Elle était sous les feux des projecteurs depuis plusieurs années, sa mauvaise gestion étant mise en cause. Les infrastructures dégradantes, le manque d’intérêt des étudiants pour cette institution tertiaire, les nombreuses doléances provoquant des questions à l’Assemblée nationale : tous les ingrédients nécessaires pour que l’University of Technology Mauritius (UTM) sombre davantage. Toutefois, depuis quelque temps, cette université semble avoir redéployé ses ailes pour prendre un nouvel envol.

La 30e cérémonie de remise de diplômes tenue en début de semaine au Trianon Convention Centre témoigne du changement au sein de l’UTM. Alors que ces cérémonies se faisaient souvent dans la petite salle de conférences encombrante de l’institution, à La Tour Koenig, ou dans d’autres salles de conférences, l’UTM a choisi de convoquer ses diplômés de la School of Health Sciences et ceux de la School of Innovative Technologies and Engineering dans un cadre différent.

Selon Keith Robert Thomas, directeur général de l’institution tertiaire depuis maintenant dix mois, le choix du Trianon Convention Centre a un lien avec la technologie. En effet, il a porté le choix sur Dr Carlo Viberto, Chief Executive Officer de SpaceLand Africa, qui ouvrira bientôt un centre à Maurice. Cet expert dans la technologie spatiale et qui a travaillé pour la NASA, selon le directeur général, « démontre le souhait d’accentuer l’institution vers la technologie ». Il poursuit : « Cela n’a rien à faire avec le matériel ou les logiciels, mais plutôt avec la manière de penser. Il faut se demander si on utilise bien la technologie et si elle apporte une transformation. » En employant la manière de penser, Keith Robert Thomas veut que les gens commencent à penser sur la technologie et sur les opportunités qui sont à venir.

Lors de cet événement, Carlo Viberto, a avancé que son entreprise ouvrira bientôt ses portes à Maurice. Son entreprise, basée sur des “state of the art disciplines”, se focalise sur la technologie spatiale et il avance qu’elle détient un permis du gouvernement américain. « L’Office Director des Nations Unies se réjouit que l’aéroport de Maurice puisse devenir un “spaceport” pour des atterrissages », dit-il, assurant qu’il « n’y aura pas d’impact environnemental » avec ce projet. Il annonce également que le premier “space vehicule” des Nations Unies pourrait « bientôt » atterrir à Maurice. Un tel atterrissage, selon lui, injecte de « fortes sommes d’argent » à l’économie, citant l’exemple de la Floride, où des touristes viennent par milliers pour ne pas rater cet événement.

Après la cérémonie de remise de diplômes lundi matin, une deuxième s’est déroulée dans l’après-midi pour les étudiants de la faculté de Business Management. L’invitée de cette cérémonie était Maureen Treanor, responsable du département des ressources humaines à l’Afrasia Bank. Pour Keith Robert Thomas, elle est un “role model” pour les diplômés, car elle travaille dans une “male dominated area”.

Des étudiants venus d’Afrique se félicitent de leur choix de Maurice 

Quelques étudiants africains ont obtenu leur diplôme lors de cette cérémonie, dont un Ougandais et un Camerounais, qui ont voulu faire le saut à Maurice après avoir pris connaissance de l’avancée du pays par rapport à d’autres pays africains. Un de ces étudiants retournera bientôt dans son pays natal et, une fois sur place, il encouragera d’autres à lui emboîter le pas. Ibrahim Kato retournera en Ouganda, maintenant qu’il détient un “First Class Honours” en Télécommunication. Âgé de 25 ans, son désir de venir à Maurice s’est réalisé grâce à ses amis mauriciens qui ont beaucoup parlé de l’UTM comme institution tertiaire où il pouvait entreprendre ses études. « J’ai choisi Maurice après des discussions avec mes amis mauriciens qui étudiaient dans cette université. Ce sont eux qui m’ont connecté à l’UTM », soutient ce jeune homme, qui dit également être « tombé amoureux de Maurice ».

Par ailleurs, ses études qui ont duré quatre ans n’ont pas été de tout repos pour lui. « Les cours étaient durs, mais j’ai été positif et j’ai persévéré », dit-il. Même s’il n’a pas trouvé d’emploi à Maurice, il souhaite retourner en Ouganda pour en trouver un afin d’acquérir de l’expérience. Ibrahim Kato dit aussi envisager d’entreprendre d’autres études pour obtenir une maîtrise. Mais cet Ougandais dit garder de bons souvenirs de Maurice malgré la différence culturelle. Concernant l’UTM, il dit avoir eu « l’encadrement nécessaire de mes chargés de cours et de mes amis de classe », ajoutant souhaiter que ses amis viennent étudier à Maurice. « J’ai déjà connecté neuf étudiants dans différentes universités. Le pays est propice pour les études supérieures et nous avons une variété de cours. De plus, les chargés de cours sont toujours prêts à aider », souligne-t-il.

