. La langue hindi, comme le fait ressortir Sarita Boodhoo dans une interview accordée au Mauricien, est profondément associée à l’histoire, à la culture et à la politique de Maurice. Elle est aussi asso- ciée à la lutte politique menant à l’indépendance du pays, et que nous le voulions ou pas, chaque Mauricien est imprégné de la culture indienne, que ce soit sur le plan linguistique, culinaire ou culturel. Ce qui explique les liens très forts qui unissent nos deux populations et qui se reflètent sur les rela- tions économiques et géopolitiques. Le récent passage du pré- sident chinois Xi Jinping à Maurice, dont les banderoles lui souhaitant la bienvenue ornent encore les points stratégiques de l’île, a été une occasion de souligner les liens historiques et ancestraux entre les peuples chinois et mauricien et de se rappeler comment la population d’ascendance chinoise a été un ferment dans le développement économique et social du pays.

Tout cela pour dire que Maurice dispose de tout le poten- tiel nécessaire pour développer une diplomatie culturelle et linguistique. De la même manière que nous nous position- nons comme une plate-forme économique et financière dans la région de l’océan Indien, nous pouvons avoir la prétention de devenir une plateforme culturelle et linguistique dans cette région du monde. Alors que l’hindi est pratiqué par une bonne partie de la population, l’enseignement du chinois, lui, gagne rapidement du terrain grâce au Centre culturel chinois, au centre Confucius, à l’Université de Maurice et à la Chinese Middle School, à Port-Louis, entre autres. Maurice est déjà bien positionnée non seulement en tant que pays francophones mais également en tant que pays anglophone. Ce qui, dans une grande mesure, facilite nos relations aussi bien avec l’Afrique francophone, dont le Sénégal et la Côte d’Ivoire, mais également avec le Ghana, le Rwanda, le Kenya, la Tanzanie et l’Afrique du Sud. Il y a sans doute aussi un effort à faire par rapport à la dimension lusophone, qui nous permettra de faire une meilleure percée sur le Mozambique, l’Angola ou le Brésil.

Cependant, cette ouverture sur le monde, qui mérite d’être structurée, d’être développée et d’être consolidée davantage, ne doit nullement nous faire oublier notre identité mauri- cienne. Or, cette identité repose grandement sur la langue créole. Dans une correspondance publiée dans la page Forum du Mauricien récemment, Umar Timol soulignait : « Le créole est une langue à part entière. Il n’est pas une sous-langue, une langue exotique ou encore, comme on semble le croire, une langue grossière. Il est riche et complexe, en aucune fa- çon inférieur à d’autres langues. Il est la langue de notre quo- tidien, de nos tendresses et de nos colères, mais aussi, entre autres, une langue de culture et une langue littéraire. Et nous devons, en tant que Mauriciens, en être fiers. Le créole est, pour la majorité d’entre nous, notre langue maternelle, celle qui structure notre inconscient, celle qui dit notre rapport à l’autre et au monde.

Le nier, c’est nier ce que nous sommes, nier une part essentielle de notre être. C’est aussi engendrer un complexe d’infériorité… » Il faut donc valoriser le créole. Il rejoint en cela Dev Virahsawmy, militant infatigable de la langue créole, qui ne finit pas de rappeler que « le Morisien est la première langue maternelle de 90% de la population » et qui s’insurge contre le fait que « l’île Maurice est le seul pays au monde où l’apprentissage de la lecture et de l’écriture se fait non pas dans la langue maternelle de l’enfant, mais dans trois langues étrangères : l’anglais, le français et une langue identitaire comme l’hindi, l’arabe ou le télougou ».

Beaucoup d’efforts ont été consentis pour la promotion de la langue créole, notamment par le biais de la Creole Speaking Union et de son président, Arnaud Carpooran. Mais il y a encore beaucoup de chemin à faire pour que, à commencer, la langue créole soit autorisée au Parlement