Nitin Ish Sookun a finalement été accepté pour comparaître en tant que témoin expert dans le procès intenté par Rajah Madhewoo en Cour suprême contre l’État et le ministère des Technologies de l’information et de la communication (TIC) afin de contester la constitutionnalité de la nouvelle carte d’identité biométrique. L’ingénieur informatique est en effet assigné comme témoin du plaignant dans cette affaire, qui se poursuit aujourd’hui avec une démonstration visuelle dans la salle d’audience. Des dispositions ont été prises par la cour pour permettre le déroulement de l’exercice.
Ish Sookun, lors de son interrogatoire par l’avocat principal du plaignant, Me Sanjeev Teeluckdharry, a su convaincre le “full bench” – présidé par le Senior Puisne Judge (SPJ) Eddy Balancy et composé des juges Asraf Caunhye et Ah Foon Chui Yew Cheong – qu’il disposait de l’expérience pratique et des aptitudes professionnelles, entre autres, dans la gestion de réseaux à l’instar de celui utilisé pour le projet national de nouvelle carte identité pour pouvoir déposer en tant que témoin expert. La représentante de l’État, Me Aruna Narain-Ramloll, Parliamentary Counsel, avait objecté à ce que Nitish Sookun fasse sa présentation. Me Shah Nawaz Namdharkhan, qui représente également les intérêts du défendeur, a fait remarquer qu’Ish Sookun ne disposait pas de qualifications académiques et qu’il n’aurait pas suffisant d’expérience professionnelle pour être en mesure de donner une opinion d’expert dans cette affaire. Mais après l’avoir écouté, le Senior Puisne Judge (SPJ) Eddy Balancy a statué que le témoin est accepté par la Cour en tant qu’expert.
Interrogé par Me Sanjeev Teeluckdharry, Ish Sookun a d’abord décrit son parcours professionnel et ses compétences, qui se sont soldés par des examens auprès d’institutions de renommée internationale, tels Microsoft, Oracle et Linux, entre autres. L’autre témoin assigné par les avocats du plaignant est le plaignant lui-même, qui a fait part de ses appréhensions à la Cour concernant la carte d’identité biométrique et le prélèvement d’empreintes. Il a ainsi affirmé être contre l’obligation d’avoir une nouvelle carte identité, et qu’en cas de non-possession de celle-ci, à compter de la date où l’ancienne carte en laminé n’est plus en vigeur, des sanctions soient infligées par la loi, en l’occurrence une amende allant jusqu’à Rs 100 000 et une peine d’emprisonnement de 6 mois. « Je trouve cela inacceptable », a déclaré Rajah Madhewoo hier.
À la barre, il a expliqué qu’il ne consentait pas à soumettre ses empreintes car celles-ci relèvent de son « intimité ». Le fait qu’elles soient accessibles à des parties tiers sans son consentement, a-t-il souligné, est « dégradant ». Selon lui, la carte enfreint son droit à la liberté de mouvement et empiète sur son bien-être.
Dans le box des témoins, Rajah Madhewoo a élaboré sur les différents aspects de la carte sur lesquelles il émet des appréhensions, notamment concernant la photo en noir et blanc qui, de son avis, ne sert pas directement à identifier une personne de manière immédiate. La carte, estime-t-il, constitue une « surveillance intrusive ». La puce RFID contenue dans la carte peut, d’après Rajah Madhewoo, être lue à distance, tout comme fonctionnent les systèmes de localisation GPS, et ce  afin de traquer le moindre mouvement des citoyens grâce à des lecteurs.
Il a aussi fait remarquer que l’ancien Chef Juge Rajsoomer Lallah et l’ancien Président de la République Karl Offman avaient refusé de soumettre leurs empreintes digitales aux autorités américaines et que le Premier ministre Navin Ramgoolam ne l’avait également pas fait lors d’une mission à l’étranger. Il a par ailleurs montré des réticences concernant le coût du projet, qu’il considère comme un « gaspillage d’argent ».
L’audition d’Ish Sookun devait se poursuivre ce matin. À noter que les avocats de l’État et du ministère des TIC ont assigné comme témoins Rao Ramah et Goparlen Pavaday, respectivement Project Manager et Project Director du MNIS, et Mme Seewoonitheen, Permanent Secretary au PMO. Les deux premiers seront appelés dans le box des témoins lundi prochain.