Emile Parisien et Roberto Negro

Le saxophoniste Emile Parisien et le pianiste Roberto Negro sont à l’affiche de la 13e édition de Blues Dan Jazz, prévue ce vendredi 13 septembre au Caudan Arts Centre à partir de 20h. L’occasion de découvrir ce duo de jazzmen, connu et reconnu pour sa créativité et son originalité musicale, qui s’apprête à embarquer le public dans un concert étonnant, inventif, drôle, poétique et déjanté.

Pour sa treizième édition, Blues Dan Jazz propose aux Mauriciens de découvrir deux phénomènes : Emile Parisien, la nouvelle star du jazz hexagonal, en duo avec une autre grande révélation de la scène française, le pianiste Roberto Negro. Ces musiciens seront sur la scène du Caudan Arts Centre, le vendredi 13 septembre à partir de 20h, dans un répertoire étonnant. Il sera question d’une adaptation ouverte pour saxophone et piano du premier quatuor à cordes de György Ligeti, immense compositeur hongrois du XXe siècle, Les Métamorphoses Nocturnes. Cette œuvre intitulée Les Métanuits est donc le résultat d’un formidable travail de réécriture, de balisage et d’improvisation, habité par cet esprit visionnaire et facétieux qui caractérise le travail de Roberto Negro et la générosité formidablement exigeante d’Emile Parisien. Roberto Negro confie que le public mauricien doit s’attendre à “une bonne dose d’amour. Nous amenons le tout dans notre territoire de musiciens improvisateurs. C’est poétique et explosif. Sans doute notre programme le plus intense”.

Un pianiste aux influences multiples.

Si son nom et sa musique peuvent être étrangers à certains, Roberto Negro est aujourd’hui internationalement reconnu et a notamment été le “Coup de cœur” de la très prestigieuse académie Charles Cros (en France) en 2017. De ses racines et de son apprentissage de la musique, Roberto Negro est à lui seul un livre d’histoire pleine de voyages. Ce pianiste italien est né à Turin mais a grandi à Kinshasa au Zaïre, actuellement République Démocratique du Congo. Il est donc issu d’une culture classique transmise par des enseignants congolais, français et russes, trois échos très différents et trois influences fortes que l’on retrouve aujourd’hui dans sa musique.

Si son installation à Paris est ensuite logique pour celui qui voulait vivre de sa musique, les racines de Roberto Negro et ce goût de la découverte ne le quitteront jamais. C’est à 20 ans que le pianiste décide de se tourner vers le jazz “pour son imaginaire de liberté et d’improvisation”, non sans avoir auparavant fait l’expérience d’une musique davantage pop-rock. Des racines ouvertes sur le monde, une culture musicale éclectique, une touche d’improvisation et un goût poétique affirmé : voilà le cocktail prometteur proposé par le pianiste et compositeur.

Un saxo qui aime rassembler.

Couronné “Artiste de l’année” aux Victoires du jazz en 2014, Emile Parisien impressionne autant par sa musique inspirée que par son tempérament. À 36 ans, le saxophoniste soprano est devenu un fédérateur du jazz, un homme autour de qui se montent des projets, se tissent des passerelles, se croisent des générations réunies par la célébration de la note bleue. Qu’il joue en duo, avec son quartet ou avec des vétérans, Emile Parisien sait faire sonner son saxophone soprano comme une voix humaine, en tirer un son incisif et plein de surprises, riche en émotions. Sur scène, il peut danser enlacé avec son instrument, se plier ou tourbillonner dans le flot de la musique, habitant sans complexes l’espace scénique. Sa musique est devenue sa manière de s’exprimer, un vecteur de sensations et d’émotions.

Enfant du jazz, il a été initié à la musique par des parents mélomanes. Il entre à l’âge de onze ans en classe de cinquième dans la première promotion du Collège de jazz de Marciac, où il étudie la musique auprès de musiciens confirmés. À partir de 1996, il approfondit son enseignement au conservatoire de Toulouse, où il étudie également la musique classique et la musique contemporaine. Au cours de ces années, il a l’occasion de se produire aux côtés de grandes figures du jazz comme Wynton Marsalis, Christian McBride, Johnny Griffin ou Bobby Hutcherson, pendant le festival Jazz in Marciac. Émile Parisien s’installe à Paris en 2000 et, en 2004, fonde son propre quartet. Avec des compositions inspirées autant par Hector Berlioz, Igor Stravinski, Arnold Schönberg, Richard Wagner, que par John Coltrane ou Wayne Shorter, ce quartet donne un caractère expressionniste à sa musique, où prime l’improvisation.

À la rencontre d’Abaim.

Pour sa toute “première visite à Maurice”, Roberto Negro n’aura définitivement pas le temps pour jouer “au touriste”, puisqu’il enchaînera avec une semaine de résidence et un concert. “J’espère tout de même avoir un peu de temps pour découvrir votre île”, nous dit-il. De leur rencontre avec Abaim et de la musique traditionnelle, Roberto Negro confie : “Nous allons prendre comme point de départ la musique et le répertoire d’Abaim. C’est un groupe déjà constitué, un vrai band, ce qui en fait sa force. Il faut donc partir de là. Nous n’allons pas aborder des concepts virtuoses ou plaquer des compositions toutes faites à exécuter. Nous travaillerons ensemble sur des formes nouvelles, que nous allons imaginer sur place, avec un matériel issu en grande partie de ce qu’ils savent déjà faire, de ce qui fait leur identité. En gros, on va mêler le bagage instrumental et la connaissance du folklore mauricien d’Abaim à notre goût pour la composition et la création. Et nous avons tous hâte d’y être. Ça risque d’être très intense et très beau.”