Les bahaïs célèbrent ces jours-ci le bicentenaire de la naissance Baha’U’llah, fondateur de leur religion. Une exposition à leur institut de Belle-Rose et diverses manifestations figurent au programme des célébrations locales. Nous vous proposons une brève présentation de cette religion — qui se définit comme le « couronnement de toutes les religions ayant jusqu’alors existé » — de son fondateur et de sa branche mauricienne.
Pour les Bahaïs, Baha’U’llah est le dernier grand prophète dont la venue est annoncée par les grands prophètes comme Krishna, Abraham, Moïse, Bouddha, Zoroastre, Jésus et Muhammad. Cette venue est annoncée en particulier, au 19e siècle, par le perse Mulla Hussayn qui prend le titre de Bab et crée le Babisme, un mouvement religieux qui acquiert une telle popularité que les autorités religieuses de son pays font fusiller son chef. Mirza Usayn Ali Nuri, qui devait prendre le nom de Baha’U’llah, naît le 12 novembre 1817, en Iran, dans une famille noble dont le chef travaille à la cour du Shah. Il a 27 ans, quand, à la mort de son père on lui propose de reprendre sa place au gouvernement, il refuse pour se consacrer à la défense des opprimés. A l’âge de 30 ans, il adhère au Babisme, ce qui lui vaudra, quelque temps plus tard, d’être arrêté puis envoyé en exil à Bagdad qui faisait alors partie de l’Empire turc. Après dix ans d’exil à Bagdad, il annonce à son entourage qu’il est « la manifestation suprême de Dieu attendue par les grandes religions monothéistes ». Il commence alors à rassembler autour de lui des adeptes pour donner le jour à une religion mondiale qui représenterait le « couronnement de toutes les religions ayant jusqu’alors existé » et qui serait sur terre la pierre angulaire d’un royaume de paix, de justice, de liberté et d’humanité. Mais ses propos et sa popularité grandissante déplaisent aux autorités religieuses et politiques de Bagdad et il va passer les quarante dernières de sa vie en exil ou en prison en Turquie, en Syrie et dans le territoire qui deviendra plus tard Israël. Durant ces périodes, Baha’U’llah écrit ses prédications que ses disciples diffusent dans tout le Moyen-Orient. Il écrit également ses ouvrages principaux et des lettres aux souverains du monde, dont l’empereur Napoléon, la reine Victoria, le Shah d’Iran, le tsar de Russie pour les exhorter à limiter leurs armements et à réaliser une paix mondiale généralisée et durable. Tout au long de son exil et de ses emprisonnements, Baha’U’llah affirme être le « Promis » des religions du passé « venu, au temps de la fin, amener les peuples du monde vers la justice et la prospérité, vers l’Âge d’Or de l’histoire de l’humanité ».
Vers la fin de sa vie Baha’U’llah s’installe près de la ville de Haïfa, dans le futur Israël, ou il s’éteindra et sera enterré le 29 mai 1892. Il laisse une oeuvre importante qui sera diffusée par la communauté bahaïe, structurée en une religion qui commençait à dépasser les frontières du Moyen-Orient. Après la mort de Baha’U’llah la direction de la communauté bahaïe est assurée par son fils aîné Abbas Effendi, surnommé Baha Al Abd, qui connut avec son père l’exil et la prison et qui, ensuite, établit à Haïfa, en suivant les directives de son père, le siège principal du mouvement bahaï. Plus tard, il se rendit en Europe, puis aux Etats-Unis et au Canada où il donna des conférences sur la foi bahaïe. Ces conférences aidèrent à la propagation de la foi bahaïe qui enregistra une progression considérable, notamment en Inde, aux Etats-Unis et en Europe. À la mort de Abd-al-Bah en 1921, la direction spirituelle de la communauté entra dans une nouvelle phase, évoluant d’une direction par un individu, à un ordre administratif composé d’institutions élues et d’individus nommés. Aujourd’hui, les disciples de Baha ‘U’llah s’organisent autour de plus de 100 000 centres à travers le monde. Ils définissent le bahaïsme comme « la religion indépendante qui est la plus répandue géographiquement dans le monde après le christianisme ». En 2011, cette religion met en avant dans ses documents le chiffre de 7 millions de membres appartenant à plus de 2 100 groupes ethniques, répartis dans plus de 189 pays. Son centre spirituel et administratif est situé à Haïfa et Acre, en Israël.
