L’ouverture de Grand-Baie La Croisette le 31 octobre viendra allonger la longue liste des complexes commerciaux qui ont ouvert leurs portes ces dernières années à Maurice. Ces centres commerciaux, dont la construction a nécessité des dizaines de millions, voire même plusieurs milliards de roupies, ne semblent toutefois pas atteindre leurs objectifs. Une virée dans les malls les plus réputés de l’île nous mène à la conclusion que la rentabilité n’est pas au rendez-vous, bien que certains sites soient très fréquentés.
Un parking quasi désert, des couloirs peu fréquentés, un food-court en mode repos. À 16h, ce jeudi, pas grand monde au Cascavelle Shopping Village. Pas un client dans les magasins, et les employés en profitent pour faire du rangement. L’une d’entre elle explique que c’est tous les jours ainsi. Depuis le début de la semaine, confie-t-elle, elle n’a vendu qu’un seul article, pourtant elle travaille dans une boutique réputée. “À peine si les gens viennent au magasin. La plupart font un détour par le complexe pour faire des achats au supermarché. Sinon c’est mort ici”, raconte-t-elle. Idem au food-court du centre commercial. Le lieu est inoccupé depuis plusieurs heures, confie une employée : “La veille, nous n’avons eu qu’une commande durant toute la journée”.
Ventes.
À Bagatelle Mall, le lendemain, aux alentours de 14h, on dénombre quelques centaines de visiteurs. Shamina, qui travaille dans une bijouterie depuis l’ouverture du centre commercial, raconte qu’elle n’a fait aucune vente ces dernières semaines. Ce qui n’était pas le cas les premiers mois suivant l’ouverture de Bagatelle à la fin de l’année dernière. “Les bijoux se vendaient comme des petits pains. Les clients nous visitaient tous les jours, à toutes les heures. Alors qu’aujourd’hui, même si le complexe est bondé durant le week-end ou les fins de mois, cela n’augmente pas nos ventes” , explique-t-elle. Selon Shamina, le Bagatelle Mall est un lieu où de nombreux Mauriciens viennent pour se promener ou se divertir pendant le week-end. “La majorité n’est pas là pour acheter”, dit-elle.
Lèche-vitrines.
Rencontrée sur les lieux, une passante confie qu’elle se rend au mall tous les week-ends en compagnie de sa famille. Ce jour-là elle y était pour un déjeuner de travail. “C’est pour faire du Lèche-vitrines ou pour manger un morceau avec les enfants que je viens ici. Une occasion pour nous de faire une sortie en famille.”  Comme cette dernière, nombreux sont les visiteurs à se rendre en ces lieux pour se détendre et profiter de la diversité des plats offerts dans le food-court. Vendeuse dans un fast-food à Bagatelle, Sabrina raconte que “ça bouge à toute heure ici. Les cuisiniers ont toujours du pain sur la planche”. Ce qui fait que ses collègues et elle n’ont pas de moment de répit. Mais pour les employés d’un restaurant de Cascavelle, la situation est totalement différente. Ces derniers ne cachent pas leur lassitude face aux longues heures de désoeuvrement. “On s’ennuie à mourir à force de ne pas avoir de clients et de ne pas avoir de travail. Nous préférerions être débordés que nous asseoir à nous tourner les pouces”, explique Kitty. Elle est soutenue par Ashvin, le responsable du restaurant, qui trouve qu’“ il y a plus d’activité au centre commercial d’Ébène, où j’ai travaillé pendant toute une année”. Il avance que c’est uniquement à l’heure du déjeuner, quand ceux qui travaillent dans les environs passent rapidement pour prendre de quoi manger, qu’ils peuvent espérer accueillir quelques clients. Ou encore quand des tour-opérateurs organisent des visites guidées pour les touristes au Cascavelle Shopping Village.
Réticents.
Les touristes sont considérés comme des acheteurs potentiels dans les magasins des centres commerciaux. Vendeuse dans une boutique spécialisée autrefois dans la vente d’ustensiles de cuisine en inox au Jumbo Phoenix Commercial Center, Priya confie que le magasin a depuis peu étendu sa gamme de produits. Des bijoux artisanaux et des vêtements sont désormais proposés dans le but d’attirer les étrangers en vacances à Maurice. “Une stratégie qui marchait fort bien à un moment donné mais qui ne semble plus fonctionner. Depuis la réouverture du complexe, la vente a baissé et les visiteurs se font de plus en plus rares. Mêmes les fidèles clients du magasin ne viennent plus.” Priya, qui est également responsable de la boutique, explique qu’une telle situation n’encourage pas les propriétaires des lieux à ouvrir d’autres boutiques. Il en est de même du côté des propriétaires de la bijouterie où travaille Shamina. Selon cette dernière, ils se montrent très réticents à l’idée de lancer une nouvelle bijouterie, de peur qu’ils fassent faillite. Depuis la fermeture d’une grande partie des boutiques à Phoenix Les Halles, les propriétaires des magasins réfléchissent à deux fois avant d’investir dans de tels projets. “Ça ne leur donne pas vraiment envie de placer un gros capital dans une affaire qui risque d’être un échec. Ils sont très vigilants” , avancent Priya et Shamina.
Attractions.
Depuis trois ans qu’elle est au magasin à Phoenix, Priya a pu constater que seuls le food-court et le supermarché reçoivent des clients à longueur de journée. De même à Bagatelle et au Trianon Shopping Park, où Patricia et Shalini exercent comme caissières. “Il n’y a pas une minute où le supermarché est vide. Les caisses travaillent sans arrêt”, raconte Patricia, qui constate que le supermarché est l’une des principales attractions du mall. À cause des grosses foules, par moments, elles sont obligées de repousser leur heure de pause. “Mes copines qui sont dans des magasins n’ont pas autant de travail que moi”, confie la jeune femme.
Les centres commerciaux poussent comme des champignons dans les quatre coins de l’île. Il reste que ces investissements ne fleurissent pas et n’atteignent pas complètement leurs objectifs.