Dans le cadre de la Fête de la Musique, célébrée dans le monde entier le 21 juin, le groupe Abaim a tenu à marquer l’événement cette année avec une exposition. Photos à l’appui, celle-ci, abritée par le centre à Maingard (Beau-Bassin), illustre le procédé original de la réalisation d’une ravane. Les images sont signées de l’Américaine Diana Heise, prof de beaux arts.
« Notre démarche s’inscrit dans le souci de préserver la mémoire et de conserver intacte la tradition d’origine de la fabrication de la ravane, qui est un instrument important dans notre paysage musical local », explique Alain Muneean, l’un des responsables du groupe Abaim. La fabrication de la ravane, de nos jours, est « totalement différente de la manière dont procédaient nos aînés », rappelle M. Muneean. Il continue : « De nos jours, la ravane est un instrument aseptisé. D’apparence propre et tout de blanc. L’instrument est fabriqué à partir de bois en contre-plaqué (plywood)… Ce n’est que du vernis. Mais si on se souvient bien, la ravane d’origine n’a rien de cela. » D’où le thème de l’exposition du groupe Abaim pour 2012.
En plusieurs images, fixées sur pellicules par l’Américaine Diana Heise, prof en beaux-arts, l’exposition retrace les différentes étapes menant à la réalisation d’une ravane dans le sens traditionnel. « Autrefois, on utilisait un bois très léger, en l’occurrence le ‘pye lakol’, comme on le désigne en créole; soit l’arbre de colle à gomme. Ce bois était choisi en fonction de ses qualités de flexibilité. Comme quoi nos aînés étaient très observateurs et avaient une bonne raison d’opter pour ce bois », relate A. Muneean.
Les membres du groupe sont ainsi allés à la recherche d’un « pye lakol » pour démarrer leur projet. « On a réalisé le cercle destiné à abriter la peau qui sera tendue pour accueillir la ravane », dit encore A. Muneean. S’agissant de la peau justement, relève notre interlocuteur, « il faut savoir qu’autrefois, ceux qui fabriquaient une ravane ne se contentaient pas d’acheter la peau directement chez le boucher, ils la mettaient à tremper une nuit dans de la chaux, comme aujourd’hui ». Pour être conforme à la méthode antique, les membres d’Abaim ont suivi les mêmes étapes : « D’abord, il faut passer de la cendre sur le côté, où il y a encore des résidus de chair, explique A. Muneean. Puis on met cette peau à sécher pendant quatre à cinq jours, accrochée à un arbre. On la descend ensuite et on gratte la peau, toujours selon la technique ancienne, c’est-à-dire muni de cendres et d’un ‘poukni’ (instrument utilisé pour faire monter le feu dans un foyer à base de charbon). Ensuite seulement on nettoie la peau. Il convient de faire ressortir qu’aucun élément chimique n’est utilisé, ici. »
Afin de « coller » la peau au bois, « nul besoin de clous, comme ils le font maintenant », rappelle A. Muneean. Eux ont opté pour « les grains de tamarin » que l’on met à tremper et que l’on écrase. « On y ajoute un peu de ‘poudre cange’, qui n’est autre que de la farine de manioc. Cela devient comme une colle dont l’on enduit la peau avant de la fixer au bois. C’est comme cela qu’ils faisaient autrefois. »
« Nous avons tenu à montrer méthodiquement les étapes de fabrication d’une ravane parce que ce procédé constitue une part de notre mémoire collective. Il est très important que les gens sachent comment on procédait à l’origine. Nous sommes convaincus que nombre de Mauriciens seront ravis de découvrir ces secrets de fabrication ! » explique A. Muneean.
Toujours dans sa philosophie de préservation et de dissémination de la connaissance, le groupe Abaim a tenu à maintenir l’exposition ouverte pour encore quelques jours. Du lundi au samedi, le centre d’Abaim, situé rue Maingard, à Beau-Bassin, présente cette exposition au public de 9 h à 15 h 30.
Si le groupe Abaim continue ses recherches et projets autour de la ravane, en revanche, l’album qui se constituera de morceaux de ségas typiques ne sera pas pour cette année. « Nous avons une autre priorité pour octobre, soutient Alain Muneean. De ce fait, cet album, même si nous avons beaucoup avancé avec le projet, ne sera présenté que durant le premier trimestre 2013. »