La séance du Question Time d’hier après-midi à l’Assemblée nationale a été l’occasion pour les députés de l’opposition de revenir à la charge sur les cas d’ingérence du président du conseil d’administration, Balraj Naroo, dans la gestion interne et quotidienne du Central Electricity Board (CEB). Auparavant, cet ancien technicien du CEB avait été dénoncé comme étant l’une des causes du long délai pour les réparations lors du black-out qu’a connu le pays le 13 décembre 2011. Lors des échanges découlant de l’interpellation parlementaire inscrite au nom de Showkutally Soodhun (MSM), Balraj Naroo a été critiqué pour s’être permis de donner des instructions à des ingénieurs qualifiés du CEB. Le Premier ministre par intérim et ministre de tutelle Rashid Beebeejaun a dû se sentir acculé devant les attaques contre le Chairman du CEB.
Autre fait à signaler de cette séance est la confirmation du ministre de l’Éducation tertiaire Rajesh Jeetah que le gouvernement a pris la décision d’allouer à l’Université de Maurice des locaux désaffectés de la Development Works Corporation (DWC) à Bel-Air pour résoudre le problème de manque d’espace dans le cadre du projet de création d’une faculté de médecine en collaboration avec l’Université de Genève. Face à la pression des supplémentaires de l’opposition, il ajoutera que l’Université de Maurice est libre de décider de l’utilisation de ces locaux comme bon lui semble.
Le leader de l’opposition Paul Bérenger et le ministre du Logement et des Terres Abu Kasenally ont procédé à des échanges sur l’épineux problème de la mise sur pied des syndics des complexes résidentiels de la National Housing Development Company (NHDC). Le ministre est revenu systématiquement sur les difficultés rencontrées par les autorités pour assurer un meilleur entretien de ces complexes tout en affirment que la bonne marche des syndics ne peut qu’être à l’avantage des occupants avec un environnement résidentiel des plus plaisants.
L’interpellation du député Soodhun était des plus sibyllines. Il voulait savoir du Premier ministre suppléant et ministre des Services publics Rashid Beebeejaun quelles sont les qualifications académiques et professionnelles de même que les salaires et autres fringe benefits du président du conseil d’administration et du directeur général du CEB. Le ministre de tutelle a tenté de jouer au plus fin en déclarant qu’il allait déposer les informations sur la table de l’Assemblée nationale. Mais c’était mal connaître l’opposition qui n’a nullement lâché prise.
Le document déposé par le Premier ministre suppléant indique que le président du Board du CEB, qui détient un GCE A level, un certificat de troisième niveau du City and Guilds sur Electrical Engineering Technician et en Mechanical Engineering Technician, Plant Engineering, bénéficie d’allocations mensuelles de Rs 80 000, d’une allocation d’essence de Rs 12 000 par mois et d’une chauffeur driven car. Il a également droit à des facilités d’accès à internet pour un maximum de 1 MB.
Le General Manager du CEB détient un B. Tech (Hons) en génie mécanique (1st Class, Gold Medallist) et un Master in Business Administration. Ses salaires sont de Rs 140 420 par mois. Il perçoit également mensuellement une entertainment allowance de Rs 9 800, des medical benefits de Rs 1 995.80, une allocation essence de Rs 12 200, une retention allowance de Rs 21 063 ; il dispose en outre d’une couverture de police d’assurance, d’une voiture de 2 500 CC dont toutes les dépenses sont encourues par le CEB, de passage benefits représentant deux billets d’avion en classe affaires sur le trajet Maurice/Londres/Maurice, d’une gratuity de 16,6 % de ses salaires et de facilités internet de 1 MB.
Par la suite, le Premier ministre par intérim a été soumis à un feu roulant d’interpellations supplémentaires portant sur des cas d’ingérence dans le travail quotidien du personnel technique du CEB. Le député Rajesh Bhagwan est allé jusqu’à soutenir que le bureau du président du conseil d’administration du CEB a été transformé en officine de parti politique.
« Vautours voyageurs ! »
Soodhun : Le président du conseil d’administration du CEB se mêle de la gestion quotidienne et du travail technique des ingénieurs du CEB avec pour conséquence que le bon déroulement du travail est gêné ?
