Évoquant l’article 46 de la National Pensions Act de 1976, le ministère de la Sécurité sociale refuse sa pension de vieillesse à une Mauricienne atteinte d’une maladie incurable. Le National Pensions Appeal Tribunal estime que cette sexagénaire, officiellement reconnue handicapée à 66 %, n’a pas accumulé, depuis ces 18 ans, 12 années de résidence dans le pays. Cette personne a dû se rendre régulièrement à l’étranger pour des traitements médicaux que Maurice ne peut lui offrir.
« Si certes je n’ai pu accumuler un total de plus de 12 années sur le territoire mauricien, c’est tout simplement parce que j’ai dû me faire hospitaliser et suivre à l’étranger des traitements médicaux pour ma maladie incurable et pour laquelle il n’existe pas de traitements à Maurice ! », explique la sexagénaire au Mauricien. Elle a choisi de garder l’anonymat pour ne pas être stigmatisée à cause de sa maladie incurable.
« Cela fait six longues années que je me bats pour faire comprendre au ministère de la Sécurité sociale que cette loi de 1976 est dépassée dans la mesure qu’elle ne contient disposition pour les malades qui sont obligés de se faire soigner à l’étranger parce qu’il n’y a pas de traitement à Maurice. Je n’ai jamais quitté le pays pour mon bon plaisir, mais bien pour me faire soigner. Et le ministère ne peut me priver aujourd’hui de ma pension de vieillesse à cause de cela. J’ai besoin de ce soutien financier, car je suis déjà officiellement reconnue handicapée à 66 % à cause de cette maladie incurable et invalidante », a-t-elle plaidé.
Un jugement du National Pensions Appeal Tribunal — la sexagénaire a fait appel de la décision du ministère de ne pas lui payer sa pension de vieillesse — lui a cependant fait perdre tout espoir. En effet, dans son jugement rendu en décembre dernier, le tribunal a statué que « the appelant has been residing in Mauritius for a total of 4 years 1 month and 23 days as at August 2012 (a figure which is well below the aggregate 12 years required by the law) », évoquant la Section 46 de la National Pensions Act de 1976. Le tribunal a cité tous les documents justificatifs que la plaignante lui a présentés.
« Je suis désespérée ; je sais que la loi, c’est la loi ; c’est pourquoi j’ai décidé d’en alerter l’opinion publique pour que les autorités compétentes réagissent afin que cette Section 46 de la National Pensions Act de 1976, soit revue à la lumière des cas vécus », explique notre interlocutrice. « Je suis malade depuis 1975, depuis mes 29 ans, et si je suis restée pendant de longues périodes à l’étranger c’est pour me faire soigner car il n’y a pas de traitement à Maurice pour cette maladie incurable dont je souffre. Je n’avais pas d’autre choix que de me faire soigner à l’étranger. Me priver ainsi de cette pension à laquelle tout citoyen mauricien a droit, alors que j’ai tant besoin de ce soutien financier maintenant, c’est tout simplement inhumain. Cette loi est donc inhumaine. J’estime que cette loi doit être amendée à la lumière des expériences vécues depuis 1976. Je le demande car je suis sûre qu’il y a d’autres personnes qui sont dans la même situation désespérée que moi ! »