KAVINIEN KARUPUDAYYAN

En parcourant mes souvenirs d’enfance je revois Apaye Ambra, ma grand-mère paternelle posant un gilas d’eau et une fleur à côté du foyer avant de commencer à préparer les mets surtout lors des fêtes traditionnelles. Elle nous disait : “Bizin dimann Agni permision avan alim foye.” J’ai toujours été fasciné par le feu et cette sacralité qui l’entoure depuis. Aujourd’hui encore ma mère et mes ate continuent à pratiquer ce rituel. Lorsque je suis allé à Tiruvannămalai en 2017 pour le Kărthigai Deepam, festival de lumière et une des plus grandes et plus vieilles fêtes célébrées dans le pays tamoul, j’ai repensé à Apaye Ambra et sa révérence à l’égard du feu. J’ai aussi beaucoup songé à ces conversations avec Tata Marday, mon grand-père paternel. Des conversations que j’ai toujours trouvé trop courtes. C’est auprès de lui que j’ai découvert les purănas, les chants folkloriques des villages tamouls et autres grandes épopées que ses grandimounn racontaient. Pour une bibliothèque vivante, il en était vraiment une comme avait coutume de dire mon père. Idem pour toutes ces gran-dimounn qui nous entourent et à qui il faut seulement prêter l’oreille pour qu’une histoire prenne vie. En effet, il suffisait de lui demander affectueusement : « Tata, rakont mwa zistwar montagn ».

Photo : Shivagaami Lutchmanen-Karupudayyan

Ou encore « Tata, rakont mwa zistwar mang ». Même s’il l’avait fait une dizaine de fois, il recommençait avec la même ferveur et titillait mon imaginaire d’enfant. « Enn zour ena bien bien lontan, Brahma ek Vishnu ti ape lager pou deside ki sannla ant toulede Lerwa parmi Bondie. Sa diskision-la ti pe menas trwa lemond.

Swit a lapriyer bann dďvăs, Ŋiva finn aparet dan form enn gran kolonn dife ek inn lans zot enn defi : ‘Seki resi trouv mo koumansman ouswa mo lafin limem pli gran ek pou gagn sa tit Lerwa parmi Bondie’. Brahma finn transform li an zwazo Sign (Cygne) ek Vishnu an sanglie. Brahma finn bat so lezel ek anvole bien lao pou rode akot lorizinn sa gran kolonn dife-la. Vishnu finn al dan fin fon later pou kone li abe kot sa dife-la arete. Apre plizier banane ni enn ni lot inn resi trouv koumansman ou lafin sa gran kolonn dife-la… ». Ŋiva ainsi éclaira Brahma et Vishnu, et dissipa leur ignorance. C’est ainsi que chaque année durant la fête – qui se tient dans le mois de Kărthigai (mi-novembre/midécembre) le jour de la pleine lune où l’étoile Kărthigai est dans le ciel, une colonne de feu est allumée sur la montagne Arunăchala (Montagne de feu sacré) pour que chacun puisse vénérer Ŋiva sous la forme du feu et trouver son salut.

À Maurice aussi la lumière brillera du haut de la colline de Vallée des Prêtres comme tel est le cas depuis plusieurs années. Dans les korvil et dans les maisons, les villakus (lampes) scintilleront. Quand le feu sera allumé sur le haut de la montagne de feu sacré, je me souviendrai d’Apaye et de son inclination devant les éléments de la nature et de Tata pour ses narrations de légendes des dieux et déesses. Arunăchala ŋiva arunăchala ŋiva arunăchala.