« Ce que nous avons vécu, que ce soit quand on était enfants ou quand on est devenu des adultes, cette belle harmonie qui faisait de nous tous, une grande famille, cela n’existe plus de nos jours. C’est triste ». Surendra Sunboccus, fils de la centenaire Sunmateea Sunboccus, qui a soufflé ses 100 bougies le mercredi 22 janvier, peint le portrait tout en nuances de sa mère, véritable battante des années 60, qui devint veuve à 37 ans et perdit sa maison en pailles durant le cyclone Carol en 1960…
Sunmateea Sunboccus, née Kimcurrun, voit le jour à Belle-Rose en 1914. Plus tard, quand elle épouse Raghubeer Sunboccus, le couple s’installe à Henrietta dans un quartier où la plupart des quatre enfants du couple — l’aînée Shanti, Neermala, Surendra et Kavindra — ont également construit leurs maisons, quand ils ont grandi et se sont mariés. « Nous vivons dans une atmosphère un peu spéciale, entourés de voisins de toutes confessions confondues », indique Surendra Sunboccus. « C’est un peu comme une très grande famille, où diverses religions se côtoient et sans que cela pose de problèmes pour qui que ce soit parmi nous. Depuis que nous sommes enfants, nous connaissons cette ambiance festive et gaie où, par exemple, pour la fête Eid, nous allons boire des “seweing” (vermicelles) et du lait, ou manger du briani ou des “halwa, roti”… Tout comme nous pour Divali, on va partager des friandises et des gâteaux chez chacun de nos voisins… »
Pour notre interlocuteur, « c’est notre mère, Sunmateea, qui est la cheville ouvrière derrière cette entente qui dure depuis plusieurs années. Elle nous a toujours inculqué les bonnes manières, le respect et l’amour des uns et des autres. » Cependant, souligne M. Sunboccus, « de nos jours, ce n’est plus pareil. Les nouvelles générations mettent beaucoup d’accent sur les appartenances religieuses et cela crée des divisions… C’est très regrettable. Sa lakorite ki existe ek ban dimounn lontan la, inn fini sa. Zordi, sakenn pou li. »
Sunmateea Sunboccus, explique son fils, « est une brave femme de nature très joviale. Li ti touzour bien sinpatik ek tou dimounn. » Pourtant, la vie ne lui a pas fait de cadeaux. Pendant que son mari, Raghubeer, travaille pour le compte de l’établissement d’Henrietta — il actionnait les machines à couper la canne —, Sunmateea s’occupe de ses enfants et de la maison. Marié civilement en 1948, le couple mène avec ses quatre enfants une petite vie tranquille dans la modeste maison en paille et terre que construit Raghubeer à Henrietta.
Mais le drame survient le 20 juillet 1955 quand Raghubeer décède, laissant Sunmateea, 37 ans, seule, avec ses quatre enfants. « Cela a été un coup très dur pour elle et nous tous », se souvient Surendra. « Elle qui n’avait jamais travaillé, voilà qu’elle doit subvenir, seule, aux besoins de sa famille. En ces temps-là, le pays n’était pas développé comme maintenant et il n’y avait pas beaucoup de facilités… »