Quelles que soient les raisons qui ont poussé le ministre et porte-parole du gouvernement Lepep Etienne Sinatambou à faire sa déclaration « biskwi delo », qui a volé en large partie la vedette à Berguitta, il est tout simplement impardonnable ! Inacceptable. Indigne d’un ministre, d’un être humain tout court.

Après son fameux « Mo kit mo fami, mo pe al pran traka dimounn. Mwa mo pansé dimounn-la si li pa aprésié mo déranzé mo vinn get li, sé domaz pou li » l’an dernier, en pleine polémique de délogement des habitants de Résidence Kennedy se trouvant sur le tracé du Metro Express, on ne s’attendait pas du tout à ce qu’il remette ça ! Et pourtant, il a récidivé ! « Ziska la fin cyclone ou bizin manz biscuit boire delo ! » Et de complémenter qu’il ne fallait surtout pas s’attendre à avoir des « matla Kalachand » !

Peut-on faire mieux ? Quand on dispose des éléments précieux tels que Showkutally Soodhun et Ravi Rutnah dans son gouvernement, et dont on n’oubliera pas de sitôt les « perles », alors, on peut faire mieux ! Nettement mieux que de débiter des paroles blessantes, destinées à des gens déjà à genoux, comme l’a souligné le vicaire général, Jean-Maurice Labour. Ces mères de famille déjà accablées de voir leurs effets personnels être emportés par les eaux déchaînées de Berguitta ne méritaient pas le mépris de Sinatambou. Ces pères de famille modestes qui triment sous un soleil de plomb pour que leurs gosses aient quelque chose dans leur assiette avant d’aller dormir ou de se rendre à l’école non plus. Alors, pourquoi tant de mépris ?

Le ministre de la Sécu et de l’Environnement visait probablement un groupe de squatters, désignés par certains habitants de Tranquebar comme des « infiltrés », étant proches du régime Ramgoolam, et qui feraient « la pluie et le beau temps » dans cette région, au détriment des ceux qui seraient les « véritables nécessiteux ». N’empêche. Rien ne peut excuser le ratage de Sinatambou. Parce qu’il a totalement manqué de respect à des êtres humains. Qui qu’ils soient.

Il est facile de tirer à boulets rouges sur un député, voire ministre, et lauréat de la nation mauricienne qui dérape de façon aussi lamentable que Sinatambou l’a fait ! Mais qui va le sanctionner ?

Personne. Pravind Jugnauth, pour des raisons que lui sait et que nous ignorons, ne pense même pas que le porte-drapeau de son gouvernement devrait être rabroué pour ses mots cruels et indignes. Lors de sa conférence de presse post-Berguitta, il a été on ne peut plus clair. Ce que les Mauriciens qualifient de « manquement », pour ne pas dire coup de poignard, de Sinatambou : il le balaie d’un revers de main. Et pourquoi il ne le ferait pas, d’ailleurs ? C’est le propre du jeu politique. Le Premier ministre non-élu aurait « make the difference » si, justement, il avait repris son ministre sur ses paroles blessantes et lui avait demandé de présenter ses excuses… Pour cela, on l’a compris déjà avec ce que nous ont servi Soodhun, Rutnah et consorts, qu’il faudra repasser !

Nombre de Mauriciens présents sur les réseaux sociaux et dans les médias ont commenté depuis jeudi après-midi, après la levée des avertissements cycloniques, que le PM, autant que son cabinet ministériel et autres députés et PPS, ne se sont pas foulés en descendant sur le terrain ! C’est tout simplement leur mandat, ce pour quoi le peuple les a plébiscités en décembre 2014 en leur confiant les rênes du pouvoir. Ils n’ont fait que s’acquitter de leur devoir d’élus en étant aux côtés des sinistrés durant la dure épreuve, ni plus ni moins. Le propre du politique est d’être présent pour le peuple. Alors, de là à les applaudir quand ils le font… Et d’ailleurs, dans ce même registre, on notera que les élus des partis de l’opposition étaient bizarrement invisibles !

La sortie de Pravind Jugnauth jeudi n’est, à notre sens, rien d’autre qu’un grand coup de com’. Que tous les politiques se permettent dès que la moindre occasion se présente, et qui lui convient, surtout dans sa position de challenger pour la prochaine joute électorale, quand il mettra en jeu son poste de Premier ministre. Ce sera une première pour lui, car il s’y présentera comme PM. Chose qu’il n’a pas faite en 2014, puisque son paternel l’a fait à sa place… Aussi, quand il bombe le torse face aux caméras pour s’autocongratuler et faire les éloges de son gouvernement qui prend davantage d’eau que Berguitta nous a laissé en héritage, on y réfléchit à deux fois. Parce que nous ne sommes pas à ce point naïfs et crédules pour se laisser avoir au quart de tour !

Le grand nombre de Mauriciens contraints d’abandonner leurs maisons durant le passage du cyclone cette semaine ramène sur le tapis l’épineuse question d’une véritable politique de logement. Ce qu’aucun régime n’a souhaité faire jusqu’ici, pour des raisons diverses. Le gouvernement de Pravind Jugnauth aura-t-il l’audace de le faire ?
Mais auparavant, on les invitera tous à écouter (ou réécouter) l’inusable Ces gens-là, version Brel ou Noir Désir, au choix, histoire de se remettre sur les rails.

 

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