Le représentant du Centre culturel islamique (CCI), Assad Bhuglah, a déclaré qu’il serait « injuste » d’oublier le Dr Idrice Goumany, qui donna sa vie pour sauver celle des autres, notamment des immigrants indiens arrivés dans l’île au début du 19e siècle et qui avait contracté la variole, une maladie infectieuse qui décima des milliers de personnes à cette époque. C’était hier lors d’un recueillement dans l’enceinte du Club Med à Pointe-aux-Canonniers sur la tombe du médecin, mort le 28 juillet 1889 de cette même maladie.
« Cet homme qui repose ici dans cette tombe est très important pour l’histoire culturelle et celle de l’immigration de Maurice », a affirmé Assad Bhuglah en se recueillant sur la tombe du Dr Idrice Goumany.  « Au moment où nous célébrons l’arrivée des immigrants indiens à Maurice, nous avons tendance parfois à oublier que ce médecin a donné sa vie pour sauver celle des autres », a-t-il poursuivi, avant de rappeler que le Dr Idrice Goumany avait accepté de travailler à la Station de quarantaine où étaient soignés les malades atteints de la variole. « Lorsqu’il est tombé malade lui-même, il n’y avait aucun médecin pour le soigner. Même sa famille ne pouvait le rendre visite ici, car c’était une zone interdite. Il est mort le 28 juillet 1889, il avait tout juste 30 ans ».
Pour sa part, Nassim Goumany, un membre de la famille Goumany, s’est dit heureuse qu’après plus d’un siècle d’oubli, « la contribution et le sacrifice du Dr Goumany soient enfin reconnus ». Elle a retracé la vie du médecin, né à Camp-des-Lascars, aujourd’hui Plaine-Verte, après que son père était venu à Maurice de l’Inde, comme un « lascar », soit un marin indien. « Notre famille est très fière de la contribution des lascars au développement de l’île Maurice », a-t-elle ajouté.
Nassim Goumany a raconté comment le Dr Idrice Goumany a grandi comme un brillant élève, en dépit des contraintes de l’époque. Il était parmi les premiers descendants d’immigrants indiens à poursuivre ses études en Europe, aux universités de Glasgow et d’Edinburgh en Ecosse, malgré des contraintes financières, des restrictions coloniales et un voyage périlleux. Selon elle, bien que vivant en terre étrangère, le médecin était toujours resté en contact avec ses racines à Maurice. Il était rentré au pays pour servir la nation. « Rien ne pouvait l’empêcher de rester en Europe et de bâtir un avenir brillant pour lui. Mais son attachement à Maurice et son esprit patriotique le ramenèrent au pays », a-t-elle affirmé.
Puis vint l’épidémie de la variole, qui décima la communauté des immigrants indiens arrivés dans l’île à cette époque. Le Dr Idrice Goumany ne refusa pas, contrairement aux autres médecins, de soigner ces malades. Il sauva ainsi de nombreuses vies avant de succomber finalement à cette maladie. « Notre héros national a été une victime de l’indifférence pendant trop longtemps », a estimé Nassim Goumany, avant de suggérer « la reconnaissance de ses sacrifices et de sa contribution dans tout événement marquant l’arrivée des immigrants indiens à Maurice au niveau national ». Et d’ajouter : « Je propose de la part de la famille Goumany qu’une bourse soit allouée, au nom du médecin, à des étudiants défavorisés ».