L’esplanade du Caudan Waterfront a été pris d’assaut hier, pour le lancement du premier album solo de Zulu. Généreux envers son public, l’ex-chanteur des Blackmenbluz a animé deux showcases d’une trentaine de minutes chacun, avant de monter sur scène à 20 h pour un grand concert. Zulu, l’album éponyme, est déjà disponible chez les disquaires à Rs 250.
Sa voix rauque et sensuelle a déjà conquis le coeur des Mauriciens. Zulu fait désormais partie de ces artistes qui mobilisent les foules et suscitent les passions. C’était d’ailleurs le cas hier au Waterfront, où il a lancé son premier album solo. Des Mauriciens de toutes les cultures, des touristes de passage, des amis artistes et des fans venus de loin ont tenu à vivre ce moment avec lui, certains n’hésitant pas à faire la queue pour la signature des autographes ou pour se faire photographié en sa compagnie.
Mais Zulu garde la tête froide. « Le succès ne me montera jamais à la tête. Je dis toujours à mes amis que s’ils constatent que je n’ai plus les pieds sur terre, de me tirer très fort pour que je redescende. »
Après un passage à vide marqué par la cassure des Blackmenbluz, Zulu est retourné en studio, encadré de l’ingénieur du son Richard Hein et du batteur de renom, Momo Manancourt, notamment. « Zulu n’existe pas à lui seul. C’est avec la collaboration des autres qu’il livre ce que vous entendez aujourd’hui. »
Du coup, c’est le studio Kapricorn qui reprend vie avec ce nouvel opus de Zulu, après avoir enregistré d’autres grands noms de la scène locale, dont Linzy, Kaya ou encore Menwar. Richard Hein, qui se plaît à mentionner « Zulu et sa tribu » a encore quelques projets en tête, mais pour l’heure, il se concentre que sur la sortie de l’album.
Sur la scène aménagée à l’esplanade du Caudan Waterfront, Zulu livre un aperçu de son album éponyme. Il commence par une version revisitée de Gabriella, premier succès des Blackmenbluz. « Je tiens avant tout à rendre un hommage à tous les blackmen. Je ne pourrais interpréter cette chanson sans penser à eux. »
Les notes de l’accordéon servis par Damien Messin et la voix suave d’Yvette Dantier, qui manie également la guitare, apportent une touche particulière à ce morceau déjà très apprécié. Le public est sous le charme.
Zulu enchaîne avec quelques autres titres de son nouvel album, de même qu’une nouvelle version de Tir Bouson. Black Saturday, coécrit avec Uvi Babajee, rappelle le drame des inondations du 30 mars dernier. « On ne peut se taire sur ce qui s’est passé. On ne peut non plus se contenter de rejeter la responsabilité sur les autres. Nous sommes tous responsables de par notre comportement. »
Avec les tripes
Zulu donne ainsi le ton aux textes de son album. Il ne se contente pas de faire vibrer, mais entend bien toucher les coeurs. « J’ai fait cet album avec mes tripes. J’y ai mis tout ce que j’avais en moi. » Cela se confirme avec la réaction de l’auditoire. Un Mauricien établi en Europe ne cache pas son appréciation : « Il dégage beaucoup d’émotion. C’est très fort ce qu’il chante », lâche-t-il, après avoir écouté Black Saturday. Un touriste chinois confie lui : « Very good music. » Il n’a pas hésité à acheter le CD et à aller rejoindre le chanteur pour un autographe après le showcase.
Tout cela se passe sous le regard intéressé de Margaret, assise à la deuxième marche de l’esplanade. « C’est mon petit frère », lâche-t-elle avec une pointe de fierté. Si elle a fait le déplacement de Mahébourg, c’est parce qu’elle a toujours cru en le petit dernier de la famille. « Cela fait longtemps qu’il aurait dû être populaire. Il a écrit des chansons qu’il a gardées dans les tiroirs. »
C’est dans les années 90 que les Mauriciens découvrent la voix de Michel Bavajee — on ne connaît pas encore son surnom Zulu — lors d’un concours télévisé. Il livre avec brio une interprétation de La Bohème de Charles Aznavour. Lorsqu’on évoque ce souvenir, Zulu part dans un éclat de rire. « Cela fait longtemps… J’avais mis la musique de côté pendant dix ans pour gagner ma vie. Comme vous le savez, la musique ne fait pas vivre son homme. Je suis reconnaissant envers tous ceux qui ont fait le forcing pour me ramener au-devant de la scène. »
Sur ce nouvel album, Zulu est accompagné de Momo Manancourt, Jean-Michel Ayoung, Jean-Luc Clair, Philippe Thomas, Ivan Bazile et Bruno Boncoeur, entre autres. Les morceaux sont de styles variés, avec une forte influence du blues, imposé par la voix de Zulu.
L’album est en vente à Rs 250 chez tous les disquaires. Zulu invite ses fans à acheter « l’original afin que nous puissions en faire un deuxième. »
Zulu pourrait également donner un deuxième concert d’ici la fin de l’année, mais pour le moment, il se concentre sur sa participation à une adaptation de l’opéra de Gershwin, Porgy and Bess. On attend également les retombées du duo La Métisse, avec Mario Ramsamy sur le marché européen.