La quatrième centenaire de l’année, Marie Irène Maninte, a soufflé ses 100 bougies hier, dimanche 19. Mère de trois enfants, grand-mère de 9 enfants et ayant 18 arrière-petits enfants et 5 arrière-arrière petits enfants, Mme Maninte a pratiqué le dur métier de laboureur. Son fils, Clency Maninte, qui lui voue un amour sans bornes, évoque son parcours très difficile…
Encore tout à fait lucide, « en très bonne santé, hormis quelques petits soucis comme la tension artérielle, dû à son grand âge, et le fait qu’elle soit devenue quelque peu dure d’oreille », explique Clency Maninte, Irène Maninte est l’image même de la Mauricienne qui a vécu 100 ans et qui a connu de très durs moments dans sa jeunesse…
Originaire de Plaine-Magnien, « très avare de propos s’agissant de ses propres parents », ajoute encore Clency Maninte, Irène Maninte n’a pas connu une existence de tout repos. Quand elle épouse Georges Maninte, le couple travaille comme laboureur dans les champs de cannes du sud de l’île. Irène donne naissance à trois enfants : deux filles, Solange et Marguerite, et un fils, Clency.
« Maman a toujours été une femme qui allie à la fois force et douceur, affirme Clency Maninte. Je me souviens quand j’étais encore enfant, les samedis, comme il n’y avait pas d’école, je l’accompagnais aux champs. Elle faisait le trajet de Plaine-Magnien aux environs du Chaland à pied. Ce n’est pas la porte d’à côté… Et pourtant, pas une seule fois elle ne se plaignait ! » Pendant 20 ans, en effet, Mme Maninte a parcouru, «à pied, 3 kilomètres, composant le trajet aller-retour de son lieu de travail à la maison…»
Loin d’être une mère sévère, mais qui inculque la discipline, Irène Maninte encourage ses enfants, dès leur plus tendre âge, « à respecter notre prochain. Il faut avoir des principes dans la vie, comme la droiture, l’honnêteté… » Ce qui l’amène à constater, comme Andréa Zéphir, autre centenaire de 2014, que « les jeunes, aujourd’hui, ont perdu la notion de respect envers leurs aînés ! Ce n’est plus la même chose… » La nouvelle centenaire confie que « les aînés ne sont pas suffisamment traités avec les égards dûs à leur grand âge. C’est vraiment triste… »
Autre constat de Mme Maninte, « il y a trop de divorces de nos jours. Les gens ne connaissent pas la vraie valeur d’un mariage. Et surtout, ils ne font pas d’efforts pour cultiver les liens une fois qu’ils sont mariés. Élever ses enfants, s’occuper des siens : cela demande du travail ! On ne peut pas tout avoir sur un plateau sans y mettre du sien… Une famille, ça doit s’inscrire dans la durée. »
Irène Maninte a toujours accordé une place primordiale à la famille : la preuve, elle est toujours entourée de ses enfants, 9 petits enfants, 18 arrière-petits enfants et 5 arrière-arrière petits enfants ! « Maman a toujours mis un point d’honneur à ce que toute la famille soit réunie autour d’elle », confirme Clency Maninte.
Une des raisons qui ont poussé l’unique fils de Mme Maninte « à construire ma maison tout près d’elle, afin de rester à ses côtés… Mes enfants en ont grandement bénéficié ! Elles ont eu la présence d’une grand-mère qui était aux petits soins pour eux et qui leur a montré le droit chemin… »
Pas une femme aux goûts extravagants, aimant les réunions familiales et les petites sorties, « elle aime aussi bien s’habille, c’est une petite coquette ! », Irène Maninte privilégie le poulet et le poisson, surtout le mulet, parmi ses mets favoris. « Pourvu que ce soit du poulet, souligne Clency Maninte. Que ce soit du rôti, du curry avec des faratas, ou frit… L’important, c’est que ce soit du poulet ! Elle adore ça. » Le poisson mulet, frit ou en curry, compte également parmi ses plats préférés : « Elle a ses petites habitudes et les a conservées avec le temps », explique son fils.
Devenue veuve en 1978, alors que son mari, Georges, avait 67 ans, Irène Maninte s’est depuis totalement consacrée à sa petite famille. Hier, quand elle a soufflé ses 100 bougies, tous ceux qu’elle chérit étaient à ses côtés. « Depuis plusieurs semaines, ajoute encore son fils Clency, elle était toute excitée à l’idée de fêter ses 100 ans. Elle réalise ce que cela représente… »