Alors qu’on célèbre aujourd’hui le 20e anniversaire de la mort du chanteur Kaya, triste événement ayant débouché sur des émeutes dont la population conserve des souvenirs douloureux, le président de la République d’alors, Cassam Uteem, qui avait passé outre les consignes de sécurité pour se rendre dans l’antre même de la violence pour calmer les esprits, revient sur ces épisodes tragiques de notre histoire. S’il se réjouit que « le pire a pu être évité » et que « nous l’avons échappé belle », il n’oublie pas pour autant « l’inquiétude qui laissait graduellement place à la frayeur parmi la population tandis que le pays s’acheminait inexorablement vers le chaos…». L’urgence consistait alors à « s’adresser au peuple, désemparé, cloîtré, qui avait la peur au ventre et ne savait de quoi allait être fait le lendemain ».

Il y a 20 ans, le 21 février, l’île Maurice s’apprêtait à vivre un des épisodes les plus sombres de son histoire, avec une profonde crise sociale jusque-là latente qui allait aboutir à des émeutes suivant la mort du chanteur Kaya. Quels sentiments vous animent lorsque vous repensez à cette période ?
Vous me faites revivre ce qui a été sans doute l’un des moments les plus pénibles de mes années passées à la présidence de la République. Je vous avoue avoir été en proie à de très vives inquiétudes, voire de l’angoisse, devant la tournure dramatique des événements à travers le pays à la suite du décès de Kaya, dans les circonstances que l’on sait. Plût à Dieu que le pire a pu être évité ! Aujourd’hui encore, lorsque j’y repense, je ne peux m’empêcher de dire que nous l’avons échappé belle.

Pillages de commerces, postes de police saccagés, circulation bloquée, rochers et troncs d’arbres barrant les routes, matières inflammables incendiées sur l’autoroute, des centaines de manifestants affrontant les forces de l’ordre qui ripostent par des tirs de gaz lacrymogène et des balles en caoutchouc… Notre pays était à feu et à sang, et vous décidiez, vous, le président d’alors, de vous rendre sans escorte à Roche-Bois, l’antre même de toute cette violence. Pourquoi ?
Ce qui à l’origine paraissait être l’expression d’une colère ou d’un ras-le-bol a très vite pris l’allure d’une bataille rangée entre les forces de l’ordre et les émeutiers. L’inévitable devait se produire lorsque, pour disperser la foule à Roche-Bois, les policiers avaient utilisé du gaz lacrymogène et tiré des coups de feu. Une balle devait toucher mortellement un manifestant. Dès lors, la confrontation avait pris une nouvelle tournure – imprévue – avec des menaces d’affrontement communal violent entre deux composantes les plus importantes du pays.

Des rumeurs les plus folles couraient que des temples hindous avaient été désacralisés et lapidés et que seuls les magasins appartenant aux hindous étaient la cible des émeutiers et surtout, que quelques « sœurs » de Brahmakumaris avaient été prises à partie par la foule aux environs de Candos. Tout cela devait aggraver la situation. En guise de représailles, des maisons des cités ouvrières appartenant à des familles créoles avaient été incendiées et leurs occupants bousculés et molestés. Mal préparée à faire face à une situation qu’elle n’arrivait pas à contrôler, la force policière paraissait désemparée et déboussolée.

L’inquiétude laissait graduellement place à la frayeur parmi la population, tandis que le pays s’acheminait inexorablement vers le chaos. Je voyais avec effroi, moi qui, à la veille de notre indépendance, avais vécu les émeutes de 1968, une réédition de ce qu’avait alors connu le pays, avec ses dizaines de morts et ses milliers de familles déplacées. Je ne pouvais rester cloîtré dans mon bureau à Réduit tandis que la terre de mon pays brûlait et que mes concitoyens mouraient sous les balles de notre force policière ! J’ai dû passer outre aux consignes de sécurité pour me rendre à Roche-Bois d’abord et ensuite à Candos – les points les plus chauds où, selon les informations dont nous disposions alors, les risques d’affrontement entre les deux communautés concernées devenaient dangereusement réels. J’ai évité de me faire accompagner de motards et d’officiers de police en uniforme car ces derniers étaient les cibles principales des émeutiers et je ne voulais ni mettre leur vie en danger ni les associer à ma démarche.

