Ils étaient tous de sortie ce vendredi 2 août. Certains pour leur tam-tam habituel devant leurs suiveurs traditionnels, d’autres en mode plus réfléchi et tentant un exercice de démocratie participative sur des sujets ciblés. C’est donc parti à deux semaines du samedi 17 août, date fixée pour le dépôt de candidatures en vue de l’élection partielle du mercredi 13 novembre à Piton/Rivière-du-Rempart suivant la démission de Vishnu Lutchmeenaraidoo.

Si la tenue de cette partielle apparaît de plus en plus comme improbable, le ton, lui, est déjà donné. Que l’on essaye de dérider ses partisans avec des petites blagues pas bien méchantes comme savaient, dans le temps, le faire les Harish Boodhoo et même les Prem Koonjoo, soit, mais tomber dans la vulgarité et rester sur le registre de la hargne lorsque ce n’est pas de la haine ce n’est pas digne d’un pays qui est indépendant depuis 52 ans bientôt et républicain après plus de 25 ans.

En fait, on aurait pu dire que la campagne, dans son registre le plus méprisable, avait déjà commencé mardi dernier à l’Assemblée nationale avec le numéro très particulier que nous a servi le Premier ministre adjoint, Ivan Collendavelloo. Il est entré dans une terrible et soudaine colère parce que le député de l’opposition plaidait pour un habitant de sa circonscription, Kennedy St Pierre, pour qu’il ait droit aux Rs 50 000 destinées à ceux qui ont obtenu une médaille d’or aux derniers Jeux des îles de l’océan Indien.

« Ferme ta gueule ! » Voilà ce qu’a lancé celui qui était alors le Leader of the House ce mardi soir du 30 juillet. La Speaker, qui semble avoir des problèmes d’audition récurrents et qui avait ordonné à ceux qui avaient dans le passé tenu des propos similaires comme « bous to lagel ! » de retirer leurs propos, est certes intervenue, mais c’était juste pour déclarer que le député avait le droit d’évoquer un problème à l’ajournement des travaux et que le Premier ministre adjoint avait toute la latitude pour lui donner la réplique. C’est tout.

On aurait pu penser qu’Ivan Collendavelloo serait capable de se hisser un peu plus haut que ses collègues notoirement connus pour leurs excès langagiers comme Ravi Rutnah ou Anil Gayan, mais il semble qu’à la tombée de la nuit il se montre comme leur digne chef, capable de sortie violente à l’encontre d’un député en prononçant son patronyme comme si c’était le dernier voyou auquel il s’adressait. C’est peut-être comme cela que ça se passe au Muvman Liberater, mais là, on est au Parlement, les Mauriciens vous regardent. Il y a un minimum à respecter.

Pas étonnant est que le ton est monté d’un cran lors des sorties publiques du vendredi. Jusqu’à sombrer dans le ridicule, comme lorsque Pravind Jugnauth défie Navin Ramgoolam de se mesurer à lui, comme si ce n’était pas déjà fait. C’est comme « défoncer une porte ouverte », la dernière expression favorite du Premier ministre adjoint. Comme quoi, il ne suffit pas de parler pendant une heure un soir d’hiver à Rivière-du-Rempart, encore faut-il que l’on soit écouté et entendu. Et ne pas endormir son auditoire et le pousser à regagner son autobus affrété. Avec ou sans le briani d’usage.

Quant à Navin Ramgoolam, qui était à Montagne-Longue ce vendredi, sa politique de « rupture » tourne à la fantaisie. Il semble qu’une de ses nouvelles mesures soit « d’arrêter avec les pourritures transfuges ». On ne sait pas si, dans sa politique de rupture, il n’y aura plus de place pour les transfuges, mais les Mireille Martin, Jim Seetaram, Prateeba Bholah et les anciens PTr, MSM, puis re-PTR Anil Baichoo et même Michael Glover ont de quoi entretenir quelques inquiétudes si leur nouveau leader dit vrai.

Même Roshi Bhadain s’y est mis. Les grands partis étaient sur le terrain vendredi, il ne peut pas être en reste et il vient avec ses 15 mesures qui vont révolutionner la société mauricienne. Question de faire mieux que les 12 mesures de Lalians Lepep de 2014, dont il était un des fers de lance et d’émuler Navin Ramgoolam et sa vingtaine de mesures déclinées lors du rassemblement du PTr à Port-Louis le 1er mai. Des promesses de l’ancien homme fort du Sun Trust un peu comme son Heritage City qui allait illuminer tout le pays.
Il est devenu député, ministre, pas pour longtemps il est vrai, tant son appétit s’est décuplé une fois installé dans les arcanes du pouvoir, mais il ne savait rien des problèmes quotidiens des gens ni des problèmes des quartiers défavorisés. Il vient de les découvrir, surtout depuis qu’il a dû abandonner Belle-Rose/Quatre-Bornes pour Beau-Bassin/Petite-Rivière.

Lorsqu’il était ministre, il n’avait rien vu ni rien su. Les salaires « exagérés » du Premier ministre et des ministres, tout cela lui était passé sous le nez, trop occupé qu’il était à démanteler les Ponzi Schemes réels ou imaginaires. Il veut désormais plus de.transparence dans la vie publique, mais il est pourtant bien celui qui avait refusé de révéler le salaire d’un de ses agents politiques casés dans un organisme placé sous sa responsabilité. Et dès qu’il eut pris l’avion, ce qui était devenu assez fréquent, on a quand même pu savoir que les voyages du ministre des Services financiers et de la Bonne gouvernance avaient coûté plus de Rs 5 millions, alors qu’il n’a passé que 13 mois au gouvernement et que son protégé cumulait des responsabilités qui lui assuraient une rémunération avoisinant les Rs 250 000 mensuelles.
La campagne électorale pour les prochaines législatives a bel et bien démarré. Entre

démagogie, insultes et attaques personnelles, elle risque de ressembler à celles que nous avons malheureusement connues depuis quelques années. Mais il se pourrait qu’elle atteigne des sommets, certains gardant leurs “munitions” les plus dégueulasses pour la fin, dépendant de l’orientation du vote populaire. Le plus “crash” est à venir.