OpenMind, service d’aide psychologique déjà connu pour ses thérapies dédiées aux enfants, adolescents et adultes atteints de troubles psychologiques, développe cette année une nouvelle approche : l’entrepreneuriat social. Le but étant de redonner un emploi à ces personnes mises à l’écart sur le marché du travail. Ainsi, en février prochain s’ouvrira au siège du centre OpenMind, à Quatre-Bornes, une boutique solidaire qui sera gérée par les bénéficiaires eux-mêmes, et où ils mettront en vente leurs propres créations.
OpenMind base son action de service d’aide psychologique sur l’art-thérapie, dont le principe est de se servir de la création artistique (peinture, théâtre, danse, sculpture) pour pénétrer les problématiques inconscientes de l’individu et le conduire à une transformation positive de lui-même. À partir de ces divers procédés artistiques, une personne peut exprimer ce qu’elle vit et ce qu’elle ressent. Des pensées, des émotions, des difficultés personnelles et interpersonnelles, des souvenirs, des expériences de son vécu quotidien peuvent ainsi trouver une expression visuelle.
Ainsi, par des ateliers dédiés à la peinture, au macramé, à la vaisselle décorative ou à la sculpture, le centre donne au patient la possibilité de sortir de sa bulle, de s’exprimer et de ne plus se murer dans le silence et l’isolement. Cette thérapie est utilisée pour que les bénéficiaires exercent leur créativité, améliorent leur estime de soi, et accroissent également leur autonomie. Cette année, le centre a décidé de miser sur l’art pour que les bénéficiaires puissent retrouver un emploi. « À OpenMind, l’année 2013 est placée sous le thème « Le droit au travail pour tous » », nous explique Marylène François, la fondatrice du centre. « L’employabilité sera un résultat enfin tangible car l’allègement de la détresse psychologique n’est pas démontrable, car nous touchons là une sphère intime de la personne, couverte par la confidentialité médicale. Les personnes atteintes de disabilities psychologiques ne peuvent pas travailler dans un cadre défini en entreprise. Mais elles ont des abilities. Leur état psychologique s’améliore grâce à l’art-thérapie, mais la reconquête de son estime de soi est impossible sans une activité professionnelle. Se sentir utile, réduire l’état de précarité de sa famille en ramenant un salaire à la maison, faisant fi de l’assistanat, ils ou elles vont aussi travailler en sus de leur charge thérapeutique », plaide-t-elle.
En décembre dernier, les bénéficiaires ont ainsi reçu leur premier « salaire ». « Lors de nos brocantes organisées pour la collecte de fonds, les créations des bénéficiaires étaient admirées et achetées. D’où le projet d’employabilité pour mettre en vente leurs produits uniques et faits à la main dans la boutique solidaire. Les recettes constitueront leur enveloppe salariale », explique Marylène François.
Pinceaux, peinture, argile, tissus… Avec l’aide d’outils et de supports différents, les bénéficiaires du centre apprennent les rudiments de l’artisanat. Ces artisans en herbe ont un point commun : les troubles psychologiques. « Nous accueillons des personnes en souffrance psychologique : dépression, anxiété, bipolarité, schizophrénie. Parfois ces troubles deviennent tellement paralysants que ces personnes n’arrivent pas à se tailler une place sur le marché du travail », nous dit Damien Fabre, neuropsychologue et psychologue clinicien du centre. Dans la chaîne thérapeutique, l’un des maillons indispensables est de promouvoir l’intégration sociale et la réintégration professionnelle de ces personnes atteintes de troubles psychologiques ou psychiques invalidants. « Notre but est de ne pas les garder mais de les faire sortir du centre afin qu’ils retentent leur chance dans leur vie professionnelle », soutient-il.
Pour Marylène François, « les thérapies centrées sur la créativité, voire sur la productivité, sont nécessaires pour l’autonomie, l’estime de soi, la prise de confiance en soi ». « L’apprentissage d’un métier d’art peut être le moyen efficace pour la réhabilitation sociale. La production artistique par des ateliers créatifs procure la satisfaction d’un travail accompli et aide à l’épanouissement et au développement personnel du bénéficiaire. C’est ainsi que les créations des bénéficiaires en session d’art-thérapie sont mises en vente lors des brocantes et, récemment, au Marché de Noël au Caudan. Un programme d’art-thérapie portant des résultats si positifs, et dont l’impact sur les bénéficiaires a pu être mesuré tant par le neuropsychologue du Centre OpenMind que par les parents, que cela a débouché sur un autre programme, celui de l’entrepreneuriat social et l’employabilité. En février s’ouvrira la boutique solidaire qui sera gérée par les bénéficiaires et qui mettront en vente leurs créations. »
L’hortithérapie, ou se soigner par le jardinage
En plus de la boutique solidaire, le mois de février verra aussi la création d’un jardin à Ébène, le centre de Quatre-Bornes ne possédant pas d’espace vert. En effet, grâce à l’appui d’un bénévole, un jardin sera mis à la disposition des bénéficiaires pour des activités hortithérapeutiques pour une durée de cinq ans.
L’hortithérapie est un moyen de venir en aide aux personnes en difficulté psychologique, en utilisant l’horticulture comme médium de travail. Un moyen de permettre à ces personnes de participer à leur propre guérison. Le jardin sera écologique, ce qui signifie qu’il n’y aura pas d’utilisation de produits nocifs pour la santé tels que pesticides, herbicides ou insecticides.
À travers des ateliers de jardinage simple et d’activités annexes – compostage, taille, mélange de terreau adapté –, les bénéficiaires apprendront en douceur à maîtriser le processus naturel du développement de son milieu vert. Ravi Heerooa, travailleur social, explique : « En apprenant à s’occuper des plantes, ces personnes apprennent aussi à s’occuper des autres, mais aussi d’eux-mêmes. Un lien très fort se crée entre la plante et le sujet. Cette thérapie permet aussi de travailler collectivement, ce qui permet un renforcement des liens. L’acte de jardiner est grandement thérapeutique. Les découvrir, les voir grandir, les cultiver. Regarder une plante pousser permet de prendre conscience du temps qui passe et du monde qui nous entoure. Cela donne du sens à la vie, aide à développer l’estime de soi, la confiance en soi, un sentiment d’autonomie, d’accomplissement et de fierté. »
L’atelier d’hortithérapie à travers l’agriculture bio est financé par l’UNDP/GEF-SGP et le DCP-EU, et l’encadrement technique sera assuré par FORENA pour la certification bio.