La visite de trois jours de l’archevêque de Canterbury a pris fin hier après-midi. Cette dernière journée a été marquée par l’homélie qu’il a prononcée lors d’une messe solennelle en la Cathédrale St James, à laquelle ont assisté les dirigeants du pays. Mgr Justin Welby a brossé un tableau assez sombre de la société moderne en mettant le doigt sur les principaux problèmes et qui sont pour lui des défis à relever tant pour l’Église que pour les gouvernants des pays.
Les pauvres dans le nouvel ordre économique figurent parmi les priorités de Mgr Welby dans sa mission pour les années à venir. Le chef de l’Église anglicane devait interpeller sur la question de répartition des richesses : « Est-ce qu’on va avoir une économie d’abondance et de gratuité ou est-ce qu’il y aura un égoïsme dans une économie d’équivalence où tout doit être payé et où les plus faibles sont mis à la porte ? »
L’homélie de Mgr Welby était très attendue au sein de la Communion anglicane à Maurice et celui-ci s’est exprimé en français, témoignant par là même de son esprit d’ouverture. Soulignons que cette messe solennelle a été retransmise en direct à la télévision et s’est déroulée dans la Cour de la Cathédrale St James en raison de l’espace. Outre les fidèles anglicans, des Mauriciens d’autres confessions religieuses y ont assisté.
Au début de son sermon, l’Archevêque de Canterbury a rappelé que son passage à Maurice se situe dans le contexte d’un calendrier de visites dans les trente-sept provinces anglicanes dans les différents continents. « Je suis ici pour voir les problèmes et les joies ainsi que les défis de l’Église anglicane et pour apprendre ce qu’il faut faire pour être vraiment le corps du Christ dans un monde divisé, en guerre et matérialiste ». Le visiteur de marque remercie les Mauriciens pour leur accueil chaleureux et pour leur gentillesse.
Mgr Welby a partagé ses réflexions hier matin sur des sujets qui concernent essentiellement la vie de l’Église mais aussi sur des questions qui sont d’intérêt commun. Il a ainsi abordé la place de la prière dans la vie du Chrétien, la nécessité du renouveau de la vie de l’Église, la paix et la réconciliation, l’unité dans la diversité, les pauvres et la répartition des richesses, l’évangélisation. Ce sont là ses priorités dans sa mission pour les prochaines années en tant que Chef de l’Église anglicane.
Pour Mgr Welby, différences et unité ne sont pas incompatibles. « Nous pouvons être différents dans notre manière de vivre et avoir des différences dans les arguments mais nous pouvons être harmonieux dans notre société et surtout dans notre Église. Le monde n’a pas besoin de Chrétiens qui témoignent d’idées uniques mais le monde a besoin de l’exemple de différences maintenues dans l’unité dans la diversité ». Et l’Archevêque de Canterbury de faire l’éloge de la coexistence des différentes cultures et religions à Maurice. « L’île Maurice est un exemple d’harmonie et de paix que beaucoup d’autres pays sur le continent n’ont pas. C’est un lieu de beauté et de relations harmonieuses ». Tout en valorisant les différentes facettes du pays, Mgr Justin Welby a attiré l’attention sur le caractère vulnérable de cette harmonie et appelle les Mauriciens à en être conscients. « En même temps c’est vulnérable et cela va rester vulnérable aux problèmes de conflits ». Mgr Welby souligne les conflits en tous genres qui minent les bonnes relations. « Il y a le conflit sur l’environnement, sur les changements climatiques ; il y a le conflit sur le commerce. Plus le monde devient riche, particulièrement dans le continent européen et américain où il y a des riches qui veulent garder leurs richesses pour eux-mêmes, plus il y a de problèmes ».
On relève aussi une profonde tristesse du Chef de l’Église anglicane vis-à-vis des répercussions négatives que certains changements dans la société ont eu sur la vie familiale. « Il y a des changements qui apportent des améliorations mais il y a des changements qui sont pires. La position de la famille est beaucoup plus fragile qu’auparavant. Il y a un pourcentage élevé de divorces et cette situation engendre beaucoup de problème pour les enfants mais aussi pour beaucoup de femmes qui se retrouvent isolées, pauvres et sans secours. Il y aura dans l’avenir d’autres grands changements, avec un risque que des personnes soient de plus en plus isolées », a dit hier Mgr Welby.
L’archevêque de Canterbury est conscient que l’Église doit se renouveler pour s’ajuster au nouveau contexte social et pour donner une réponse aux pauvres et à tous ceux qui se sentent marginalisés dans ce nouvel ordre économique mondial. Mgr Welby a donc fait part de sa vision de l’Église dans ce nouveau contexte social et dans ce nouvel ordre économique mondial. Il a reconnu qu’il y a des divisions dans l’Église en faisant remarquer que ces « différences existent depuis le début de l’Église ». « Nous ne devons pas avoir une vie interne et être obsédé par nous-même. Dieu a envoyé les Chrétiens dans le monde pour être au service des autres. L’Église et les Chrétiens individuels doivent être une source de vie dans leur communauté dans la société et dans le pays où ils vivent ». Sur un ton plus pastoral, Mgr Welby a rappelé l’importance de la prière dans la vie du Chrétien.
À plusieurs reprises dans son homélie, l’archevêque de Canterbury a fait allusion au Pape François qu’il a rencontré, dit-il, il y a trois semaines. Mgr Welby a ajouté qu’il a fait siens trois mots du Pape François et qui sont des exigences dans sa mission, à savoir « la prière, la paix et les pauvres ». Mgr Welby dit qu’il est aussi sur la même longueur d’onde que le chef de l’Église catholique quand celui-ci dit que « l’Église doit être une Église pauvre pour les pauvres ».
Par ailleurs, après la messe puis sa conférence de presse, Mgr Welby a rendu visite à Mgr Maurice Piat, l’évêque de Port-Louis, qui vient de subir une intervention chirurgicale et qui devrait quitter la clinique cet après-midi.