Qu’est-ce qui vous a poussé à visiter la famille de Kaya alors que la situation était au plus mal et les tensions plus que patentes ?
J’avais auparavant, grâce à l’intervention du curé de la paroisse de Roche-Bois, le père Filip Fanchette, déjà rencontré une bonne centaine de membres des forces vives et des paroissiens de la région dans la cure de l’église. Malgré la colère qui régnait et les reproches lancés à l’encontre des autorités et des forces de l’ordre, ils devaient tous, au bout d’une heure d’échanges, promettre de nous soutenir dans notre action pour éviter la confrontation et rétablir la paix.

L’apport du père Fanchette a été, en la circonstance, déterminant. C’est après cette réunion que je décide de rendre visite à la famille de Kaya pour lui exprimer ma sympathie et mes condoléances. Une foule impressionnante, composée essentiellement d’habitants de l’endroit, était aux abords de sa demeure qui ne se trouvait pas très loin de l’église de Roche-Bois. J’y rencontre ses enfants et quelques-uns de ses proches. L’épouse de Kaya se trouvait alors, autant que je m’en souvienne, toujours à l’hôpital, attendant que le corps de son mari lui soit restitué. Là aussi, j’ai pu entendre la colère d’une population exaspérée et animée de sentiments de révolte contre les autorités et la force policière, en particulier.

Lorsque vous arrivez à Roche-Bois, dans cette atmosphère tendue et pesante, qu’est-ce qui vous vient à l’esprit ? N’aviez-vous pas peur ?
Avant d’être président, j’étais député de Plaine-Verte/Roche-Bois où je m’étais fait de nombreux amis et connaissances. Je comptais beaucoup sur ces relations personnelles pour faciliter mon intervention auprès des habitants. Au fait, j’avais plus peur de ne pas trouver les mots et les accents justes pour convaincre et apaiser la colère des gens qui, dans des situations pareilles, agissent ou réagissent de manière irrationnelle. Il fallait, je me suis dit, éviter les discours creux et parler avec le cœur. C’est ce que j’ai essayé de faire afin de gagner leur confiance et les rassurer.

Quelle a été la réaction de votre famille quand elle apprenait que vous alliez descendre sur le terrain ?
Les décisions comme celle-là se prennent dans la solitude, lorsque l’on est face à soi-même. Elles ne souffrent d’aucune ingérence, influence familiale ou autre. Ma famille l’a apprise, comme tout le monde, lorsque j’étais déjà engagé sur le terrain. Évidemment, elle était très inquiète pour ma sécurité et j’ai essayé, tant bien que mal, de la rassurer, mon épouse surtout qui se faisait du souci…à travers le téléphone portable !

On vous a décrit comme « le pèlerin de la paix » à la suite des émeutes de février 1999. Le cardinal Jean Margéot aurait même dit que « s’il y a quelqu’un qui peut ramener la paix, c’est bien le président de la République ». Cela a-t-il été facile de calmer les esprits et de vous faire entendre ?
Le cardinal Margéot était un homme exceptionnel et j’ai eu la chance de le connaître et de bénéficier souvent de ses conseils éclairés. Il partageait l’opinion de ceux de mes compatriotes qui appréciaient mon engagement en faveur de la paix et de l’entente intercommunautaire, et j’en suis très flatté et honoré.

