Lucide et active, se faisant toujours un devoir d’aller à la messe régulièrement, Elianne Alexis, célibataire endurcie, a soufflé ses 100 bougies le 1er mars dernier. Gouvernante de carrière, ayant travaillé surtout auprès d’une famille anglaise, les Esther, elle conserve jusqu’à présent tout son discernement. Pour preuve, explique Rose-Marie Lamarque, sa nièce avec qui elle vit, « elle lit toujours son journal chaque jour ! Elle dévore tout ce qui est écrit ; des articles aux résumés de films, elle ne rate rien ». Ce qui l’amène à constater amèrement que « les moeurs se sont bien dégradées, à voir tous ces crimes tous les jours… De mon temps, il y avait plus de respect ».
Elianne Alexis concède que « dans le temps, il n’y avait pas autant de médias et de journaux. Il y a avait certainement des crimes, des délits, des scandales… Mais comme on n’avait pas autant de moyens de communications, très peu d’informations circulaient. Aujourd’hui, avec tous ces journaux et les radios, tout cela a changé ».
Les moeurs se sont dégradées, constate amèrement Elianne Alexis. La nouvelle centenaire qui « ne rate pas une miette de tout ce qui est publié chaque jour dans les journaux — c’est un de ses passe-temps favoris ! — décortique l’actualité politique, sociale… », explique Rose-Marie Lamarque. « Elle passe en revue tout ce qui se passe dans le pays et est au fait de tout ce qui arrive ». La centenaire est d’ailleurs d’avis que « Navin Ramgoolam nous aime beaucoup, nous les seniors ! Il nous gâte bien… » Elle évoque, dans le même souffle, son immense admiration pour sir Gaëtan Duval. D’ailleurs, le samedi er mars, lors de la fête d’anniversaire donnée en son honneur, Elianne Alexis a « surtout été très contente de rencontrer le fils de sir Gaëtan. Elle le lui a dit, quand il est venu l’embrasser pour lui souhaiter bon anniversaire ! » Le ministre Xavier-Luc Duval était en effet présent à la fête.
Revenant sur les drames et tragédies qui font la Une quasiment tous les jours, Elianne Alexis trouve que « de mon temps, les gens avaient certainement plus de respect les uns envers les autres. Même s’il y avait des sentiments de colère et des différends, ce n’est pas pour autant que l’on prenait des vies aussi facilement. C’est triste que les choses en soient arrivées là… »
Elianne Alexis, originaire de Rose-Hill, issue de l’union d’une tamoule et d’un catholique, a un frère, Raoul, le père de Rose-Marie Lamarque. Elle est allée à l’école jusqu’à la petite bourse et a fréquenté l’école RCA de Belle-Rose. Ensuite, elle a pris de l’emploi dans une école maternelle, mais cela n’a pas duré longtemps. « Notre tante ne fait pas son âge », explique encore Rose-Marie Lamarque. « Pour ses 100 ans, ce petit bout de femme qui a un caractère bien trempé est encore très lucide et loquace. Elle se fait aider un petit peu quand elle doit se déplacer. Mais autrement, elle est toujours très active et débrouillarde ».
Petite anecdote sur ce point : « Quand le ministre Duval est entré dans la salle où se tenait la fête, il a demandé “mais où est la centenaire ?” Quand on lui a désigné ma tante, qui était assise, il a été très surpris ! » En effet, Elianne Alexis ne fait pas son âge : encore très lucide et active, « elle se fait un devoir de se faire faire les cheveux régulièrement ». La nièce de la centenaire souligne qu’« elle est toujours très coquette. Il ne faut pas croire qu’elle va sortir ou se présenter devant des invités si elle n’a pas eu le temps de bien soigner sa présentation ». Tant et si bien que, ce samedi 1er mars, quand Xavier-Luc Duval s’est tourné vers Elianne Alexis, il s’est écrié : « Mais c’est une dame de 75 ans ! »
Épargnée par la vie
Rose-Marie Lamarque attribue « la longévité de ma tante au fait qu’elle est restée une femme célibataire. Elle n’a pas connu les difficultés d’une femme mariée, à s’occuper de son mari, ses enfants, faire marcher la maison, la cuisine, faire la lessive, tout ça… La vie lui a épargné toutes ces difficultés. Je pense que puisqu’elle n’a pas connu tout ces soucis, eh bien, ça l’a rudement bien conservée ! »
Dévoreuse de livres depuis sa jeunesse — « elle adore tout ce qui est lecture, romans, autobiographies… », Elianne Alexis est aussi une fervente supportrice de l’équipe de foot Liverpool. « Comme toute la famille, souligne Rose-Marie. Quand il y a un match à la télé, elle est à nos côtés pour regarder et elle passe des commentaires pour critiquer le jeu ! » Son joueur préféré : Steven Gerrard. « Mais elle a aussi un petit faible pour Suarez, note sa nièce. Elle dit toujours qu’il joue bien… »
Elianne Alexis a été gouvernante auprès de la famille Esther, où la mère est Mauricienne, et le père Anglais. « Elle a passé au moins une vingtaine d’années au service de cette famille. D’ailleurs, c’est quand ils sont repartis pour l’Angleterre, au début des années 90, et alors que mon fils, Frédéric, allait naître, qu’on l’a recueillie chez nous ». Elianne Alexis allait se retrouver seule et Rose-Marie Lamarque ne souhaitait pas cela. Pour ses 100 ans, « les membres de la famille Esther ont fait le déplacement. Ma tante a surtout aimé le fait que Rachel, la benjamine de la famille, dont elle s’était exclusivement occupée et que la famille même trouvait qu’elle était plus qu’une mère pour elle, soit venue à la fête ! »
Mais Elianne Alexis « n’aime pas beaucoup évoquer son passé. Peut-être parce que sa mère a été longtemps malade… Cependant, elle adore être en famille, entourée des siens ». Son frère Raoul a d’ailleurs quatre fils et une fille : Claude, Gaëtan, Serge, Michel et Rose-Marie. C’est à leurs côtés qu’elle passe le plus clair de son temps. « Elle a un dernier souhait, conclut la dernière citée. C’est de voir Alexandra, sa première petite-fille, faire sa première communion… »