Josie Lebrasse

Après la réforme électorale, le financement des partis politiques. Même démarche unilatérale, alors que c’est un vote de trois-quarts qui est requis pour le faire aboutir et, au final, on peu imaginer qu’il va connaître le même sort, soit au tiroir des oubliettes. Et si c’était fait exprès pour que, sur la forme, l’apparence ait l’air d’être sauve et que le fond, lui, soit conforme au but recherché, qui est de maintenir le statu quo.

Le Premier ministre présentera, mardi, un amendement constitutionnel visant à donner des responsabilités accrues au bureau du Commissaire électoral dans le but de lui permettre de contrôler le financement des partis et, surtout, de surveiller le grand mouvement d’argent qui se déroule  en campagne électorale. Pour pouvoir réaliser cela, son gouvernement MSM/ML aura besoin des votes des députés de l’opposition et des indépendants.

Et bien qu’il ait, en avril 2018, annoncé qu’ “il y aura des consultations avec les autres partis”, rien de tout ça! Il ne les a jamais consultés en vue d’améliorer son projet ou d’obtenir un consensus pouvant ouvrir la voie à une majorité favorable au texte sur le financement des partis politiques.

Il nous ressert, en fait, ses bonnes vieilles méthodes, son vieux plat réchauffé de la réforme électorale: je propose, vous causez toujours, je ne bouge pas d’un iota et je pousse l’outrecuidance jusqu’à vous demander de voter. Les mêmes causes produisant les même effets, les trois principaux partis d’opposition au Parlement ont déjà signifié leur intention de ne pas soutenir le projet proposé. Du moins, dans sa forme actuelle. Dans ce genre de situation où chaque vote a son poids, la moindre des choses en démocratie est de procéder à de larges consultations. Par le biais d’un Select Committee.

C’est le 1er avril 2016 que le conseil des ministres évoquait les travaux réalisés par le comité interministériel sur le financement des partis politiques présidé par le Pm adjoint Xavier Duval. Il était alors question de “l’enregistrement des partis politiques; le financement des partis politiques par l’État, les individus et les compagnies; les limites des dépenses électorales pour les partis et les candidats, et les critères d’éligibilité à la qualification pour le financement par l’État”.

Un projet qui avait une certaine cohérence et qui ne demandait que quelques retouches pour susciter une large adhésion. Au départ du PMSD du gouvernement en décembre 2016, le ministre mentor a pris le relais et là, bien entendu, tous ceux qui avaient à cœur de voir progresser ce dossier ont tout de suite exprimé des inquiétudes quant à la mouture finale que prendrait le projet.

Après avoir vu ce que Sir Anerood Jugnauth avait inventé pour que sa version de la dose de proportionnelle consolide davantage le First Past The Post et réduise la juste représentation des votes exprimés par l’électorat, ceux qui avaient des appréhensions n’étaient que plus confortés dans leurs doutes et leurs certitudes quant à une volonté de faire capoter le projet de réforme électorale.

Et c’est bis repetita. Il a fallu que quelques syndicalistes vocifèrent contre un financement partiel des partis politiques par l’État pour que cette recommandation faite depuis avril 2016 soit enterrée. En quoi le financement des partis par l’État, par l’argent du contribuable et de l’électeur, qui a le dernier mot en démocratie, est-il si scandaleux?

Au contraire de ces millions du privé qui circulent sans contrôle à la veille des élections, avec, en contrepartie, un retour de l’ascenseur espéré et effectif lorsque les contrats publics seront distribués, cette méthode de participation étatique a au moins l’avantage d’introduire un système de contrôle et de prévention des abus.

À ce rythme, en y ajoutant encore un peu plus d’hystérie, on finira demain par demander aux partis d’organiser eux-mêmes les élections. La démocratie a un prix, le financement transparent des partis a aussi le mérite de donner à tous les partis, selon leur rayonnement, les moyens de participer sainement à un scrutin. C’est une étape extrêmement importante dans la vie démocratique d’un pays.

On a vu ce que l’argent pouvait faire comme dégâts à la démocratie. Et pour cela, il ne faut même pas attendre qu’un scrutin soit déclaré. Il y a ces ridicules 1er mai annuels qui sont une occasion de folles dépenses et de débauches de moyens dans le seul but d’essayer d’attirer le plus de personnes… comme si la minorité qui se déplace pouvait être un baromètre de l’humeur de la nation.

Avec ce que propose Pravind Jugnauth, c’est comme si on plaçait un écriteau à la Place d’Armes avec les inscriptions “partis à vendre” et “leaders à acheter”. En laissant au seul secteur privé la possibilité de participer au financement des partis politiques, le gouvernement accentue l’apport malsain de l’argent dans le processus démocratique. Il le pollue un peu plus.

En dépit de ceux qui ont comme sport favori la diabolisation des partis, qui méritent certainement d’être critiqués pour tous leurs manquements, mais certainement pas sur ce dossier, la participation de l’État – pas du gouvernement, les gouvernants passent – est une exigence sociale, un acte salutaire.

Et c’est dommage que mardi, ce sera un autre rendez-vous raté avec l’histoire par la faute d’un entêtement partisan et anti démocratique. Ceux qui, dans leur enfantillage, croient pouvoir dire qu’ils ont au moins essayé, qu’ils ont proposé, et que les autres n’ont pas suivi, et se dédouaner vis-à-vis de l’Histoire, se trompent. On n’entre pas dans l’Histoire comme ça. Sur des coups de menton creux et stériles.