Le président de la République par intérim, Barlen Vyapoory, qui participait vendredi à une table ronde organisée par le Centre culturel islamique (CCI) en marge du lancement d’un livre consacré à la vie d’Idrice Goumany, a estimé que ce dernier est « un exemple pour la jeunesse d’aujourd’hui ». Idrice Goumany, dit-il, a démontré son engagement envers son devoir et sa profession. « Il s’est exalté dans son sens du patriotisme et de l’humanisme. Il s’est occupé des immigrants indiens malades à l’époque, alors que plusieurs autres médecins ont, eux, refusé de s’occuper d’eux », a-t-il rappelé.
Barlen Vyapoory a accordé son soutien à la requête de la famille Goumany, qui avait demandé que des bourses d’études, en mémoire du Dr Goumany, soient remises aux étudiants brillants et financièrement défavorisés. Cette initiative devrait leur permettre de poursuivre leurs études supérieures à l’étranger, de préférence à Édimbourg, en Écosse, où Idrice Goumany avait étudié.
Outre Barlen Vyapoory, qui était l’invité d’honneur, d’autres dignitaires, à savoir Cassam Uteem et Carrim Currimjee, étaient présents à la table ronde. « Depuis un certain temps, Dr Idrice Goumany est resté non seulement un héros oublié, mais aussi une personne mal comprise », a observé Hussein Subratty, président du CCI. « Beaucoup de gens de notre génération ont tendance à l’associer au traitement de stupéfiants parce que son nom est associé à un centre responsable de la prévention de la toxicomanie. Je suis sûr que ce livre d’Assad Bhuglah aidera à combler de nombreuses lacunes sur la vie et les réalisations de Dr Idrice Goumany », a-t-il ajouté. « Je voudrais appeler la jeune génération à lire ce livre et à s’intéresser à notre histoire locale. Je félicite Assad Bhuglah pour ce bon travail ». Le professeur Hussein Subratty a également souligné le rôle joué par le groupe Currimjee dans la publication de ce livre.
Yvan Martial a décrit le milieu de travail difficile et l’isolement physique de la quarantaine de Pointe-aux-Canonniers, à l’époque où le gouvernement colonial avait fait appel au Dr Idrice Goumany pour traiter les patients. « Étant le seul médecin musulman répertorié dans la Colonial Gazette de 1888, il était la fierté et l’espoir du Camp des Lascars », a-t-il relaté. « Lorsque l’île fut confrontée à la maladie mortelle de la petite vérole, le peuple de Camp des Lascars souhaitait ardemment que son nouveau venu écossais, le Dr Idrice Goumany, relève le défi et fasse quelque chose pour atténuer les souffrances des travailleurs indiens sous contrat ».
Le Dr Satyendra Peerthum, historien à l’Aapravasi Ghat Trust Fund, est revenu sur certaines des histoires de vie des travailleurs sous contrat venus à Maurice entre 1826 et 1937, et qui sont racontées dans son nouveau livre They Came to Mauritian Shores. Cader Kalla a parlé des marchands gujrati qui ont débarqué dans l’île en même temps que les travailleurs indiens sous contrat. « Ils ont joué un rôle déterminant dans le développement socioculturel, éducatif et économique de Maurice. Beaucoup d’entre eux sont rapidement devenus les principaux négociants en produits alimentaires et textiles », a-t-il souligné. « Ils ont apporté un réconfort à la vie des immigrants indiens en important des produits indiens, tels que de la nourriture, des épices et des vêtements. Ils ont ouvert des affaires non seulement à Port-Louis, mais partout dans l’île et dans les villages principaux ».
Il poursuit : « Dr Goumany appartenait, lui, à une vieille famille lascar, qui a des racines à Cochin, en Inde, et qui s’est installée à l’île Maurice sous la domination coloniale française. Il était le sauveur des patients indiens arrivés pendant la domination britannique. Construire des ponts entre toutes les vagues d’immigrants empêchera que notre histoire soit fracturée et interprétée au sens strict ».