« The low hanging fruit picking days are over », a déclaré hier matin Percy Mistry, président d’Oxford International Consultants (Mauritius) Ltd, lors de la présentation du rapport rédigé par son cabinet sur la compétitivité internationale du centre financier mauricien. Rapport qui présente une feuille de route avec une série de recommandations touchant les divers segments du secteur des services financiers. Estimant qu’il faut ajouter plus de substances et de valeurs au centre financier pour qu’il puisse faire face à la concurrence étrangère, M. Mistry préconise un régime fiscal unifié pour les opérations au plan domestique ainsi qu’au niveau du Global Business.
La rédaction du rapport « Building Mauritius as a Competitive International Financial Centre : A Roadmap for the Mauritian Financial Services Industry » fait suite à la tenue, il y a environ 15 mois, d’un symposium sur la compétitivité du centre financier mauricien et qui avait débouché sur la préparation d’un plan d’action dont les mesures préconisées sont en train d’être mises en pratique. Le rapport préparé par Oxford Consultants (Mauritius) Ltd présente une feuille de route avec des propositions visant à donner plus de profondeur et à dynamiser l’activité au sein des divers sous-secteurs tels le private banking et la gestion de patrimoines, la gestion d’actifs, l’industrie de l’assurance et de la réassurance, les services fiscaux offerts aux sociétés étrangères s’implantant dans le sous-secteur du Global Business, le marché des capitaux dont la Bourse des valeurs, et la création d’institutions spécialisées telles les banques d’investissement et celles tournées vers le financement de projets de fusion/acquisition ou de partenariat public/privé.
Percy Mistry est d’avis que le moment est venu d’élaborer des feuilles de route pour chacun de ces segments d’activités avec des objectifs précis. Le temps presse, a-t-il fait comprendre car la compétition devient de plus en plus dure. Cependant, il faudrait que les autorités et opérateurs économiques mauriciens établissent clairement de quels types de substance et de valeurs ils veulent doter le centre financier. Il faut également, poursuit-il, savoir quels sont les clients et marchés que le pays veut cibler et quels sont les produits et services spécifiques qui doivent être développés. « Si vous restez focalisés sur vos objectifs, les obstacles qui se dresseront sur votre chemin seront aplanis », affirme Percy Mistry. Pour ce dernier, il est temps pour Maurice de se doter d’un régime fiscal unifié pour les activités tournées vers le marché domestique et celles touchant le Global Business. « Il faut un régime simplifié avec un taux d’imposition uniforme de 15 % avec un escompte sur les revenus provenant des services à l’exportation ». Ce régime simplifié aidera à la création de plus d’activités de substance dans notre centre financier et évitera à Maurice d’être “blacklisted” à l’avenir par les autorités fiscales étrangères. Percy Mistry est d’opinion qu’en matière de réglementation du secteur des services financiers, Maurice peut s’enorgueillir d’avoir des textes de qualité.
Synergies
Parlant de l’importance des structures institutionnelles pour le centre financier mauricien, Percy Mistry a regretté l’absence de grands noms dans le domaine de l’investment banking, ce qui aurait donné un coup de pouce au marché des capitaux. Les banques d’investissement en Afrique du Sud, fait-il ressortir, sont grandement impliquées dans le financement de projets sur le continent africain. « Il est souhaitable que les acteurs dans les divers segments, que ce soit le secteur bancaire, l’industrie de l’assurance ou le marché des capitaux, se concertent et développent des synergies ». Et d’exhorter les opérateurs du secteur des services financiers à s’engager davantage avec des opérateurs asiatiques, indiens et chinois en particulier, sans pour autant négliger l’Amérique Latine dont le Brésil. Il dit soutenir la stratégie africaine de Maurice mais observe que, dans le domaine de l’assurance, il y a un bon bout de chemin à faire. « Le marché de l’assurance en Afrique ressemble à ceux de la Chine et de l’Inde au début du 21e siècle. Ce marché génère des primes de l’ordre de 700 milliards de dollars. Réalisez ce que cela rapporterait à Maurice si vos sociétés d’assurance pouvaient attirer ne serait-ce qu’un petit pourcentage de ces primes ».
Passant en revue les recommandations sous chacun des sous-secteurs d’activités, se référant au private banking et à la gestion de patrimoines, Percy Mistry a proposé aux opérateurs de cibler d’abord la clientèle (et les pays d’origine) et de développer en conséquence tout un éventail de produits/services adaptés à leurs besoins. Il pense qu’il y a une diaspora de non-résidents indiens à travers le monde que les opérateurs mauriciens pourraient attirer. Il suggère, par ailleurs, aux opérateurs mauriciens de conclure des alliances stratégiques avec des spécialistes en la matière au plan international et de réfléchir sur l’intégration du private banking aux activités touchant l’immobilier.
S’agissant de la gestion d’actifs, les propositions portent sur l’identification des opportunités de croissance dans ce domaine et la mise en place d’un système de back office très pointu. Maurice, selon Percy Mistry, a des efforts à faire pour attirer les Global Pension Funds qui consacrent normalement une partie de leurs portefeuilles à l’investissement dans les marchés émergents dont ceux d’Afrique. Il estime également que les sociétés mauriciennes doivent se donner les moyens pour assurer la gestion des fonds de pension des entreprises.
Grosses boîtes
« Je ne m’explique pas pourquoi le National Pension Fund doit avoir recours à des services étrangers pour gérer une partie de ses investissements internationaux », affirme Percy Mistry. Il se demande également pourquoi de grosses boîtes en matière de gestion d’actifs, telles J.P. Morgan, Fidelity ou Templeton, n’ont pas ouvert de bureaux à Maurice pour gérer leurs investissements en Afrique. Il a, par ailleurs, demandé aux opérateurs locaux de considérer l’opportunité de gérer les actifs des clients très fortunés dont ceux d’Afrique.
Parlant du secteur de l’assurance, Percy Mistry a fait ressortir que l’Afrique est un grand marché qu’il faut absolument explorer. Répondant à une question de Kris Lutchmeenaraidoo du groupe Mauritius Union et président de l’Association des Assureurs, concernant les difficultés d’implantation en raison des lois domestiques parfois protectionnistes des pays africains, il a souligné qu’on peut envisager la création de filiales dans ces pays en partenariat avec des opérateurs locaux. Les recommandations contenues dans le rapport pour la croissance du secteur concernent, par ailleurs, le développement de produits spécifiques, de produits dérivés et l’aplanissement des obstacles régulatoires affectant les services.
Évoquant, par ailleurs, le développement du marché des capitaux, Percy Mistry suggère que les autorités et la Stock Exchange of Mauritius travaillent de concert pour la formulation d’une stratégie claire. Il pense que le marché est trop focalisé sur les opérations domestiques et n’est pas ouvert à l’international. Tout en notant les efforts de la SEM, il estime que la Bourse des valeurs a la capacité d’attirer des sociétés africaines. La possibilité d’alliances entre la Bourse de Maurice et celles de pays africains doit être étudiée, dit-il. Percy Mistry est également d’avis qu’il faut dynamiser le marché obligataire ainsi qu’un marché secondaire pour les bons ou obligations d’État.
Sous le chapitre des fusions/acquisitions, Percy Mistry considère que le financement de ce type d’activités n’a pas connu de développement réel à Maurice, cela alors que les opportunités en Afrique sont considérables, les transactions se comptant en dizaines de milliards de dollars. Pour lui, il est possible d’envisager une percée à ce niveau à condition que Maurice attire des banques d’investissement et des “specialised corporate finance boutiques”.