Depuis les événements tragiques du samedi 30 mars avec 11 victimes, dont dix dans un rayon de 50 mètres autour du chantier de la troisième voie sur La Nationale entre le rond-point du Caudan et le Waterfront, le coupable désigné officiellement est les imprévisibles Flashfloods. Cependant, depuis le mercredi 13 février dernier, n’en déplaise au responsable de la National Development Unit, M. Bholah, un premier sévère avertissement avait été émis quant à la contribution meurtrière de l’obstruction du Ruisseau du Pouce du côté de La Nationale.
Malgré tout, rien n’avait été fait. Le ministère des Infrastructures publiques était allé jusqu’à même tenter de faire accréditer la thèse des effets de la marée haute ce mercredi 13 février pour s’évertuer à démentir un fait incontestable quant à l’une des raisons des débordements sur l’Esplanade Bissoondoyal.
Peut-être qu’au fond d’elles-mêmes, les autorités avaient cru que les pluies torrentielles du Mercredi des Cendres n’allaient pas se répéter un Samedi Saint. La Judicial Enquiry, instruite par le Directeur des Poursuites publiques, pourra être appelée à se pencher sur toutes les considérations techniques mises en place dans cette zone pour parer à toute éventualité après le mercredi 13 février dernier.
Pourtant, le rapport préliminaire de la police sur les inondations du samedi 30 mars attribue la perte d’au moins six vies humaines dans le Caudan Underpass aux débordements provoqués par les « pilings » sur le lit du Ruisseau du Pouce (terme utilisé par l’honorable Anil Bachoo, vice-Premier ministre et ministre de l’Infrastructure publique). Les éléments documentés existent sous la forme d’enregistrements de vidéos de surveillance des environs.
Qu’est devenu ce premier constat de la police ? Le chef inspecteur Hector Tuyau est vilipendé par l’honorable vice-Premier ministre et ministre de l’Infrastructure, trouvant que le policier n’est pas un ingénieur. Avec le raisonnement d’Anil Bachoo, tous les témoins d’un fait doivent être nécessairement des spécialistes en la matière pour pouvoir en faire état. Le système judiciaire a probablement pris note de l’édit Bachoo sur la validité des témoignages.
Mais il y a eu pire et qui est en passe d’être occulté. Certes, le commissaire de police détient des pouvoirs pour gérer la force policière. Y a-t-il une explication plausible quant à ce changement subit dans le contrôle et la conduite de l’enquête sur les inondations meurtrières du 30 mars ? Des explications s’imposent. Même le Directeur des poursuites publiques, un autre poste garanti par la Constitution, justifie publiquement désormais ses décisions.
De son côté, le leader de l’opposition, Alan Ganoo, qui a brandi ce rapport accablant de la police, n’a pas osé demander des explications sur ce changement, mettant hors-jeu le chef-inspecteur Tuyau et son équipe d’enquêteurs dans cette affaire.
Maintenant que tout est sous contrôle et que les premières conclusions des experts de Singapour ont été communiquées, il faudra s’attendre à un battage médiatique mené par les autorités pour revenir en force avec la « faute aux flash floods ».
Au nom et à la mémoire des victimes des inondations tragiques du 30 mars, surtout celles du Caudan Underpass et du parking du Port Louis Harbour Front, il ne faudra pas mélanger les torchons et les serviettes – même s’ils ont été séchés depuis – et tout mettre sur le dos des imprévisibles flash floods en vue de se donner bonne conscience.