Préceptes et structures
Le bahaïsme est une religion sans clergé qui consacre le rapport direct entre l’individu et Dieu. Un de signes distinctifs de cette religion est l’abolition du clergé professionnel justifiée en ces termes : « Nous n’avons nul besoin d’un prêtre officiant au moyen de rites et cérémonies créées par les hommes. » Ce qui n’empêche pas cette nouvelle religion de fonctionner selon une structure administrative bien établie qui se compose de la Maison universelle de Justice (le Centre mondial) les assemblées spirituelles nationales à la tête de chaque pays et les assemblées spirituelles locales, toutes composées d’au moins neuf membres. Ces assemblées doivent être constituées à des dates précises et chaque fidèle âgé de plus de 21 ans est candidat d’office. Les bahaïs mettent l’accent sur leur attitude ouverte à l’égard des principales religions. Leurs écrits sacrés sont régulièrement lus dans les lieux de recueillement bahaïs : « Le principe fondamental de notre religion professe que la vérité religieuse n’est pas absolue, mais relative, que la révélation est continue et progressive et que la venue d’un Krishna, d’un Moïse, d’un Zoroastre, d’un Bouddha, d’un Christ, d’un Mahomet et d’un Baha’U’llah, forment les étapes d’une même religion procédant d’un Dieu unique. La foi mondiale bahaïe ne tend en rien à infirmer les principes éternels des religions précédentes. Son but est d’élargir leurs bases, de reformuler leurs principes fondamentaux et de restaurer la pureté primitive de leurs enseignements. »
En sus du volet religieux de son enseignement Baha’U’llah, propose également un modèle de société pour permettre aux humains « fruits d’un même arbre et feuilles d’une même branche » de développer « des liens de parenté qui doivent unir étroitement tous les états et toutes les nations comme des membres de la famille humaine ». Pour y parvenir, il préconise un nouveau monde « organiquement unifié sous tous les aspects de son existence, de ses organes politiques, de ses aspirations spirituelles, de son commerce et de sa finance, de son écriture et de sa langue ». Dans ses enseignements, Baha’U’llah ne s’est pas contenté de décrire un nouveau monde qui « sera un seul pays dont tous les hommes sont les citoyens » et où « la science et la religion seront réconciliés dans la recherche de la vérité », mais il a également prévu, dans le détail, la mise en place des institutions et des structures qui vont permettre la réalisation de son rêve planétaire « où les barrières traditionnelles de race, de classes, de croyance, de religion et de nationalité disparaîtront pour céder la place à une nouvelle civilisation universelle. »
Le bahaïsme à Maurice
Le bahaïsme a été introduit à Maurice en 1953 par Mlle Otiie Rhein, une Américaine. Ses efforts de « pionnière de la Foi » furent soutenus par des bahaïs de passage à Maurice. Les premières assemblées spirituelles locales sont mises en place en 1956 à Port-Louis, Beau-Bassin, Rose-Hill et Quatre-Bornes. Le mouvement se développe rapidement et en 1964 les bahaïs de Maurice font partie de la première assemblée spirituelle régionale bahaïe qui regroupe les fidèles du Sud de l’océan Indien et dont le siège est installé à Maurice jusqu’en 1972. En cette année la foi bahaïe, comme les autres religions de l’île, est reconnue officiellement par le gouvernement mauricien par un acte voté au Parlement. Depuis, la communauté bahaïe s’est développée dans tout le pays — y compris à Rodrigues — et compte plus de 150 assemblées locales, un siège social à Port-Louis et un institut à Rose-Hill. Selon les statistiques, les bahaïs dûment enregistrés dépasseraient les 7 000 alors qu’un nombre équivalent de sympathisants suivent les préceptes sans s’être enregistrés. En dehors de pratiquer et de répandre les enseignements de Baha’U’llah, la communauté bahaïe mauricienne participe aux activités sociales et spirituelles visant à développer l’individu au niveau national. C’est ainsi qu’après le sommet mondial de la paix organisé par les Nations Unies, en 2002, le Conseil national bahaï de Maurice a pris l’initiative de mettre sur pied un Conseil des religions comprenant les représentants de plusieurs corps religieux. Ce conseil a pour objectif de mettre en commun les valeurs des religions et d’encourager le dialogue interreligieux et interculturel à Maurice.
— Documentation : le magazine Les Bahaïs et Histoire des religions des îles Maurice et Rodrigues de B. Burrun