Beebeejaun : My attention has been drawn to that. Il lui a été demandé de se restreindre à ses responsabilités.
Lesjongard : Le Premier ministre par intérim est-il en présence de dénonciations venant des syndicats des employés du CEB dénonçant les nombreux déplacements du General Manager du CEB ?
Bhagwan : Bann pigeons voyageurs !
Bérenger : Pas pigeons voyageurs ! Vautours voyageurs !
La réponse de Rashid Beebeejaun est à peine audible, sa voix étant noyée par des commentaires au sein de l’hémicycle.
Bhagwan : Le Premier ministre par intérim est-il au courant du fait que le président du Board se permet de donner des directives à des ingénieurs qualifiés du CEB en présence du General Manager et de bouncers ?
Beebeejaun : I’m not aware…
Jhugroo : Peut-il confirmer que le président du Board s’ingère dans les aspects techniques du travail au CEB ? Il se croit permis de donner des directives aux ingénieurs qualifiés de cet organisme ?
Beebeejaun : J’ai déjà répondu à cette question…
Bhagwan : Peut-il confirmer que devant la porte du bureau du Chairman au QG du CEB se tient un bouncer…
Bancs du GM :… Allégations sa !
Bhagwan : Le bureau du président du Board du CEB est transformé en officine de parti politique… Des tapeurs distribuent des cartes à ceux qui veulent le rencontrer.
Beebeejaun : I am not aware. He should not do that…
Soodhun : : Le Premier ministre par intérim est-il au courant du fait que le Chairman dispose de deux chauffeur driven cars ?
Beebeejaun : Je ne suis au courant de ce qui est prévu en tant que fringe benefits.
Plus tôt, le Premier ministre par intérim a été interpellé au sujet du projet de réforme du secteur de l’eau en collaboration avec la Singapore Co-Operation Enterprise. En réponse à une interpellation au nom du député du MMM Alan Ganoo, il a confirmé qu’un rapport préliminaire, soumis en début d’année, a fait l’objet de discussions entre les stakeholders et que le rapport final des Singapouriens est attendu à la fin de ce mois. Les fees payés aux Singapouriens se montent à 1 334 241 dollars singapouriens.
Ganoo : Est-il un fait que l’intégration de la Waste Water Management Authority avec les autres organismes engagés dans le secteur de l’eau est envisagée sous ce projet ?
Beebeejaun : Affirmatif !
Obeegadoo : Le problème de la Mare-aux-Vacoas est-il partie prenante des attributions de cette réforme ?
Beebeejaun : Depuis le tout début tel est le cas…
Lesjongard : Le Premier ministre adjoint fait état de consultations avec des stakeholders. Peut-on savoir qui sont ces stakeholders ?
Beebeejaun : La Water Resources Unit, la Central Water Authority et l’Irrigation aussi bien que le secteur privé.
Ganoo : Qu’en est-il des water rights ? Une révision à la hausse des tarifs d’eau est-elle à l’ordre du jour ?
Beebeejaun : The question of Water Right is a long standing issue. Nous devrons attendre les recommandations pour ce qui est des tarifs d’eau.
Soodhun : Le Premier ministre par intérim est-il en mesure de confirmer que les relations sont difficiles entre les techniciens de Singapour et de Maurice ? Les Singapouriens sont mécontents.
Beebeejaun : Je ne suis au courant d’aucun mécontentement. J’ai rencontré les techniciens de Singapour. They were happy.
Bhagwan : Est-il question de privatisation de la gestion et la distribution de l’eau ?
De son côté, le ministre de l’Éducation tertiaire Rajesh Jeetah a confirmé que les locaux désaffectés de la DWC à Bel-Air ont été alloués à l’Université de Maurice en vue de résoudre la pénurie d’espace avec le projet de création d’une faculté de médecine en collaboration avec l’Université de Genève. C’est ce qu’il a indiqué en réponse à une interpellation de la parlementaire du MSM Leela Devi Dookun.