De son côté, Florian Kadji Tchokote a aussi obtenu son “First Class Honours” en Télécommunication. Ce Camerounais, qui acquiert de l’expérience dans une société privée à Port-Louis, a choisi l’UTM en se basant sur le classement de Maurice par rapport aux pays africains. « Venant du Cameroun, ce fut une opportunité d’apprendre des pays qui ont su évoluer et qui ont fait développer le secteur des télécommunications à grande échelle », dit ce nouveau diplômé de 29 ans.

Pour lui, choisir Maurice a été « un hasard ». Il explique que c’est en cherchant des universités sur Internet qu’il a vu l’UTM et s’y est inscrit. Même s’il est entré à Maurice un mois après le début de ses cours, Florian Kadji Tchokote dit avoir été soutenu par ses amis de classe et ses chargés de cours pour qu’il puisse rattraper le retard étant donné que ses cours « n’ont pas été faciles ». Par ailleurs, comme c’est un étranger, il avance avoir rencontré « quelques difficultés administratives » et demande ainsi à l’UTM de « faciliter la vie des étudiants africains, étant donné la différence de culture, surtout pour qu’ils puissent débuter leurs cours à la même date que les étudiants mauriciens ».

Les filles en avant pour l’art et le design

Elles sont douées en dessin et la créativité est un talent qu’elles sont si heureuses d’avoir. Ashna Gukool, diplômée en “Art and Design”, et Maryam Chady, en “Graphic Design with Animation”, n’ont pas connu un temps de chômage. En effet, ces deux filles ont obtenu un travail avant qu’elles ne soient diplômées et croient fortement dans l’avenir de ce secteur. Équilibrer le monde professionnel et les études a été une tâche « très difficile » pour elles, mais leur détermination leur donne raison aujourd’hui d’avoir entre les mains leur précieux diplôme.

Âgée de 22 ans, Maryam Chady se dit « fière » de pouvoir tenir son diplôme, et ce après les sacrifices qu’elle a faits pendant trois ans. « Le travail a été très dur, mais je suis très contente d’arriver maintenant à ce stade », nous raconte cette habitante de Beau-Bassin. Ayant excellé dans la matière de l’Art au Higher School Certificate, son choix était tout à fait logique. Son intérêt pour le monde de la publicité a aussi été l’élément qui a orienté son choix vers ce cours spécifique.

Mais pourquoi avoir choisi l’UTM alors qu’il y a d’autres universités qui offrent aussi ce cours ? Pour la jeune fille, son choix s’est porté sur l’UTM, car pour elle, l’institution offre un cours « passionnant » et sa créativité s’est « davantage développée ». Maryam Chady estime que ce domaine ne donne pas la chance aux étudiants de chômer. « La plupart de nouveaux diplômés travaillent déjà. De nombreuses compagnies nous ont contactés et c’est intéressant, car nous n’avons pas à attendre. C’est un domaine qui prend de l’ampleur et j’encourage les jeunes à choisir cette filière », dit-elle. Maintenant qu’elle travaille, Maryam Chady veut consolider son expérience pour qu’un jour elle puisse ouvrir sa propre entreprise.

Quant à la jeune Ashna Gukool, elle a choisi “l’Art and Design” en se basant sur son rêve qui est de devenir enseignante. Pour elle, le cours à l’UTM ne comprend pas uniquement des modules pour savoir dessiner, mais il va plus loin. « Nous avons appris à utiliser des logiciels. Étant donné que nous vivons dans un monde moderne, le cours l’était aussi. À UTM, nous voyons que la technologie est vraiment valorisée », dit-elle. Si sa première année d’études a été sans problème, les choses ont commencé à se corser en deuxième année vu qu’elle avait obtenu un emploi. « C’était très difficile, mais mes parents m’ont beaucoup soutenue », dit-elle. Ashna Gukool croit que “l’Art and Design” a du potentiel à Maurice. Son diplôme en main, elle compte maintenant entreprendre un Master, et après, son doctorat.

La différence avec cette 30e cérémonie de remise de diplômes est le choix du genre. Alors que l’UTM choisissait souvent les femmes pour tenir le plateau servant à poser les diplômes, ce sont des hommes qui ont été mis en avant. Des garçons très bien vêtus ont été appelés à cet exercice. Selon Keith Robert Thomas, « il ne faut pas prendre les femmes pour des objets de décoration ». De ce fait, il a décidé que, cette fois, des garçons montreront ce que l’UTM fait de différent. « Nous avons bien réfléchi sur le message que cela porterait », dit-il, se disant « déterminé » pour la mise en place d’un environnement de travail “gender balanced”.