Ce sont des signaux très forts qui sont émis. D’une part, par le juge Benjamin Marie-Joseph. En cour d’assises, le mardi 8 mai, il est allé, une fois de plus, droit au but, concernant des meurtres commis sur des femmes. Il y a là l’ancien policier Ziaoudeen Noorah, qui a écopé de 25 ans de prison pour avoir brûlé sa mère en 2011. Et ensuite, le Rodriguais Jean Alex Ravina qui a pris 28 ans de prison pour avoir tué sa concubine, Anne Marie Lasalette Casimir, en décembre 2014. Les atrocités commises sur les femmes sont, on le sent, un sujet très délicat auquel le juge Benjamin Marie-Joseph est très sensible et accorde beaucoup d’importance. Ce qui mérite tout le respect et la reconnaissance des uns et des autres qui ont encore foi dans nos institutions. Et par le biais de ses jugements, l’on comprend surtout que le juge Marie-Joseph souhaite envoyer un signal très fort : assez de toutes ces violences ! Trop, c’est vraiment trop. Pourtant, ce n’est pas d’hier que date le combat de cet homme de loi…

Ceux qui ont bonne mémoire se souviendront qu’en mars 2014, le même juge livrait un verdict accablant dans le meurtre d’une femme, en l’occurence, Marie-Ange Milazar, survenu en novem- bre 2009. Cette travailleuse du sexe de 42 ans, enceinte de huit mois, était tombée sous les coups de trois jeunes, Kinsley Diet- mar François, Louis Jonathan Thomas et Ricardo Perrine. Deux d’entre eux étaient mineurs au moment des faits. En mars 2014, quand il rend son verdict, Benjamin Marie-Joseph les condamne à 40 ans de prison. Ce qui eut pour résultat de faire sortir de leurs gonds certains des assassins de Marie-Ange Milazar ! L’un d’eux insulta carrément le juge à l’issue du verdict, et les trois s’en prirent à ceux qui se trouvaient à la sortie de la cour, et ils proférèrent même des menaces à l’encontre du juge…

Cependant, personne n’oubliera de sitôt la barbarie et la sauvagerie dont firent preuve ces trois jeunes quand ils s’en prirent à Marie-Ange Milazar. Sans trop entrer dans les détails, que l’on pourrait apparenter à une scène digne d’un film d’horreur, rappelons surtout que cette mère de famille, ancienne toxicomane, avait été victime de l’objet du courroux de ses assassins, en colère contre une autre travailleuse du sexe. Ils avaient décidé, dans un esprit de vengeance, de s’en prendre à Mme Milazar qui se trouvait au mauvais endroit, au mauvais moment… Sur le cadavre de la quadragénaire, retrouvé sous le Ruisseau du Pouce, le médecin légiste établit une fiche des plus éloquentes en matière de macabre : morte par strangulation. Et avant, elle avait subi de nombreux sévices : Marie Ange avait ainsi été battue et tailladée sur plusieurs parties du corps avec une arme blanche. Ses agresseurs lui avaient entaillé le dos avec un tesson de bouteille. Ils lui avaient également arraché plusieurs mèches de cheveux et une lourde pierre se trouvait sur son ventre quand fut découvert son cadavre. Puis ayant constaté son décès, ils jetèrent son corps dans une bouche d’égout…

D’aucuns reconnaissent que le juge Marie-Joseph fait preuve de bon sens quand il prend ainsi position par le biais de ses jugements. L’on ne sait quelles horreurs notamment la mère du policier Noorah et la compagne de Ravina ont subies. Ni toutes ces autres Mauriciennes qui sont tombées sous les coups des uns et des autres de leurs agresseurs, qu’ils soient maris, amants, conjoints, fils, pères… L’indignation et la révolte que partagent de nombreux Mauriciens face à cette bestialité trouvent un certain écho dans le message de l’homme de loi. Parce que nos femmes continuent à tomber et périr. Bien qu’on pense que l’éducation ait contribué à changer la donne, il est triste de découvrir, chaque jour, dans les journaux et média les crimes dont continuent à être victimes les Mauriciennes.

Et même si des associations telles que le MLF, SOS Femmes et autres Ong militent inlassablement contre ce fléau et appellent au changement, force est de constater que peu de progrès est enregistré. Benjamin Marie-Joseph fera, on l’espère, des émules, en ce sens.

L’autre signal fort qu’on ne peut et qu’on ne doit occulter concerne le mouvement Rezistans Ek Alternativ. Qu’il s’agisse de la désobéissance civile à la plage de Pomponette, via son aile Aret kokin Nou Laplaz, le 1er mai dernier, et surtout, de la démarche auprès des plus hautes instances pour en finir avec la déclaration ethnique, ces Mauriciens unis sous cette bannière tirent une sonnette d’alarme importante. Celle qui concerne notre futur. Celle qui nous interpelle à prendre conscience des dérives d’aujourd’hui qui alourdissent dangereusement la facture de l’avenir de nos gosses. Dans l’excellent exercice de Tirs Croisés de notre édition de ce jeudi 10 mai, du Mauricien, le représentant de REA, Michel Chiffone, donne des pistes de réflexions qui devraient secouer de leur torpeur chaque Mauricien un tant soit peu soucieux d’un lendemain construit sur des bases solides !