Helena Favory, qui a soufflé ses 100 bougies le 19 février dernier, s’adonne toujours à des petits travaux de couture. Si la surdité l’a affectée, comme c’est le cas pour beaucoup d’autres seniors, en revanche, la centenaire n’est pas de celles à qui l’on peut conter des histoires ! Linda Oodit, sa petite-fille, avec qui elle vit à Résidence Vallijee, se souvient surtout qu’elle était « plutôt sévère ; kan nou ti pe vinn kot li, li fer nou galoupe… »
À 100 ans, Helena Favory accepte que ses proches et parents s’occupent d’elle. Mais elle exige aussi de ceux-ci que personne d’autre qu’elle ne lave certains de ses vêtements… « Elle est très pointilleuse sur ce point », explique Linda Oodit. « Elle est de cette génération de personnes qui lavaient leur linge plus blanc que blanc ! Aussi, elle ne comprend pas que maintenant, avec les lessives qu’on a, ce résultat ne peut pas toujours être atteint ».
Originaire de l’Escalier, fille d’une famille de cinq — Suzanne, André, Antoine et “Loco” étaient ses frères et soeurs — Helena Favory, l’aînée de la famille, n’a pas eu la chance d’aller à l’école. « Notre arrière-grand mère travaillait comme bonne à tout faire, s’occupant de la cuisine et autres tâches ménagères, surtout chez les familles blanches », raconte Linda Oodit. « Grand-mère accompagnait sa maman. Li finn aprann travay koumsa mem ». En grandissant, Helena part également travailler dans les champs et prend aussi de l’emploi auprès des couvents, et s’occupe de repassage.
Alors qu’elle a 15 ou 16 ans, la famille quitte le sud du pays et s’installe à Bell-Village. Helena trouve rapidement du travail auprès des familles de la capitale. « De surcroît, elle devait aussi prendre du travail comme “dhobi”… Dayer, li finn kontinie lav linz ziska li ti ena 70 an ! Se a Grande Rivière ki li ti pe ale lav linz ».
Jacques David, que beaucoup de Mauriciens connaissent car il est un des derniers cireurs de chaussures locaux, qui opère au Caudan Waterfront, est l’unique fils de Helena Favory, fruit du mariage de la centenaire avec Paul David, « qu’elle rencontra alors qu’elle était arrivée à Port-Louis et qu’elle sortait pour aller travailler ». Outre Linda David, Paul est aussi le père de Danielle, Jean-Claude et Gino.
Cordon bleu
Restée seule après le départ de Paul David, Helena Favory rencontra un autre homme, Raymond Gaspard, avec qui elle fit un bout de chemin. « En ces années-là, explique encore Linda Oodit, elle a connu beaucoup de hauts et de bas. Elle changea d’ailleurs d’adresse à quelques reprises… Elle habita un temps à Cassis, puis finalement à Vallijee ».
Linda Oodit avoue : « C’est une petite bonne femme avec un sacré caractère ! Elle n’est pas méchante, mais elle était très sévère. Par exemple, je me souviens que dans sa cour, il y avait plein d’arbres fruitiers : maçon, grenade, avocat, atte, mangue… Kouma tou zanfan, nou ti extra kontan al kot li pou kapav mont lor pie, kas fruit, manze… » Mais dès qu’elle voyait arriver les bambins, relate Linda Oodit dans un grand rire, « li ferm so laport, vit vit, li galoup derier nou ! Elle n’aimait pas que l’on vienne salir sa maison. Et donc, quand elle voyait pointer des enfants, elle leur faisait peur… »
Autre facette de sa grand-mère qu’apprécie énormément Linda Oodit : « C’est un véritable cordon bleu ». Étant issue d’une famille très pauvre, Mme Favory n’a jamais eu le goût du luxe : « So manze prefere, se enn bon roygay poul. Sa li extra kontan… » Mais, soutient notre interlocutrice, « personne ne peut égaler un simple bouillon de brèdes qu’elle prépare. Le parfum, la saveur qu’a ce banal bouillon… extra ! Pa kone ki so sekre… »
La petite fille de Helena Favory a un regard plein de tendresse envers la centenaire : « Quand je la regarde, elle me rappelle mon enfance… Ces jours heureux quand on était petits et qu’on allait chez elle ». Linda Oodit est pleine de reconnaissance envers sa grand-mère : « Nous sommes devenues très proches avec le temps. Et une chose qui m’émeut toujours, c’est qu’elle m’avait dit qu’un jour elle me donnerait sa maison à Vallijee. Je n’ai jamais vraiment pris cela au sérieux, mais elle a tenu parole… Et je la remercie beaucoup pour autant d’égards. »
Mère de quatre enfants, Katherine, David, Diecia et Scotty, Linda ajoute que « mes enfants aussi ont nourri beaucoup d’affection pour elle ».
De même, Helena Favory a conservé quelques « petites habitudes » : « Li pou tir so ration, sak moi, mem ziska aster la ! Mem si nou dir li pa bizin, gard so ti cash, li fer enn devoir met enn somme dan nou lamin. Elle a ce sens de la responsabilité et du partage. Elle a longtemps vécu seule et à la dure. Elle sait ce que c’est que de faire marcher une maison. »