Les inondations du samedi 30 mars dernier sont la catastrophe naturelle la plus meurtrière enregistrée par le pays depuis plus de 50 ans. Après plus de 24 heures d’intenses recherches le bilan des pluies diluviennes se montait à 11 morts. À l’exception de Christabel Moorghen, toutes ont été piégées par la furie des eaux dans un périmètre de moins de 100 mètres du tunnel reliant Rogers House au Caudan. Pour ceux se trouvant à Port-Louis en ce jour où l’on effectuait les achats pour la Pâques, pour ceux ayant vu leurs proches emportés par les torrents d’eau et pour ceux engagés dans des opérations de secours, ce samedi est un cauchemar qui laissera des marques indélébiles.
Six des onze victimes des pluies diluviennes du samedi 30 mars n’ont pu échapper aux rapides torrents dévalant les escaliers du tunnel du Caudan dans les deux sens, que ce soit du côté de la Nationale ou de l’enceinte du Caudan. Ceux qui étaient encore dans le tunnel avaient très peu de chance de s’en sortir vu la rapide montée des eaux.  Sylvia Wright, 46 ans, habitant Curepipe et gérante d’Allanas Boutik, et son fils Jeff, 18 ans, ont été les deux premières victimes retirées du tunnel par des équipes de sauveteurs de la police. Les quatre autres personnes qui ont péri dans le passage souterrain ont aussi des liens très serrés. Toolsdyraj Ramdharry, 29 ans, s’occupait de la Friendly Boutik. Son ami Vikash Khoosye, 26 ans, employé dans un Call Centre, était venu lui prêter main-forte. Amrish et Trishul Tewary, des cousins germains de Toolsdyraj Ramdharry, étaient passés lui rendre visite après avoir assisté aux courses au Champ-de-Mars.
Pratiquement 24 heures après que le parking souterrain à deux niveaux de l’immeuble du Port-Louis Harbour Front a été complètement inondé, deux corps ont été extirpés par le Groupement d’Intervention de la police mauricienne. Alors que de l’eau boueuse dévalait dans les deux niveaux souterrains, Ravindranath Bhobany (52 ans) et Lai Kin Wong Tat Chong (45 ans) avaient décidé de descendre chercher leurs véhicules. Mais ils se sont vite retrouvés piégés par la montée des eaux… Deux autres cadavres ont été retrouvés dans les parages du Jardin de la Compagnie. Stevenson Henriette, 32 ans, marchand ambulant d’origine rodriguaise, a été retrouvé par des éboueurs de la mairie de Port-Louis lors d’une opération de nettoyage au lendemain du drame dans l’étroit passage entre KFC et un magasin à La Chaussée, à Port-Louis. L’autre victime, Retnon Sithanen, 36 ans, également marchand ambulant, a été retrouvé aux abords du Ruisseau du Pouce. Il a péri noyé après avoir été transporté sur une grande distance par le courant. Enfin, Christabel Moorghen, 65 ans, habitant Canal Dayot, est la seule victime qui n’a pas péri noyée. Elle a succombé à un infarctus en voyant les torrents envahir sa demeure.
Si le coeur de la capitale, tel un lac, a offert un spectacle désolant d’un après-midi apocalyptique avec mort d’homme, la situation était tout autant préoccupante à Canal Dayot avec d’importants dégâts matériels subis par les nombreuses familles. Les torrents d’eau qui ont dévalé la pente dans cette région ont tout dévasté sur leur passage au point de transformer Canal Dayot en zone sinistrée. Quasiment toutes les maisons ont été inondées, endommageant de manière irrémédiable meubles et équipements électroménagers mais également les voitures en stationnement le long de la rue et dans les cours. Une véritable chaîne humaine géante s’est constituée en quelques heures pour répondre à la détresse des familles de Canal Dayot et Sable Noir, les deux quartiers les plus meurtris par les inondations.  Devant la consternation au sein de la population face à l’étendue de ce drame humain, le Premier ministre Navin Ramgoolam devait décréter un jour férié et une journée de deuil national à la mémoire des victimes.
Le PM annoncera aussi la venue d’experts singapouriens en vue d’un rapport sur les causes de ces inondations. Mais jusqu’à l’heure aucune indication précise n’a été donnée à ce sujet. De son côté le vice-Premier ministre et ministre des Infrastructures publiques Anil Bachoo s’est évertué à défendre la thèse des flashfloods pour justifier le lourd bilan de 11 morts. Pour sa part, General Construction Ltd, qui avait à sa charge les travaux d’extension de la troisième voie entre Caudan et le front de mer sur la Nationale, a rejeté catégoriquement les responsabilités sur les obstructions sur le lit du Ruisseau du Pouce avec les conséquences tragiques que l’on connaît. Un autre point qui ne peut être oublié : le chef inspecteur Hector Tuyau, responsable de la police du port, s’est vu retirer le dossier des inondations du 30 mars alors qu’il avait déjà pris l’initiative d’examiner les caméras de surveillance 21 et 22 des Caudan Security Services au moment des pluies torrentielles.
Entre-temps, les proches des victimes attendent toujours que la lumière soit faite sur la catastrophe naturelle la plus meurtrière que le pays ait connu depuis plus de 50 ans…