Au bout d’une dizaine de jours de jeûne, demain, les Tamouls de Maurice célébreront le Thaipoosam Cavadee. Fête majeure du calendrier de cette communauté, le Thaipoosam Cavadee est le symbole du triomphe du dieu Muruga sur les forces du mal. Perpétuant la tradition, l’Achagar Soondarajen Maistry, prêtre officiant, explique que cette fête est propice à « un retour à l’essentiel. Une occasion unique pour les dévots de se concentrer sur l’aspect spirituel de leur existence et de prôner un retour vers les valeurs de la vie. » D’où l’intérêt, pour lui, de profiter de cette plateforme unique pour véhiculer ces messages primordiaux.
« Les dix jours qui précèdent le Cavadee, cette période appelée “Codi Ettram”, soit le lever du drapeau, symbolisant la victoire du dieu Muruga, avec le concours du dieu Shiva, sur les forces du mal qui règnent sur terre, sont une période propice pour les dévots pour se rassembler autour d’une même ferveur spirituelle », explique l’Achagar Soondarajen Maistry. « Ce temps dédié à ces prières spéciales qui ponctuent le Cavadee devient ainsi un moment idéal dans le calendrier annuel pour faire un break des activités routinières et prendre le temps de se consacrer à un retour à l’essentiel. » Le religieux rappelle que « le Cavadee est symbole de purification, de sacrifice et de retour vers ses origines. »
Prêtre tamoul officiant à Stanley, Rose-Hill, mais aussi très actif sur le plan social et impliqué à divers niveaux, que ce soit au sein des institutions pénitentiaires et de réhabilitation, l’Achagar Maistry récuse les traditions classiques, schématisées et conformistes. Tout en respectant les axes principaux de sa foi, ce prêtre tamoul opte pour une approche qui place résolument l’accent sur l’humain et l’usage et l’application de l’esprit de partage. « Il ne nous est pas donné de toujours pouvoir réunir autant de fidèles que pour le Thaipoosam Cavadee, relève-t-il. Cette fête majeure du calendrier tamoul est très importante pour la communauté et c’est pour cette raison que 99 % des dévots se mobilisent, dans leurs quartiers, villages et villes, pour que pendant ces 10 jours, ils soient véritablement investis de spiritualité et de grâce divine. »
Une opportunité également très avenante pour permettre au prêtre de focaliser l’attention des dévots sur « les fléaux sociaux qui nous entourent et gangrènent notre quotidien, mettent en péril notre vie de famille, de couple. Et rongent l’harmonie sociale, la paix nationale. » C’est pour cela que « durant les sessions quotidiennes de prières pendant ces dix jours, quand les dévots viennent dans les kovils, nous les prêtres mettons l’accent sur la nécessité pour chacun de prendre conscience de notre rôle d’humain, de citoyen. De réaliser quels sont les problèmes qui guettent nos jeunes, de parer à ce qu’ils ne sombrent pas dans ces fléaux comme l’alcool, la drogue, les jeux, entre autres. »
Pour l’Achagar Soondarajen Maistry, la religion, la spiritualité ne se cantonnent pas aux écrits sacrés et aux discours de circonstance. Il opte pour une approche plus interactive et dynamique avec ses fidèles. Aussi, chaque prêche d’une dizaine de minutes est consacré à un épisode relevant de la vie de Muruga mais aussi une contextualisation des épreuves endurées par la divinité. Mis au goût du jour, ses prêches revêtent un caractère de prise de conscience, pour façonner la pensée, dicter la conduite, rectifier les manquements.
« Il est impératif, autant pour nos jeunes qui ont besoin de spiritualité et d’encadrement que pour nos adultes, de comprendre qu’il y a des comportements et des attitudes qui ne sont pas justes. Et que nous devons chacun rectifier cela afin de parvenir à vivre en harmonie avec nos compatriotes, de toutes fois confondues. »