Pointe-aux-Sables, la mal aimée, la cocufiée. Celle qui a pourtant juré fidélité depuis plus de trente ans à un seul parti se sent aujourd’hui lâchée par ses élus alors que  lui pendouille sur la tête, cette épée de Damoclès que représente la CT Power. Comme la candide épouse attendant le retour glorieux de son infidèle mari parti ailleurs se rôtir le balai, ses habitants espèrent une réapparition fulgurante de leurs députés, glaive à la main, pour défendre avec zèle cet héritage qu’ils tiennent tant à léguer à leurs générations futures : le droit à un air sain. Qu’on ne vienne surtout pas nous faire avaler la grosse et gluante couleuvre du « state of the art technology » de cette centrale : nous avons déjà fait l’expérience avec la station de traitement des eaux usées de Montagne Jacquot. Il y a des jours où les habitants de Petit Verger, de Kensington et de Morcellement Rey n’arrivent même pas à prendre leur petit-déjeuner tellement l’air est pestilentiel.  
Ces députés semblent ignorer qu’ils nous doivent leurs salaires, leurs futures pensions et les innombrables avantages qui les accompagnent. Ils oublient qu’ils sont venus devant nos maisons quémander nos votes; ils ont, devant nous, vitupéré contre ceux qui, selon leurs dires, n’avaient pas de parole. Ils nous avaient presque promis de répandre leur sang, si besoin était, pour nous garantir la meilleure des vies. Ils avaient la gouaille facile et le bagou tendre. Bref, tout pour nous séduire. Cette écume qui se dégageait des commissures de leurs lèvres lorsqu’ils haranguaient les foules nous avait donné d’eux l’image de ces valeureux et chevaleresques gladiateurs. Aujourd’hui, et ce, jusqu’aux prochaines élections, ils ne sont même pas un radiateur qui pourrait, un tant soit peu, nous réchauffer le temps d’une froide nuit.  
Pour être honnête, les habitants de Pointe-aux-Sables et d’Albion (amis du même danger) ne sont pas complètement abandonnés dans leur lutte.  Il y a des âmes vaillantes dévouées à leur cause. Nous avons le soutien d’experts comme l’océanographe Vassen Kauppaymuthoo, le Docteur Khalil Elahee, Zaheer Allam etc. Nous avons aussi les infatigables Georges Brelu-Brelu, André Guillot, Fabiani Balisson, et encore beaucoup d’autres qui ne s’épargnent aucun mal pour appuyer notre combat. Peu importe l’issue, nous leur devrons toujours une fière chandelle.  Au fait, il ne manque que la voix de nos députés qui, nous le pensons, aurait eu un retentissement considérable. Mais, hélas ! cette voix, ils la gardent au frais pour, le moment venu, défendre leur députation  au prétoire de notre naïveté.
Dieu sait pourtant si la population de Pointe-aux-Sables n’a jamais été exigeante envers ses élus. Ses rues sont mal entretenues, ses terrains vagues deviennent des repaires pour délinquants en manque de distractions. De facilités sportives ou récréatives, n’en parlons pas : nous avons au mois un siècle de retard. Cependant, nous ne sommes pas jaloux, mais là, pas jaloux du tout, du développement des villages qui ont de vrais députés. Nous sommes des pense-petit, nous nous contentons de peu. En silence et dans une presque clandestinité, nous mangeons notre pain noir, aussi noir que le charbon de CT Power.