Les inondations meurtrières du 30 mars sont là pour en témoigner : Maurice est très vulnérable aux catastrophes naturelles, au-delà des cyclones auxquels nous avons été habitués tout au long de notre histoire. Risques volcaniques, risques séismiques, tsunamis, raz-de-marée et pluies diluviennes provoquant inondations et glissements de terrain : autant de phénomènes auxquels nous devons nous préparer.
Notre statut d’État insulaire, la morphologie du territoire et notre situation géographique nous rendent particulièrement vulnérable aux catastrophes naturelles. Avec le changement climatique, ces phénomènes pourraient nous toucher davantage et causer des pertes de vies humaines et de gros dommages aux infrastructures. Un événement comme le tsunami de décembre 2004 en Indonésie, qui avait fait d’énormes ravages et qui avait touché notre île dans une moindre mesure, peut se reproduire à n’importe quel moment. “Des tremblements de terre sous-marins plus proches ou ayant des caractéristiques différentes pourraient générer des vagues géantes qui pourraient causer des pertes de vies humaines et des dégâts matériels très importants, même avec un décalage de six à sept heures après la genèse du tremblement de terre. Il ne faut pas oublier que ce délai serait réduit à 20 minutes seulement au cas où un pan du volcan de La Réunion s’effondrait dans la mer. Nous sommes certes reliés au système de surveillance de l’océan Indien, mis en place par l’UNESCO, mais nous sommes totalement désorganisés et pas préparés à faire face à une telle catastrophe. Nous avons pu le constater lors des dernières alertes, avec des personnes incrédules voulant braver le danger ou ne sachant où aller se réfugier”, soutient Vassen Kauppaymuthoo, ingénieur en environnement et océanographe.  
Volcan.
Les activités volcaniques et les séismes qu’elles pourraient occasionner sont également à craindre. On a tendance à l’oublier, mais Maurice est située à l’intérieur d’un volcan dormant. Qui dit dormant implique que le volcan peut à tout moment se mettre en activité. “Les dernières éruptions ont eu lieu il y a un peu moins de 25,000 ans de cela, et il faut compter au minimum 100,000 années de calme avant de déclarer un volcan éteint. Les limites physiques du grand volcan qui a formé notre île peuvent encore être observées aujourd’hui, puisqu’il s’agit des chaînes de montagnes que nous voyons aujourd’hui, qui dessinent une caldeira d’environ 40 kilomètres de diamètre. Techniquement parlant, la majorité de la population mauricienne vit ainsi, sans le réaliser, à l’intérieur de la caldeira d’un volcan dormant”, dit l’ingénieur en environnement.
Cyclones.
Si notre système d’alerte cyclonique semble marcher à merveille, il faut cependant se préparer à vivre des cyclones de plus en plus intenses et beaucoup plus fréquents. Cet aspect devrait être pris en compte afin que la population puisse mieux s’y préparer. “La faiblesse du système réside dans le fait que ce dernier n’a pas été réellement éprouvé depuis plus de 11 années, avec le passage du cyclone Dina, le 22 janvier 2002, et que de nombreuses constructions ont été effectuées depuis, sans réellement respecter certaines normes. La jeune population ne connaît pas les effets dévastateurs d’un cyclone. Nous risquons d’avoir des conséquences dramatiques si un cyclone comme Hollanda s’abat à nouveau sur notre île”, soutient Vassen Kauppaymuthoo. En outre, l’océanographe pense que “le Cyclone and Other Disasters Committee semble totalement inapproprié face à ces bouleversements qui semblent nous affecter de plus en plus, avec pour résultat des pertes en vies humaines et des dégâts matériels importants.”
Raz-de-marée.
Par ailleurs, les houles cycloniques et les raz-de-marée demeurent un danger perpétuel. “Maurice a connu de fortes houles avec des vagues de plus de 11 mètres en dehors du lagon à Flic en Flac pendant la fin de semaine du 12 mai 2007, et des vagues de plus de 5 mètres dans les lagons. Ce phénomène de houles polaires hivernales peut être regroupé avec les autres phénomènes de houles liées aux cyclones. Nous ne sommes pas préparés et sensibilisés à ces événements qui provoquent souvent des pertes en vies humaines, même si les services météorologiques émettent des alertes aux fortes houles. Le littoral côtier mauricien est particulièrement vulnérable, surtout dans les baies non protégées par la barrière récifale.”
Mauvaise préparation.
Pour en revenir aux événements du 30 mars, elles devraient nous servir de signal de réveils. Il est grand temps de prendre les mesures nécessaires afin de mieux se préparer aux catastrophes naturelles qui deviennent de plus en plus fréquentes et intenses. Les spécialistes sont convaincus qu’elles ne sont pas étrangères au changement climatique. “Les événements du 30 mars sont là pour nous rappeler comment une pluviométrie importante dans une zone entourée de montagnes ou dans des zones inondables peut avoir des conséquences catastrophiques. La morphologie de notre île, couplée au développement rapide et inadéquat de nos infrastructures, a amené de nombreux problèmes liés à l’évacuation des eaux de ruissellement. Un risque indirectement lié au risque précédent est celui lié aux glissements de terrain suite à des pluies torrentielles, comme celui que nous avons connu à Montagne Ory, le 13 février 2013. Les constructions en flanc de montagne ayant augmenté drastiquement, même sur des pentes excédant 20% comme sur la Tourelle du Tamarin, souvent cautionnées et approuvées par les autorités, les risques de glissements de terrain ont augmenté parallèlement”, affirme Vassen Kauppaymuthoo.