Le Certificate in Peace and Interfaith Studies est un cours à temps partiel, étalé sur deux ans, qui est dispensé par l’Université de Maurice (UoM) en collaboration avec le Conseil des Religions. Une deuxième promotion d’étudiants vient cette année de terminer le programme. Pour Azhagan Chenganna, chargé de cours en médias et communication et par ailleurs coordinateur du cours, « c’est un programme très original et pionnier, fondé sur la pédagogie de la compréhension de l’autre ». À noter que le cours bénéficiera désormais de la collaboration de l’Université de Saint Thomas (États-Unis). Les applications pour la nouvelle année sont ouvertes jusqu’à juillet 2016.
« Le cours comprend l’histoire des religions à Maurice, son évolution et sa compréhension de l’époque contemporaine. Il permet l’étude de l’articulation des différences et en même temps de ce qui constitue le modèle du vivre ensemble à travers le module “Peace and conflict resolution” et les site visits. À travers cette formation, les étudiants ont l’occasion de briser les barrières et sont mieux armés pour combattre les préjugés. Donc, les prémices de la compréhension de l’autre sont jetées. On a la possibilité de créer des conditions d’un dialogue interreligieux et donc de travailler à la promotion de la paix à Maurice », explique Azhagan Chenganna. Selon lui, les étudiants sont appelés à « créer une éthique personnelle, à vivre la diversité dans l’unité ». De manière générale, poursuit-il, une personne formée par ce programme devient comme un ambassadeur de paix et de justice sociale dans le contexte mauricien, au sein duquel existent des problèmes de dialogue, d’incompréhension de l’autre. « Il y a nécessité d’éduquer les jeunes par rapport à ce phénomène », souligne le coordinateur du cours.
N’est-on pas tenté de croire qu’il soit naturel pour les Mauriciens d’interagir aisément avec les diverses cultures ? « Oui, mais de temps à autre, l’on se rend compte qu’il y a des événements comme les derniers gestes d’intimidation visant l’ambassade de France, qui nous rappellent l’urgence d’une pédagogie de la compréhension », affirme Azhagan Chenganna. Selon lui, il y a eu un vif intérêt de la part des étudiants pour ce programme. « Ils avaient envie de mieux comprendre la société dans laquelle ils vivent et en même temps être des agents du changement », relate-t-il.
Pour Leilam Lallmahomed, étudiante de la deuxième promotion, les deux années d’études à temps partiel sur les religions du monde et le dialogue interreligieux ont été « une réelle découverte non seulement par rapport aux rites, rituels et autres pratiques des diverses croyances, mais aussi leurs valeurs communes qui sont primordiales pour la sauvegarde de la stabilité et l’harmonie sociale ». Avoir côtoyé dans le cadre de ce programme interreligieux des camarades de classe de différentes traditions religieuses « a été d’une grande aide pour une meilleure pénétration dans les diverses croyances et pratiques ». Les visites des lieux de culte ont également aidé, selon elle, à approfondir ses connaissances. Suivre un tel cours, ajoute Leilam Lallmahomed, permet à l’étudiant d’en savoir plus sur les religions, notamment les facteurs de divergence et de convergence d’une part et d’autre part, la manière dont elles influencent le développement social, économique et politique du pays.
Hurryram Shewraj a lui profité de ses heures libres en tant que retraité pour suivre ce cours. « Cela a été formidable ! Le premier cours que j’ai suivi à l’UoM était l’occupational health and safety et remonte à 1988. Ensuite, j’ai décroché un diploma en management et en public administration. J’ai été infirmier et directeur des soins infirmiers au ministère de la Santé. En 2013, j’ai pris ma retraite. Pour meubler mon temps, je me suis engagé au niveau social : Lions club, Association Alzheimer, etc. Ce cours en “Peace and Interfaith Studies” m’a été proposé en 2014. C’était tout à fait nouveau pour moi. Je suis hindou. J’ai côtoyé comme tout Mauricien les diverses religions de l’île, mais je ne connaissais pas pour autant l’origine des pratiques religieuses. Nous pouvons avoir un voisin baha’i sans connaître la manière dont il vit sa foi. Nous pouvons avoir un ami musulman sans savoir que le zaakat est un pourcentage de ses biens qu’il est appelé à céder aux pauvres. Ou encore qu’il existe plusieurs courants au sein du bouddhisme. Cela m’a fait prendre conscience de la panoplie de personnes aux croyances diverses vivent sur cette terre. Au terme de ce programme, ma manière d’appréhender le monde a changé. On est plus motivé à oeuvrer en faveur de la paix ».
Quant au module “Immersion dans une religion autre que la vôtre”, Hurryram Shewraj dit l’avoir trouvé très intéressant. « J’ai suivi le baha’isme durant plus d’une année et j’ai été amené à découvrir les pratiques religieuses, la vision du monde de ses membres. C’était unique. Les baha’is se focalisent beaucoup sur l’unité de l’humanité. Tout comme les musulmans, ils sont appelés à offrir un pourcentage de leurs biens aux plus démunis. Il existe aussi cette joie de vivre chez les Baha’is ».
De son côté, Madhun Bundhoo dit avoir retenu l’importance du dialogue interreligieux pour la cohésion nationale. Le côtoiement et le partage avec les diverses croyances lui ont inspiré « le respect et l’amour des autres. Nous avons partagé des gâteaux en diverses occasions : Divali, Eid-ul-Fitr, Assomption et avons partagé un repas avec les membres de foi baha’ie ». Il se réjouit du fait d’avoir eu l’occasion de visiter une mosquée, une église, une pagode, le Thabor et le Baha’i Convention Centre. Dans le cadre du module “Immersion in a religious belief other than yours”, « j’ai eu l’occasion d’assister à un Nikah (mariage religieux chez les musulmans) et j’ai pu en savoir plus sur les rites y relatifs ».
Pour rappel, ceux intéressés à s’inscrire à ce cours peuvent le faire jusqu’en juillet prochain en écrivant à religionsmru@gmail.com ou en appelant au 210 35 31.