Le forum sur l’éducation tertiaire, tenu en parallèle à la Conference of the Commonwealth Education Ministers, pourrait offrir des pistes intéressantes pour le progrès du modèle universitaire des pays en voie de développement. Si la « massification » de la demande constitue un défi majeur, il va sans dire que le privé a une place prépondérante dans l’édification d’une « knowledge economy ». Mais une libéralisation pure et simple est discutable. Et l’enjeu reste : comment assurer le financement des universités publiques. Résumé.
Les chiffres pour les régions de l’Afrique et de l’Asie explosent. La demande pour la ville de Dhaka, Bangladesh, est ainsi de plus de 80 000 étudiants. Seuls 10 000 obtiendront un siège universitaire. L’exemple que citait la professeure Asha Kanwar, President and Chief Executive Officer du Commonwealth of Learning du Canada, est édifiant. L’offre doit répondre rapidement afin de soutenir la croissance des pays en voie de développement.
D’emblée, il faut reconnaître l’impératif de concilier le privé au public afin de palier le manque d’offre. Ce qui ressort du forum sur le tertiaire, qui a eu lieu sur le campus de Réduit mercredi 29 et jeudi 30, semble abonder dans ce sens : on ne peut faire sans le privé. Mais de toutefois laisser entendre que les objectifs privés – notamment, de la rentabilisation, et du court terme – sont a contrario de l’idéal universitaire : une construction du savoir dans le temps.
Et certaines errances peuvent être notées. Le professeur Dinesh Singh, Vice-Chancelier de l’Université de Delhi en posait le constat lors de la séance du mercredi 29 août. Et d’évoquer pour sa part une certaine « perte de sens » en Inde avec des offres en cours de gestion et de génie civil qui pullulent et dont « la qualité est plus que questionable ». Le fond du problème est à deux tranchants : 1) certaines institutions sont pressées par le besoin de recouvrer l’investissement, 2) trop de facultés sont directement liées au monde de la finance, ce qui suggère un certain conflit d’intérêts. « Comme le disait Gandhi, il ne faut à aucun moment que l’on compromette le sens du devoir » souligne-t-il. Dans le meilleur des mondes, « il ne peut y avoir de contribution privée que si ce secteur ne modère pas ses expectatives » – chose en laquelle « il ne croit pas vraiment ».
Si la situation en Inde semble présenter des failles, il n’en demeure pas moins que l’Inde aura tenté d’établir certains garde-fous. Notamment, « aucun individu ne peut dispenser des cours d’un niveau universitaire en tant que particulier ». Ce qui favorise la création des trusts et de fonds de ce type.
En Malaisie, souligne le professeur Mashkuri Bin Yacoob, vice-chancelier de la University Tenaga Nasional de Malaisie, « les autorités ne devraient pas laisser au privé une totale liberté en ce qui concerne les prix et les profits anormaux ne devraient pas être permis ». Il affirme par ailleurs, que le privé doit être encouragé à injecter directement dans les universités publiques. Un fonds de Corporate Social Responsibility orienté dans ce sens est ainsi prévu en Malaisie, une intuition dont pourrait s’inspirer Maurice, notamment.