Le signe le plus visible du malaise politique qui s’est installé entre la Government House et la State House est prévu cet après-midi avec la Garden Party pour le 44e anniversaire de l’indépendance et les 20 ans de la République donnée dans les jardins du Réduit par le président de la République sir Anerood Jugnauth. Le mot d’ordre au sein de l’état-major du Labour est le boycott de cette manifestation officielle clôturant les manifestations pour la Fête nationale du 12 mars. Le Premier ministre Navin Ramgoolam n’a pas manqué de son côté de faire allusion à plusieurs reprises et sous diverses formes aux tractations politiques au sein de l’opposition avec en toile de fond le Remake 2000, avec sir Anerood Jugnauth en tant que Premier ministre fantôme, et à la nécessité de tenir à distance les institutions de la République de la politique partisane.
La trêve politique au plus haut sommet de l’État a été de très courte durée. Au sein du parti Travailliste, le boycott de la Garden Party offerte cet après-midi par le président de la République est donné comme une certitude. « Ni le secrétaire général du parti, le ministre Lormus Bundhoo, ni le président du Labour Patrick Assirvaden ne se rendront à la Garden Party du mardi 13 mars. Cela veut dire ce que cela veut dire et les membres du parti sauront tirer les déductions qui s’imposent », ont confirmé au Mauricien des sources autorisées à l’hôtel du gouvernement.
La question qui attend d’être tranchée concerne la présence du Premier ministre dans les jardins du Réduit à cette occasion. La Garden Party se déroulera entre 16 h 30 et 18 h et, dans un premier temps, Navin Ramgoolam devra se rendre peu avant 16 heures au Sir Seewoosagur Ramgoolam International Airport pour la cérémonie du départ du Chief Guest aux célébrations du 12 mars, le président des Seychelles James Alix Michel.
L’avion du président des Seychelles décollera en principe à 16 h 15 en direction de l’île de La Réunion. Une présence subséquente ou non du Premier ministre à la State House cet après-midi constituera un indicateur de l’état des relations entre les deux plus importantes personnalités de l’État dans la conjoncture politique.
En contrepartie, il faudra s’attendre à une présence remarquable des parlementaires du MMM et du MSM au Réduit, pour cette manifestation officielle au nom de la République de Maurice. Un appel a été lancé aux députés du MMM pour qu’ils fassent acte de présence à la Garden Party du président de la République au vu du boycott décidé du côté du Parti travailliste. D’autre part, le ministre des Administrations régionales Hervé Aimée, qui se trouve au centre d’un bras de fer d’ordre constitutionnel avec le président de la République sur le redécoupage électoral des arrondissements urbains, est littéralement pris entre deux feux en ce qui concerne les invitations officielles de la State House.
Actuellement, Hervé Aimée est en présence de trois invitations : le déjeuner en l’honneur du président James Alix Michel à la mi-journée, la Garden Party de cet après-midi et un tête-à-tête vendredi à 11 heures sur le dossier du redécoupage municipal. « C’est sûr, je ne me rendrai pas à la Garden Party du président de la République cet après-midi. Pour les autres, je n’ai pris encore aucune décision », a ajouté ce matin le ministre des Administrations régionales au téléphone au Mauricien.
Pour le déjeuner officiel offert par sir Anerood Jugnauth, le ministre des Administrations régionales fait face à une difficulté protocolaire s’il décide de boycotter le State Lunch du jour. En principe, Hervé Aimée est le ministre désigné pour accompagner le président Michel après le déjeuner à la State House jusqu’à son rendez-vous pour un tête-à-tête avec le leader de l’opposition Paul Bérenger au Hennessy Park Hotel d’Ébène à 14 heures. Les services protocolaires tentaient ce matin de mettre en place les modalités nécessaires.
Le troisième rendez-vous de Hervé Aimée à la State House a été fixé à vendredi 11 heures, soit presque au même moment que ne démarrent les délibérations hebdomadaires du conseil des ministres. « J’étudie ce que je dois faire et je n’ai encore rien décidé », a-t-il soutenu par rapport à cette première convocation de la présidence de la République en date du 6 mars.
L’entourage politique du ministre des Administrations régionales se penche sur le timing des consultations du président de la République sur le redécoupage municipal. « Le ministre n’est pas obligé par la loi à répondre positivement à cette convocation. Il peut le faire par simple courtoisie. Il ne faut pas oublier que l’instance appropriée pour répondre à la demande d’éclaircissements du président de la République reste la Commission électorale », avance-t-on dans ces mêmes milieux.
Dans son message à la nation pour le 12 mars, le Premier ministre n’a pas manqué de faire des commentaires sur les derniers développements au plan politique, tout en s’appesantissant sur le fait que « le véritable problème n’est pas politique mais économique ». D’emblée, Navin Ramgoolam a souligné que le progrès réalisé par Maurice au cours de ces 44 ans depuis l’indépendance a été construit sur « la liberté, la justice, la paix et l’unité, fondement d’une société stable et moderne ».
Le Premier ministre a mis l’accent sur l’importance de la stabilité politique avant de dénoncer « sertin dirizan pe gaspille lenerzi dan zé politik ek zestikilasyon pou rant dan puvwar par laport derrière ». Navin Ramgoolam a parlé de « manigances et complots » en ajoutant que « nou pa gagn drwa arrett le processus de réforme ».
« Le danzé li pa politik me ekonomik. Loposizyon bizin gagn patians. Eleksyon li an 2015. Nou bizin mett nou zeffor ek nou lernezi fas à bann difikilté ekonomik. Le respect de l’intégrité des institutions li crucial », a poursuivi le Premier ministre en s’appuyant sur la nécessité d’institutions indépendantes et fortes. « Fodé pa fer politique partisan rant dan fonksyionma bann institisyon », s’est-il appesanti en revenant sur le besoin de se concentrer sur le front économique dans le sillage de crises en Europe.
Navin Ramgoolam a aussi commenté les consultations initiées en vue d’adopter la réforme du système électoral. « Ena enn konsansis pou ran sistem elektoral pli zis ; li pa enn kestyon simple. Mo pou kontinyé ena konsiltasyon pou enn réform dan lintéré lavenir pays. Pa pe fer réform pou réglé enn problem politik conjonktirel ou enn problem de politik partisan. Se dan lintéré nasyonal avan tou », a fait ressortir le Premier ministre, avant de s’adresser directement à la jeunesse.
Le président de la République, qui était intervenu dans la soirée de dimanche, a pour sa part mis en garde contre des risques de « dérapages interculturels » et a fait un appel aux autorités pour des mesures en vue de ne pas mettre en danger le tissu social fragile. Le volet économique a également retenu l’attention du président de la République. Sir Anerood Jugnauth a évoqué les séquelles du surendettement des ménages, qui se trouvent actuellement en difficultés. Il a demandé à la population de revoir son mode de vie. Il a saisi l’occasion pour faire un appel à un partage plus équilibré des richesses.
Au début de son message pour la Fête nationale, le président de la République a rendu hommage aux tribuns, qui ont lutté pour l’émancipation et l’épanouissement politiques du pays. Il a demandé à la population de saluer et de respecter la mémoire de ces lutteurs politiques peu importe leurs bords politiques. « C’est cela la sagesse », a-t-il soutenu.