L’année 2014 renoue avec la nouvelle tradition du Dragon Boat Festival, organisé par la Dragon and Lion Federation avec le soutien du ministère des Arts et de la Culture et l’ambassade de Chine à Maurice, en mémoire au poète Qu Yuan, qui a vécu en Chine entre 340 et 278 av. J.-C. En 2013, le festival avait été annulé à cause des inondations meurtrières, qui avaient frappé le pays. Initialement prévue pour demain, cette 9e édition a été reportée pour le dimanche 1er juin au Caudan Waterfront et elle verra la participation de huit équipes de 23 personnes.
Le Dragon Boat Festival est une fête annuelle organisée en Chine en mémoire au poète Qu Yuan, qui s’est suicidé dans la rivière Miluo. Celui-ci, un descendant de la famille royale Chu, avait été banni de sa province lorsque le roi avait décidé de contracter une alliance avec le puissant État Qin. En exil pendant 28 ans, il s’est consacré à la poésie. Désespéré de voir Ying, la capitale de son État, tomber entre les mains de Qin, il s’est suicidé. Et pour le sauver, ses admirateurs sont partis à sa recherche. N’ayant pu retrouver son corps, ils ont jeté du riz dans la rivière afin que les poissons ne le dévorent pas.
À Maurice, la journée débute avec une prière. Elle est suivie de la cérémonie “Zongzi”, qui consiste à répandre du riz dans l’eau en mémoire de ce que faisaient les admirateurs de Qu Yuan. « Nous faisons un trajet dans la rade à bord de bateaux singuliers pour y répandre le riz », fait ressortir Andy Chu, de l’Attila Cultural Club, un des membres fondateurs de la manifestation à Maurice. Âgé d’une trentaine d’années et travaillant dans le textile, notre interlocuteur s’y est intéressé dans le but de faire connaître cette tradition à Maurice et de la préserver, au même titre que les autres activités traditionnelles chinoises, dont les danses du lion et du dragon et les arts martiaux. « Les traditions tendent à se perdre parce que les jeunes s’y intéressent de moins en moins. Nous avons eu des bateaux à travers l’ambassade et on s’est initié à cette activité afin de la perpétuer », constate-t-il. Il note qu’après le Zongzi, les participants et le public auront droit à un spectacle – danses du lion et du dragon – avant le démarrage des premières courses. Huit équipes sont en lice, chacune comprenant 23 membres, explique-t-il. « Il y a 20 rameurs, une personne au tambour qui donne le rythme, un autre au gouvernail pour la direction et une dernière qui tient le drapeau de l’équipe. » La compétition est ouverte à tous les Mauriciens, à partir du moment qu’ils se constituent en équipes.
Cette année, une équipe du Hua Lien, avec pour capitaine Micheal Li, directeur d’une agence de design, participe pour la première fois au festival. « Nous sommes un groupe d’amis. Nous faisons beaucoup de sport. Nous avions entendu parler du festival dans le passé. Nous avons vu une annonce dans les journaux et nous avons décidé de participer », fait ressortir notre interlocuteur. Il met l’accent sur la dimension divertissante et d’esprit d’équipe de l’événement. « C’est fun. C’est un défi à relever ensemble », affirme-t-il. Depuis deux week-ends, les pratiques ont démarré dans la rade de Port-Louis. « Nous avons pratiqué deux fois déjà. J’ai déjà fait du kayak et ce n’est pas du tout la même chose. C’est plus dur qu’on ne pensait : il faut synchroniser ses mouvements. Lorsqu’on est 20 à ramer, c’est difficile de le faire en même temps. Le plus difficile, c’est le “U-Turn” pour faire demi-tour après les 300 mètres. Mais c’est fun ! Le jour de la compétition, ce sera peut-être moins rigolo », poursuit notre interlocuteur, dont les membres ont entre 25 et 35 ans.
Andrew Chow, 29 ans, de la Mauritius Karate Association, précise qu’il faut être physiquement en forme, avec un bon rythme cardiaque, pour pouvoir ramer entre cinq et six minutes d’affilée. « C’est comme pour les courses à pied. Par conséquent, on s’entraîne avant de se mettre à la rame, car on n’a pas accès aux équipements pendant toute l’année. On fait du cardio, on travaille les techniques… », dit-il, précisant que le Karaté aide déjà à se maintenir en forme. Les pratiques dans la rade ont lieu seulement pendant quelques heures, réparties sur deux week-ends, durant le mois de la compétition. Capitaine de son équipe, championne de la dernière édition, soit en 2012, Andrew Chow est le tambourineur. « Nous avons participé au festival en 2011 pour la première fois lorsque les organisateurs nous avaient approchés pour nous parler. Au fil du temps, nous avons développé un certain intérêt pour l’événement, mais malheureusement, les membres de l’équipe changent à chaque fois, car ce sont des étudiants. Il y en a qui partent pour l’université et d’autres qui se joignent à nous. Chaque année, c’est un nouveau challenge pour essayer de bien faire et être premiers. » Pour lui, la participation au Dragon Boat Festival, « c’est aussi le plaisir de faire quelque chose en équipe, entre amis, dans une atmosphère joviale ».
Avis partagé par Billy Ng, de la Billy Ng Martial Arts School, et son ami Charles Burzoo, du Curepipe Shotokan Karate Club, qui ajoutent que « c’est aussi l’occasion de nouer de nouvelles relations et de se faire des amis ». Artiste polyvalent et professeur d’arts martiaux, Billy Ng participe au festival pour la première fois en 2012 dans l’équipe de son professeur de kung-fu, Jacques Li, de l’Ip Man Wing Chun Group. Cette année, avec Charles Burzoo, ils se présentent sous la bannière du Curepipe Shotokan Karate Club. « Je ne connaissais pas l’association de Jacques Li. J’ai rencontré des gens lors de cette activité. Cette année, c’est avec le club de Burzoo qu’on rencontre d’autres personnes. On apprend à mieux se connaître », affirme Billy Ng, pour qui l’effort physique n’est pas un problème. La difficulté réside dans la synchronisation des mouvements, dit-il. Pour notre interlocuteur, c’est aussi « une occasion rêvée d’être acteur dans le bassin du Caudan et non un simple spectateur, comme c’est toujours le cas ». Il ajoute, tout en disant sa joie d’être de la partie : « C’est très intéressant culturellement aussi. Souvent, ce sont des scènes qu’on voit dans des films traditionnels, qui remontent à l’enfance. »
Pour Charles Burzoo, c’est une nouvelle expérience. « C’est Billy qui m’en a parlé. Et je pense que c’est une belle occasion pour rencontrer les autres. » Première expérience de rames aussi. Notre interlocuteur affirme cependant que l’activité n’est « ni dure, ni dangereuse ». Et d’indiquer que si son équipe décroche un des trois prix, elle le versera à une oeuvre caritative.