La Chartered Financial Analyst Society Mauritius a organisé hier soir à Ébène une table ronde sur les défis que devra relever Maurice dans le secteur économique. L’accent a été mis sur l’avantage comparatif qui devrait, selon les intervenants, être mieux exploité. Ont pris la parole Srihigar Nagarajan de la Standard Chartered Bank, Renaud Lagesse de Confident Asset Management et Vaughan Haberden de CIM Global Business.
On serait en droit de se poser la question : à la veille du Budget 2013, les dés ne seraient-ils pas encore jetés ? À quoi bon occuper l’espace médiatique pour des spéculations qui seront de toute façon dissipées dès demain ? La table ronde, organisée par la Chartered Financial Analyst Society Mauritius (CFASM) à la Financial Services Commission (FSC) à Ébène hier, pourrait laisser dubitatif. N’empêche, certaines intuitions, qui ont été plutôt discrètes dans le débat, ont été abordées.
La question centrale lors des interventions de Srihigar Nagarajan (CEO de la Standard Chartered Bank), Renaud Lagesse (Managing Director de Confident Asset Management) et de Vaughan Heberden (CEO de CIM Global Business) était : quels moyens nous sont donnés pour exploiter à bon escient notre avantage comparatif ? Au premier intervenant de s’interroger : « Avons-nous pris l’exemple singapourien ? Il ne s’agit pas d’être les meilleurs en tout… Mais de pouvoir monetize notre singularité. We have a preferrential access to Africa. Have we leveraged this enough ? »
Autre défi relevé par Srihigar Nagarajan : les investissements étrangers directs (Foreign Direct Investments – FDIs) – déjà en baisse – qui ne sont concentrés que sur les secteurs du Real Estate, de la construction et des finances. Soit quasiment zéro flux vers l’éducation ou la recherche. Autre remarque : « la faiblesse de petites et moyennes entreprises ». « Manufacturing is not passé. SME are usually made resilient with the creation on assembly line industries… And there are many products that Africa needs », soutient le CEO de la Standard Chartered Bank.
Si Srihigar Nagarajan devait modérer son propos en évoquant l’histoire de l’économie mauricienne « qui a toujours su s’adapter dans le temps », Vaughan Haberden n’a pas caché la « période de vulnérabilité » à laquelle Maurice fait face avec des « secteurs clés en déclin progressif » et « the soundness of exchange rate policy in doubt, as we can read in the media ». Le CEO de CIM Global Business s’est aussi appesanti sur la « mauvaise image du pays à l’étranger », image entachée de qualificatifs comme « black money », « tax Haven » et « not transparent economy ». Il a cité à cet effet un media perception audit d’Ogilvy. « We have allowed a bad perception to creep in », a-t-il ajouté.
De là où aller ? Déjà, souligne Vaughan Haberden, « il faut se dire que l’Afrique ne peut être un substitut pour l’Inde ». La Grande péninsule offrant, entre autres, certains avantages que le continent africain, malgré sa croissance, ne peut proposer. Ce pays est une « économie unitaire où nous ne connaissons pas de barrière de langues ». Il est ainsi d’avis que Maurice doit « s’engager dans une campagne de sustained public relations, élaborer une stratégie pour se positionner comme International Financial Centre, tenter de devenir un Insurance Hub pour l’Afrique et s’assurer de l’efficacité de notre shipping and aircraft registration. « So that our partners are not made to say : Mauritius, never again ! »
Sunil Benimadhu, CEO du Stock Exchange of Mauritius, a abondé dans le même sens après que l’assistance a été invitée à commenter les trois exposées. Ont aussi participé à la table ronde de la CFASM : Nitin Mehta, Managing Director du CFA Institute pour les régions Europe, Moyen-Orient et Afrique, et de Clairette Ah Yen, Chief Executive de la FSC.
Cet événement a par ailleurs été l’occasion de consacrer Ludovic Rajibe et Norman Fon Sing au cours d’une Charter Award Ceremony. Il a ainsi marqué l’aboutissement d’un rigoureux cursus pour la CFASM et la FSC. Seuls 20 % des candidats inscrits en début de parcours arrivent au bout du Charter.