L’utilisation par Navin Ramgoolam de son ancienne carte d’identité, lors des formalités pour se porter candidat aux élections générales du 10 décembre, continue à faire des vagues. Des citoyens connus pour leur combat contre l’utilisation de la carte d’identité biométrique, menés par Jeff Lingaya, ont signé hier une plainte qu’ils ont déposée à la Commission électorale. Ils lui demandent d’ouvrir une enquête sur cette affaire.
Rappelons que le Premier ministre Navin Ramgoolam a produit lundi, aux officiers de la Commission électorale, son ancienne carte d’identité lors du dépôt de candidatures au N° 5 à la Droopnath Ramphul SSS. Ce qui a attiré l’attention des photographes de presse, cameramen et internautes qui, en zoomant sur l’image, ont été interpellés par la photo en couleur de la pièce d’identité, alors que les photos des nouvelles cartes sont en noir et blanc. Depuis, la photo fait le buzz sur le web et les réseaux sociaux et les commentaires fusent.
Les images du Premier ministre utilisant l’ancienne carte d’identité en laminé ont créé une véritable polémique, particulièrement auprès des contestataires de la carte d’identité biométrique. Certains y ont vu un acte « hypocrite » du Premier ministre, qui aurait « incité » les Mauriciens à convertir leur carte d’identité en laminé vers la nouvelle carte alors que lui ne l’aurait pas fait, selon eux. Cette affaire a apporté de l’eau au moulin des opposants, pour qui il ne fait aucun doute que le PM n’a pas encore de carte biométrique car s’il avait effectué les procédures de conversion, l’ancienne carte en laminé aurait été perforée, ce qui l’aurait rendue invalide. Or, lundi, c’est bien sa carte en laminé que Navin Ramgoolam a soumis aux officiers de la Commission électorale.
Qui plus est, lors des briefings animés par l’équipe du Mauritius National Identity Scheme (MNIS), les responsables avaient expliqué aux journalistes que lorsqu’elle est retournée à son détenteur, la carte en laminé est perforée, ce qui la rend invalide.
Les répercussions de cette affaire sont qu’hier, Rajah Madhewoo, qui a intenté un procès en Cour suprême contre le projet MNIS, a effectué une déposition au poste de police de Pope Henessy contre le Project Manager du MNIS Rao Ramah pour « parjure ». Rajah Madhewoo se base sur le fait que lors des audiences en Cour suprême dans le cadre des procès contre l’État pour contester la carte biométrique et la rétention des données dans une base centralisée, Rao Ramah avait soutenu que le PM avait déjà sa carte biométrique. Rappelons que c’est le Bureau du Premier ministre qui a piloté le projet MNIS.
Répondant à nos questions, Rao Ramah, directeur du projet, avait d’abord expliqué que les cartes en laminé, même perforées, sont valides jusqu’au 31 décembre 2014. Confronté aux précédentes affirmations de son équipe et lui-même concernant l’invalidation de l’ancienne carte après perforation, il rétorque qu’il n’y avait rien dans les textes de loi qui indique que la carte perforée n’est pas valide. Rao Ramah ajoute que la perforation des cartes est une procédure administrative pour distinguer entre ceux qui ont déjà fait les procédures pour la nouvelle carte biométrique et ceux qui ne l’ont pas encore fait.
Rao Ramah s’est par ailleurs défendu contre les allégations selon lesquelles il aurait donné une fausse version en cour. « J’ai dit la stricte vérité en Cour suprême. Le PM avait déjà fait sa nouvelle carte au moment des audiences ».
Répondant à une question, Rao Ramah confirme que Navin Ramgoolam est en possession de la nouvelle carte biométrique. « Le premier ministre a fait sa carte biométrique et donné ses empreintes digitales ». Cependant, il n’a pas été en mesure de confirmer ou infirmer si la carte utilisée par le Premier ministre lundi était perforée.