Mon rôle, depuis le début des émeutes, se résumait à rassurer et à convaincre. Rassurer la population de ces quartiers chauds que je visitais que ses doléances allaient tout de suite être prises en considération et lui donner la garantie d’une protection policière adéquate et plus efficace ; et ensuite la convaincre d’éviter l’usage de la force et de la violence car justice serait faite dans le cas de Kaya. En parlant dans un « cœur à cœur », comme je vous le disais un peu plus tôt, on arrive à décanter les situations les plus délicates ou même dangereuses.

Vous aviez aussi visité d’autres endroits, théâtres d’affrontements sociaux, pour appeler à l’apaisement et à la réconciliation. Comment tout cela s’est-il passé ?
À Candos, où plusieurs bâtiments commerciaux avaient été incendiés, non loin de la cité Kennedy, la tension intercommunautaire était palpable. La SMF, présente en force pour parer à tout débordement, était au four et au moulin d’autant que des informations confirmées annonçaient la provenance des renforts, venant de certains villages de l’Est du pays, qui devaient se joindre aux émeutiers. J’ai vu et approché des gens, les visages masqués et armés de gourdins mais aussi de sabres et d’autres armes blanches, prêts à attaquer ou à se défendre, et qui après que je leur ai donné l’assurance qu’il n’y aurait pas de représailles et que la police et la justice feraient leur travail avec impartialité, ont promis de rentrer chez eux.

Ayant appris qu’en guise de représailles des maisons à Goodlands et à Triolet avaient été incendiées, je me suis rendu le lendemain à Goodlands où j’ai d’abord rencontré, au centre social de l’endroit, des jeunes très remontés contre ceux qui avaient provoqué les émeutes et qui s’étaient attaqués aux magasins et aux temples. J’ai eu fort à faire pour les convaincre que ce n’était que de fausses rumeurs et qu’il ne fallait pas y prêter foi. Je les exhortais à aider à un retour au calme et aux relations de bon voisinage qui ont toujours caractérisé la vie en milieu rural. Ils m’ont donné l’impression d’avoir compris mon message.

Je me suis ensuite rendu à la cité Sainte-Claire, toujours à Goodlands et c’est là que j’ai rencontré le cardinal Jean Margéot et le père Henri Souchon, venus eux aussi réconforter les victimes. Ensemble, nous avons fait le tour de la cité et rencontré ses habitants, traumatisés et encore sous le coup du choc des attaques nocturnes aux lance-flammes qui avaient causé des dégâts importants à leurs maisons, dont certaines avaient été presque complètement détruites. Les paroles réconfortantes du cardinal et celles du père Souchon ont contribué à les apaiser tandis que ma promesse de faire réparer ou reconstruire leurs maisons leur a redonné un peu d’espoir.

Je devais, le jour après, convoquer à Réduit les directeurs de quelques compagnies de construction pour obtenir leur collaboration dans la reconstruction et la réparation de ces maisons, une quinzaine si ma mémoire ne me fait pas défaut. Leur collaboration bénévole a été instantanée et un comité de coordination, présidé par M. Jean-Paul Adam de la firme General Construction, a été institué. Les travaux ont débuté rapidement et ont été complétés en quelques semaines. Il ne serait pas superflu de réitérer ici, 20 ans après, notre vive reconnaissance aux directeurs de ces compagnies de construction privées qui, sans tambour ni trompette, ont contribué de manière significative au retour à la normale de la situation sociale alors gravement perturbée.

Vous étiez accompagné du cardinal Jean Margéot et d’autres prêtres, soit Henri Souchon et Filip Fanchette. La présence de religieux est-elle pertinente dans de tels moments ?
Les institutions religieuses occupent une place importante dans la société mauricienne et leurs responsables, les religieux, pandits, prêtres ou imams jouissent du respect de l’ensemble de la population et sont généralement écoutés. De plus, le cardinal Jean Margéot, personnalité hors pair, était une voix crédible qui transcendait les clivages et portait au-delà de la communauté catholique. Dans les situations exceptionnelles comme celle que vivait le pays après la mort de Kaya, leur présence aux endroits les plus chauds, leurs discours et leurs appels au calme et à la raison peuvent être d’un apport considérable pour le rétablissement de la paix et la sérénité.