Manque d’espace à l’UoM
Jeetah : Les consultations avec l’Université de Genève pour la création de cette faculté de médecine remontent à l’époque où j’occupais les fonctions de ministre de la Santé. Puis en juillet 2010 a eu lieu la signature d’un Memorandum of Understanding entre l’Université de Maurice et l’Université de Genève pour la concrétisation de ce projet. L’Université de Genève se classe au 69e rang. Les cours de médecine sont d’une durée de six ans. Des consultations ont été engagées avec le Pr Carpentier pour mettre au point le programme d’études. Le démarrage est prévu pour la fin de cette année, l’enregistrement des premiers étudiants en médecine début 2013 et le début des cours en août 2013. Le ministère de la Santé a agréé à l’idée de mettre à la disposition de la faculté de médecine l’hôpital Jeetoo et le Sir Seewoosagur Ramgoolam National Hospital pour des cours pratiques.
L’Université de Maurice fait face à un grave problème d’espace. Il lui faut de toute urgence quelque 10 000 mètres carrés pour répondre à ses besoins. Le gouvernement a entériné la décision d’allouer les anciens locaux de la DWC à Bel-Air à l’Université de Maurice. Cet emplacement n’est pas utilisé depuis 2005. Des travaux de refurbishment sont en cours.
Dookun-Luchoomun : Le ministre confirme-t-il que les anciens locaux de la DWC seront utilisés pour accueillir la nouvelle faculté de médecine à Bel-Air ?
Jeetah : L’Université de Maurice décidera ce qu’elle compte faire de ces locaux.
Jugnauth : Le ministre peut-il confirmer si une étude a été entreprise pour le choix de ces lieux pour la nouvelle faculté de médecine ?
Jeetah : Ces locaux n’étaient pas utilisés. L’Université de Maurice était à la recherche d’espace car le campus du Réduit devient saturé avec une population estudiantine de 12 000. Des espaces étaient disponibles. C’est un immeuble appartenant au gouvernement. It’s an opportunity. I’m trying to push ahead.
Boolell : Le ministre peut-il donner la garantie que ces étudiants en médecine disposeront de facilités pour leur internat et qu’ils ne subiront pas le même sort que ceux ayant fréquenté la SSR Medical School de Belle-Rive ?
Jeetah : Nous faisons de notre mieux. Le projet de faculté de médecine relève de la quality education avec la collaboration Université de Maurice/Université de Genève.
Dookun-Luchoomun : Le ministre a parlé de travaux en cours à Belle-Rive. Peut-il être plus explicite ?
Jeetah : Les travaux concernent la remise en état du bâtiment, dont des travaux de peinture, de réfection des installations électriques et des toilettes et la réhabilitation du mur d’enceinte.
Dookun-Luchoomun : Qu’en est-il des laboratoires ?
Jeetah : C’est à l’Université de Maurice de décider…
Boolell : Le ministre dira-t-il la vérité aux futurs étudiants en matière d’internat ?
Jeetah : Le ministère de la Santé mettra à la disposition de ces étudiants des facilités à l’hôpital Jeetoo et au Sir Seewoosagur Ramgoolam National Hospital.
Boolell : Je ne parle pas de cours pratiques. Ce qui m’intéresse ce sont les facilités d’internat après la réussite aux examens de médecine. The minister does not understand.
Obeegadoo : Nous avons besoin de faire une utilisation judicieuse de nos ressources financières. Il y a des économies d’échelle. Nous avons toute une série de facilités pour des études de médecine. Il y a l’Université de Technologie de Maurice, l’université du Pr Baligadoo, la SSR Medical School. Y a-t-il eu une évaluation des besoins de Maurice en matière de faculté de médecine pour déterminer une politique cohérente ?
Jeetah : J’ai déjà répondu à cette question. It is not acceptable that this country cannot offer super specialisation. We need to have a solid public base. À Maurice, l’espérance de vie est de 69/70 ans. Dans d’autres pays de la région, elle est de 40 ans. Nous devrons prévoir pour satisfaire la demande au niveau de la région.
