Les opposants à la nouvelle carte d’identité biométrique réitèrent leur appel à la population pour attendre le verdict de la Cour suprême dans le cadre des trois procès logés, avant d’entamer les procédures d’enregistrement. « Ce n’est pas un combat politique mais un combat du citoyen », soutient l’avocat Sanjeev Teeluckdharry.
Les conférences de presse et les initiatives de tous bords contre la nouvelle carte d’identité se succèdent. Après la conférence de presse de la plateforme No to Biometric Data on ID Card jeudi, c’était au tour du Regrouman Travayer Sosyal (RTS) et des avocats défendant les intérêts d’opposants à la carte d’identité et qui se disent interpellés par les questions relatives au projet de carte d’identité biométrique, de se retrouver sur la même table.
Me Teeluckdharry, qui représente le Dr Rajah Madhewoo dans un procès intenté à l’État et au ministère des TIC pour contester la constitutionnalité de la nouvelle carte d’identité biométrique, a indiqué qu’il a fait une demande pour que le procès de son client soit entendu par un full bench de la Cour suprême composé de 3 à 5 juges. L’avocat devait saisir l’occasion pour déplorer la « lenteur » prise par l’État pour loger sa défense (plea). « C’est un combat de longue haleine », a-t-il fait remarquer.
Trois éléments posent problème dans ce projet du MNIS, estime Sanjeev Teeluckdharry. Le premier étant le coût du projet estimé à Rs 1,5 M, ensuite les craintes concernant le stockage des données et le dernier la transgression des droits constitutionnels et fondamentaux du citoyen. L’avocat devait citer plusieurs pays où le projet de carte d’identité avec des données biométriques a été abandonné ou tout simplement où le gouvernement a dû faire marche arrière après un jugement de la Cour. D’où l’appel général lancé par les animateurs de cette conférence de presse à la population, lui demandant d’attendre la fin des procès avant d’entamer les procédures de conversion. À ceux ayant déjà entamé les leurs, le mot d’ordre lancé est encore une fois d’attendre la fin des procès, avant de récupérer leurs pièces d’identité.
« Pressions » de l’État
Au tour de Me Rama Valayden qui défend les intérêts de Me Neelkhant Dulloo dans l’affaire carte d’identité biométrique, de lancer un appel à la population pour « ne pas tomber dans le piège des autorités ». « Jamais l’État n’a utilisé autant de moyens répressifs pour forcer les citoyens à donner leurs empreintes », devait-il déclarer en faisant référence au forcing des autorités, soutenant au passage qu’il faut un consentement de la personne et non une décision unilatérale d’imposer la soumission d’empreintes aux citoyens mauriciens. « Les empreintes font partie de la dignité et de l’intégrité d’un être humain », souligne Me Rama Valayden.
La nouvelle carte d’identité serait d’emblée un des moyens pour contrôler les mouvements des personnes sur le territoire mauricien et l’avocat a également fait part de son inquiétude que ces données ne tombent entre des mauvaises mains. « Cette carte est un germe de système fasciste », a-t-il lancé. Me Valayden a également soulevé la crainte que les nouvelles cartes d’identité soient utilisées lors des élections et par conséquent, de voir des dérives et abus de personnes tentant de soudoyer d’autres, ce qui pourrait alors fausser les élections et rendre cet exercice non free and fair.
L’utilisation d’empreintes digitales pourrait même aider à ce que des preuves soient fabriquées dans des affaires criminelles, soutient Rama Valayden, abordant l’affaire Michaela Harte. « Si à l’époque de l’affaire Harte, on avait recours aux empreintes digitales pour les cartes d’identité, on aurait pu transposer les empreintes d’une personne sur une scène de crime dans le but de l’incriminer volontairement », allègue l’avocat qui, pour rappel, était l’un des avocats de la défense dans l’affaire Harte.