Pouviez-vous comprendre la frustration, les souffrances des manifestants, qui parlaient d’injustice à leur égard ? Pouviez-vous comprendre leur révolte ?
Et comment ! Les débats autour du malaise créole étaient toujours d’actualité. La lettre pastorale de Mgr Maurice Piat en 1993, après le cri du cœur du père Cerveau, avait longuement analysé les tenants et les aboutissants de ce malaise. Pour ma part, j’avais déjà commandité une étude pluridisciplinaire sur le phénomène de l’exclusion dont le rapport avait été soumis aux autorités concernées.

En présence des données objectives que nous avions, notamment le sentiment de frustration de certains d’être considérés comme des citoyens de deuxième grade et d’être victimes de discrimination et d’injustice parmi une importante section de la communauté créole, il ne fallait pas être sorcier pour prévoir que tôt ou tard, la marmite allait exploser. La mort de Kaya a été le déclencheur, le catalyseur de la violence jusque-là latente, de cette frustration et révolte. C’était autant prévisible que compréhensible.

Vous faisiez à l’époque ressortir que l’élimination des poches de pauvreté et le problème d’exclusion étaient prioritaires pour éviter une crise pareille. Vingt ans après, y a-t-il eu du progrès ?
Il y a eu des mesures prises çà et là pour traiter des problèmes liés à la pauvreté. Je pense au Marshall Plan sur la pauvreté, à la création du nouveau ministère de l’Intégration sociale et surtout, à l’introduction du salaire minimum. Cependant, ces mesures insuffisantes, souvent disparates et appliquées de manière autoritaire sans la participation ou l’implication des personnes concernées, expliquent pourquoi les poches de pauvreté, la misère et l’exclusion sont toujours présentes chez nous.

Dans une telle crise, qu’est-ce qui importe pour un retour au calme ?
Il faut redonner à la population confiance dans nos dirigeants, dans nos institutions, dans les forces de l’ordre. Il faut réussir à les convaincre que leurs doléances seront considérées dans les plus brefs délais et que la justice s’appliquera à tous, sans discrimination. Si le message à transmettre est important, il est encore plus important de faire intervenir des personnes crédibles, respectées, en qui ils peuvent avoir confiance. Il faut aussi identifier les fauteurs de trouble, ceux qui profitent de la situation pour jeter de l’huile sur le feu, les isoler ou les dénoncer.

Le silence du Premier ministre de l’époque suivant la mort de Kaya et ce « cyclone social » avait été décrié. Quelle leçon tirer de cela ?
Le Premier ministre agissait sur l’avis de son conseiller en matière de sécurité qui était un étranger. Celui-ci avait probablement sa propre stratégie face à cette situation, pour lui inédite, dans le contexte mauricien. À l’approche de ce que vous décrivez comme un « cyclone social », je pense que le Premier ministre aurait agi différemment s’il était conseillé par des « prévisionnistes » mauriciens !

Peut-on dire que c’est suite au silence du Premier ministre que vous avez décidé d’agir ?
Il serait plus exact de dire que j’ai suivi le conseil prodigué par le grand Shakespeare pour agir au moment où je l’ai fait. “There is a tide in the affairs of men…” Il y a dans les affaires humaines, nous dit-il, une marée montante ; qu’on la saisisse au passage, elle mène à la fortune ; qu’on la manque, tout le voyage de la vie s’épuise dans les bas-fonds et dans les détresses. Il faut donc avoir le sens de l’opportunisme sans toutefois transiger sur les principes. L’appel solennel à la télévision pour un arrêt immédiat des hostilités ne pouvait attendre même s’il m’a fallu au préalable accepter de faire viser le texte de mon intervention !

