Lisette Aurélie Talate, une militante historique de la lutte des Chagossiens pour un retour dans leurs îles natales, est décédée hier à l’âge de 70 ans. Native de Diego Garcia, cette aînée de la communauté a mené un combat acharné aux côtés des siens pendant une quarantaine d’années. Un dernier hommage lui est rendu cet après-midi en l’église de Cassis. Mme Talate laisse, certes, derrière elle un grand vide, mais ravive auprès du Groupe réfugiés Chagos la flamme pour poursuivre la lutte.
« Avan mo ferm mo lizié mo bizin retourn viv laba », a déclaré la vice-présidente du Groupe réfugiés Chagos (GRC) au Mauricien en novembre dernier, soit presqu’un mois avant d’avoir son premier malaise. Lisette Talate est de celles qui ont marqué l’histoire de l’humanité.
Déracinée une première fois de son île natale à la fin des années 60, Lisette Talate rejoint la terre de sa mère Péros Banos. Ses enfants l’accompagnent. Quelque temps après, comme ces 2 500 Chagossiens, elle a été expulsée de l’archipel.
Dans une déclaration au Mauricien il y a un an, Lisette Talate a raconté qu’elle avait déjà cinq enfants et était enceinte d’un sixième. « Monn perdi 2 zenfans huit jours aprè mo vinn Moris », a dit Mme Talate d’une voix lancinante. « Tou le temps monn viv avek lasagrin et mo ban zenfan parey. Kan seki dan vent la inn konn ki zil inn vandé linn gagn lasagrin et kan linn né, pena la toile, pa ti ena mangé. Piti la sagrin. Li ti pe manz coco tann », a-t-elle poursuivi. Et d’attribuer le décès du deuxième à « lasagrin » également dû à la violence dont il a été témoin aux Chagos. « Li ti kontan lisien et li trouve kouma bann la trap lisien et touye dan lizinn copra pou fer nou per. Zenfan la ine truvé et pran sagrin. Line malade et huit zour aprè nou vine Moris line mort », disait-elle encore.
Séparée de son époux, Lisette Talate est arrivée avec ses six enfants, ses deux soeurs et sa mère. Dès lors, une lutte sans fin a commencé. D’abord pour trouver un logement décent. Suivie de très près d’une revendication pour un retour dans son pays. Ces quarante dernières années passées à Maurice sont marquées par des grèves de la faim successives, des arrestations, des manifestations qui ont débouché sur les démarches du GRC en Angleterre, qui suit de très près la lutte du gouvernement pour exercer sa souveraineté sur l’archipel.
Jusqu’au dernier moment, Lisette Talate est demeurée une battante. Au Mauricien ce matin, le leader du GRC Olivier Bancoult souligne que c’est lors d’une réunion au centre des Chagossiens à Pointe-aux-Sables le 10 décembre dernier que Lisette Talate a eu un malaise.
« Elle est allée se reposer sur le rebord. Après quelques minutes, elle a commencé à crier. On est venu la voir et on l’a conduite à l’hôpital », raconte Olivier Bancoult. Cependant, poursuit-il, elle ne voulait pas rester à l’hôpital et tenait à rentrer chez elle le jour même. Plus tard, elle se sentait de nouveau mal. Elle a été reconduite à l’hôpital où elle y a été admise durant cinq jours. Selon le leader du GRC, elle avait prévu de passer au bureau du GRC le 26 décembre. Selon sa fille Eileen Talate, « ce jour-là, elle allait bien le matin. Et puis tout à coup, elle s’est sentie mal… on l’a reconduite à l’hôpital où elle a passé le premier jour de l’an et hier matin, elle est décédée ».
Le départ de Lisette Talate laisse un grand vide dans la vie de ses compatriotes, y compris de ses enfants. Si elle emporte avec elle le regret de n’avoir pu retourner vivre dans son archipel natal, le symbole de l’opiniâtreté de cette lutte qu’elle représente procure aux siens la force de poursuivre le combat.
Les funérailles de Lisette Aurélie Talate ont lieu aujourd’hui à 15 heures en l’église Saint Sacrément de Cassis, pour se rendre ensuite au cimetière St-Georges à Les Salines.