Special Desk
Par ailleurs, le ministre Abu Kasenally s’est appesanti sur les difficultés rencontrées par les autorités pour la réalisation du projet de syndics dans les complexes résidentiels de la NHDC. Six syndics sont déjà opérationnels, six autres devront l’être incessamment, trois autres sont en préparation au complexe de La Tour-Koenig. En tout, 15 syndics sont opérationnels dans les 41 complexes résidentiels de la NHDC.
« It is a painful and laborious procedure to get the syndics going on certain housing estates », répondra le ministre du Logement et des Terres à une interpellation inscrite au nom de la backbencher de la majorité Stéphanie Anquetil, qui voulait un état des lieux du projet du gouvernement au sujet d’une allocation de Rs 200 par ménage pour le démarrage de ces syndics.
Bérenger : Le ministre est-il conscient du fait que devant les efforts pour la mise sur pied de nouveaux syndics, les existants doivent affronter des délais dans le versement des allocations ? Dans certains cas, ceux qui versaient leurs contributions ont cessé de le faire sous prétexte que le gouvernement apporte sa contribution…
Kasenally : Maintenant que nous avons mis sur pied les syndics, c’est à eux de se débrouiller pour la collecte des cotisations. Nous ne prévoyons pas de contributions du gouvernement de manière continue. People must realise that it is in their own interest. Ce n’est guère une tâche facile. Nous avons besoin de la coopération de tout un chacun pour réussir.
Bérenger : Le véritable problème est qu’il n’y a qu’un seul avoué pour compléter les procédures.
Kasenally : Tel est le cas. Mais l’avoué est dans l’attente des documents. Si le besoin se fait sentir, nous allons prendre les mesures nécessaires.
À ce stade, le leader de l’opposition interpelle le ministre sur le nombre de motivators de la NHDC sur le terrain aussi bien que sur la durée de leur contrat, qui n’est que de six mois. Ces motivators sont appelés à assumer les fonctions d’animateurs provisoires des syndics en attendant que les représentants officiels soient en place.
Bérenger : La responsabilité des syndics ne concerne pas l’éclairage des paliers et des escaliers. Le paiement de ces factures d’électricité relève de la responsabilité de la NHDC. Avec les arriérés non payés, le Central Electricity Board procède à des coupures d’électricité. La faute revient à la NHDC ?
Kasenally : I’m not so sure. Nous avons un urgent besoin d’assurer une bonne coordination de nos efforts. J’ai en tête les démarches de l’honorable Deven Nagalingum que j’ai eu l’occasion de recevoir à mon bureau. (Cette remarque suscite des commentaires amusants au sein de l’hémicycle.) It’s important to have a dialogue ; if they want to help, I’ll leave no stone unturned.
Bérenger : S’il y a une chose à éviter dans ce domaine c’est la politisation. Il y a un cas et je ne compte pas m’y attarder ; je fais un appel au ministre pour qu’il n’y ait pas de politisation.
Kasenally : It’s precisely why I can talk to Honourable Nagalingum and Honourable Deerpalsing. L’intérêt du pays prime sur toute velléité de politisation.
Sorefan : Le montant de Rs 200 est alloué aux ménages peu importe leur classe socio-économique ?
Kasenally : Cela doit se faire de manière uniforme, au cas contraire le projet s’écroule.
Obeegadoo : Le ministre est-il conscient du fait que dans le passé, la CWA affichait une grande flexibilité pour des travaux de réparation dans les complexes de la NHDC ? Mais avec la décision du gouvernement par rapport aux syndics, la situation est devenue de plus en plus difficile pour les appels d’urgence ?
Kasenally : Effectivement, il n’incombe pas à la CWA d’entreprendre ces réparations. Jusqu’ici, quand j’étais le ministre des Services publics et après, nous l’avons fait sur une base humanitaire ; we have tried to help out. This can’t go on. Je suis sûr que les syndics assumeront leurs responsabilités que ce soit par rapport à la fourniture d’eau ou encore aux réparations.
Bhagwan : L’engagement du ministre se retrouve-t-elle au niveau de la NHDC ? Existe-t-il un desk spécial pour les syndics à la NHDC ?
Kasenally : I’m not only committed. The whole government is committed. À la NHDC, il y a un département de relations publiques et un desk spécial.