C’était ce soir-là ou jamais ! Et ce soir-là, ce n’était pas le texte de mon intervention qui était important. Il fallait à tout prix s’adresser au peuple, désemparé, cloîtré, qui avait la peur au ventre et ne savait de quoi allait être fait le lendemain. Il fallait le rassurer, lui redonner confiance dans la force policière, lui demander de sortir pour aller travailler, lui dire que les services d’ordre ont les choses bien en main, l’exhorter à retrouver sa sérénité et lui signifier qu’on allait ensemble reconstruire l’unité nationale momentanément mise à mal. Qu’il ne sert à rien de se regarder en chiens de faïence ! Que nous sommes tous frères et sœurs de la même patrie – tous Mauriciens avant tout. C’est, je pense, ce qu’il voulait entendre des dirigeants du pays. Le Premier ministre s’est lui aussi adressé à la nation et a pris l’engagement de faire toute la lumière sur la mort de Kaya avec l’institution d’une commission d’enquête présidée par un juge de la Cour suprême. Les dirigeants des partis politiques de l’opposition d’alors, sir Anerood Jugnauth et Paul Bérenger, avaient été également invités à lancer un appel au calme à la télévision.

Quelles ont été les leçons tirées de cet épisode tragique de notre histoire ?
D’abord la réalisation du fait que toute société multiethnique et multireligieuse est non seulement complexe mais fragile. La paix et la bonne entente entre les différentes composantes ne sont pas des données acquises une fois pour toutes mais doivent au contraire être continuellement “nurtured” pour emprunter un terme anglais. La construction de l’unité nationale dans de telles sociétés est une tâche constante, permanente, car des incidents ailleurs banals peuvent ici prendre une connotation communale et conduire à des affrontements dangereux menaçant notre tissu social.

C’est la raison pour laquelle, après l’épisode Kaya, nous avions, si vous vous rappelez, organisé une chaîne de solidarité humaine à travers le pays afin de « recoller les morceaux » et reconstruire l’unité nationale. Et le 21 mars 1999, il y a eu un rassemblement dans les jardins de Réduit où des milliers de Mauriciens, une fleur à la main, s’y sont retrouvés pour fraterniser et exprimer leur détermination et leur vœu de continuer à vivre ensemble en paix et en harmonie. Une chanson spéciale avait été composée pour l’occasion et le slogan « Ensam Pou Touzour » lancé. Ce slogan figure depuis sur le monument érigé au milieu des jardins de Réduit pour marquer ce triste événement. A aussi été constitué le Comité pour la promotion de l’unité nationale qui devait siéger en permanence à la présidence de la République.

L’autre leçon, non moins importante à retenir, c’est l’impérieuse nécessité de résoudre les problèmes de fonds qui sont à la base des sentiments d’injustice, de discrimination, d’humiliation et d’exclusion ressentis par des individus, des familles et des groupes en raison de leur appartenance ethnique, sociale ou religieuse. L’État doit savoir pourquoi il existe encore au XXIe siècle chez nous des familles entières qui évoluent en marge de la société, qui n’arrivent pas à bénéficier des fruits du développement et qui vivent dans des conditions d’insalubrité indescriptibles et dans des abris de fortune, des enfants qui sont victimes d’un système d’éducation qui les exclut et deviennent inexorablement des enfants de rue, des jeunes à qui l’emploi est systématiquement refusé au sein de la fonction publique et des corps para-étatiques. L’État doit également savoir les raisons du mal-être de ses citoyens dont un des symptômes est l’étendue de la toxicomanie qui prévaut. Oui, l’État doit savoir et comprendre pour pouvoir agir, au nom de la justice, mais aussi afin d’éviter à l’avenir de tels épisodes tragiques.

Est-ce que ces leçons ont été retenues et appliquées aujourd’hui, ou tend-on à oublier les conséquences de ce qui a mené à l’affaire Kaya ?
On a hélas la mémoire courte !